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Harry Potter 2005 :: ~¤~ Académie de Poudlard ~¤~ :: Le Parc
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Balade aérienne
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Sophacle Neuron
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Re: Balade aérienne

Message par : Sophacle Neuron, Mer 13 Jan - 1:33


Le début de journée s'était rapidement écoulé. Sophacle n'avait pas remarqué que, désormais, les élèves se baladaient gaiement, souvent en groupe, dans le Parc foulé comme jamais, tout du moins en avait-il la nette impression. L'abondance soudaine de rires, de cris, de palabres et d'amusements de toute sorte le renfrogna. Il n'en fallait, de toute façon, guère énormément pour provoquer ce comportement en lui. C'était donc d'une façon saine et naturelle qu'il apostropha un Serdaigle en lui lançant un juron lorsque ce dernier, non content de rire seul comme un attardé mental, avait jeté un regard perplexe à Sophacle. Il s'en serait suivi une querelle si un adulte n'avait pas eu la merveilleuse idée de demander aux élèves de le rejoindre. Pourquoi ? Sophacle n'en savait rien. Ce qu'il savait, en revanche, c'était qu'il y avait là un bon prétexte pour recommencer à lire son recueil et de corriger les fautes, ce qui n'était pas aisé quand des dizaines d'adolescents s'amusaient à vivre autour de lui.

Il trouvait ses compositions fades et éculées. Malheureusement, Sophacle n'avait pas la moindre envie de reprendre le recueil depuis le début. Il se contenta d'un soupir, de jeter à un bon mètre le recueil, de se recroqueviller en position assise et de fermer les yeux. Presque automatiquement, le sommeil vint et un étrange rêve prit corps. Poursuivi par un jambon aux allures fantasmagoriques au design à la Tim Burton — un réalisateur mythique du cinéma moldu du XXème et XXIème siècle —, un petit chien anthropomorphique à la casquette à l'envers et au regard intimidé se précipitait dans un couloir inondé de lumière à la recherche d'une porte, visiblement fort éloignée du point où se trouvait la victime. Mais, après quelques minutes d'une folle course — où le jambon ne cessait de hurler des invectives à l'encontre du chien —, il atteignit enfin la porte et l'ouvrit à toute vitesse. Celle-ci se referma, tout aussi rapidement, et dans un grand fracas. Désormais, seul le silence régnait et un espace noir et vide, sans mur ni plafond, s'offrait au chien... qui n'en était plus un.

Sophacle se tenait là, désemparé. Il tatônna fébrilement une poche de sa robe et découvrit sa baguette.

Lumos !, dit-il d'une voix criarde qui ne lui ressemblait pas.

La lumière était faible mais suffisait à éclairer l'immense personnage qui se tenait face à lui. Blafard, Sophacle se retourna et tenta de saisir la poignée de la porte ; c'était pourtant sans compter sur le sadisme ambiant de l'imagination de notre jeune homme. Celle-ci avait tout bonnement disparu. Péniblement, avec dégoût, presque, Sophacle fit volte-face et scruta le personnage qui se tenait face à lui. C'était un grand ver aux allures excentriques. Un grand chapeau de diplômé moldu et américain sur la tête, une cascade de cheveux blancs et faux — une perruque — lui tombant sur ce qui semblait être ses épaules (des morceaux de chair légèrement atrophiés qui débordaient de la ligne lisse et brillante que formait son corps) et de grands yeux sans pupille dessinaient son visage. Il n'avait ni oreille, ni nez, ni bouche, ni bras... ni rien d'autre, hormis un énorme gousset d'où émanait à présent un horrible son de tic-tac.

Tic-tac, tic-tac, tic-tac.

Cependant, le ver ne parlait pas. Il se contentait de fixer Sophacle sans bouger. Prenant son courage à deux mains — parce qu'au fond, le ver était davantage proche d'une image burlesque déformée que d'un ver-itable monstre d'horreur —, Sophacle demanda, la voix faible :

— Qu'êtes-vous ?
— Votre juge.
— Juge ? Qu'ai-je fait ?
— C'est à vous de le savoir, non ?
— Non, je ne crois pas...
— Ce que vous croyez, je m'en fous. Je veux que vous sachiez. Je ne veux pas que vous soyiez prêt à croire. Je veux que vous le sachiez.
— Que me voulez-vous ?
— Une partie d'échec.
— Pardon ?
— La Mort n'est pas là. Je vais la remplacer.
— Vous, le juge ?
— Moi, le juge.
— La Mort ?
— La Mort.
— Qu'est-ce que...
— Je suis désolé.
— Quoi ?
— J'suis désolé.
— Mais...

J'suis désolée.
— Que..., marmonna furieusement Sophacle.

Une jeune fille l'avait réveillé. Et Sophacle n'appréciait pas du tout — mais alors, pas du tout — qu'une quelconque âme sans importance l'interrompe dans cette révélation si cruciale de son rêve. Ce n'était pas la première fois qu'il rencontrait le ver ; mais c'était, en l'occurrence, la première fois qu'il allait si loin dans la conversation. Le juge ne lui avait jamais proposé une partie d'échec. Fallait-il y voir un signe ? Sophacle était sceptique. Malheureusement, sa colère de l'instant le convainquait que la personne l'ayant interrompu ne devait être qu'une sale petite peste — ou un idiot consommé — qui n'avait fichtrement rien d'intéressant et d'important.

— T’apprendras, mon cher, qu’y a des trucs qui s’appellent des bancs, pour s’asseoir.

Sophacle ne répondit même pas à l'instant. Trop bouillonnant pour parler — et pas assez pour exploser directement —, c'est avec une voix doucereuse mais tremblante d'un courroux très perceptible qu'il dit :

— Et je peux savoir de qui il s'agit ?

Pour le reste, Sophacle n'avait même pas pris la peine de détailler son interlocutrice. Sa baguette, qu'il avait précipitamment, et inconsciemment, sorti de sa poche, projetait des étincelles menaçantes sur l'herbe, si bien qu'il s'y échappait désormais une légère odeur de brûlé. Il se contentait de fixer les chaussures de l'élève, les yeux démesurément grands, les lèvres pincées et les joues soudain extrêmement pâles. Mais, sans laisser le temps à son interlocutrice de répondre, il se leva brusquement, empoigna sa baguette et la plaça à quelques centimètres de sa poitrine, une profonde expression d'antipathie sur le visage.

— Tu t'avises encore une fois, et une seule fois, de me dire quelque chose de la sorte, et je...

Les mots se dérobaient. Son naturel solitaire et, quoiqu'antipathique, quelque peu pacifique, reprenait le dessus à une vitesse extrême. Déconcerté par cette lutte intérieure d'émotions, il abaissa sa baguette et plissa les yeux dans un effort de sévérité conservée.

— Et je...

Pourquoi n'arrivait-il jamais à faire face ?

— Je..., tu m'as compris, acheva-t-il, mal assuré.

Et il la regarda dans les yeux. Enfin. Quelques secondes. Quelques secondes à rude épreuve, contre lui-même. Pour autant, il en était sûr, au fond de lui-même, une voix lui disait que là-dedans aussi, un ver et la Mort devaient vouloir jouer aux échecs.

Et surtout, il y avait une humanité réelle dans ce regard-là.

Du château semblait s'élever les quelques notes reprises d'une très vieille chanson d'un groupe anglais mythique, Pink Floyd.


Pink Floyd a écrit:
Good morning, Worm your honor.
The crown will plainly show
The prisoner who now stands before you
Was caught red-handed showing feelings
Showing feelings of an almost human nature
This will not do.
Call the schoolmaster!

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Katherine Jones
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Re: Balade aérienne

Message par : Katherine Jones, Mer 13 Jan - 9:41


Visiblement, le jeune homme avait l'air tout aussi froissé que Katherine. Il avait saisi sa baguette par réflexe, et la tenait dans sa main d'une façon qui n'augurait rien de bon pour la jeune fille. Elle glissa la main dans sa poche, et caressa sa propre baguette du bout des doigts. Rassurée au contact de cette dernière, elle se redressa un peu. Lui planta alors ses yeux dans les siens. Son ton trahit sa colère lorsqu'il parla :

- Et je peux savoir de qui il s'agit ?

Katherine s'apprêta à répondre, lorsqu'il ouvrit à nouveau la bouche :

- Tu t'avises encore une fois, et une seule fois, de me dire quelque chose de la sorte, et je... Et je... Je..., tu m'as compris.

Je pense qu'on connaît tous ce moment où on a envie de rire, mais qu'on n'a pas trop le droit, alors on se retient. On se mort l'intérieur des joues. On essaie de masquer le sourire qui tente de flotter sur nos lèvres. Tout ça par respect. Parce que la situation n'est pas propice à la rigolade. Et que ça ne serait pas très poli, ou très conventionnel, ou très bien reçu. Eh bien Katherine n'était pas du tout du genre à respecter les codes de ce type. En fait, elle était le genre de personne à s'en ficher tellement fort qu'elle n'essayait même pas de le cacher.

Donc, éclater de rire, c'est tout ce qu'elle fut capable de faire à ce moment précis. Elle rejeta la tête en arrière, laissant flotter sa crinière brune dans son dos, et rit à gorge déployée. Mais ce n'était pas un rire d'amusement. Rien à voir avec ça. C'était un rire de moquerie, qui avait pour seul et unique but d'humilier celui qui se trouvait en face d'elle. Lorsqu'elle se fut calmée, elle reposa les yeux sur le jeune homme, et pencha légèrement la tête sur le côté. Elle faisait souvent ça pour observer les gens qu'elle gratifiait de mépris. Katherine ne se retint pas de sourire à nouveau, en se remémorant ce que l'autre venait de lui dire.

Quelque part, elle se sentait infiniment supérieure à celui qui lui faisait face. Le discours, selon elle, était quelque chose d'essentiel. Une qualité qu'on se devait d'acquérir, de faire sienne, pour avoir un minimum de crédibilité dans le vrai monde de la vraie vie. Pour être honnête, elle ne comprenait même pas comment un type comme ça pouvait sécher sur une phrase aussi simple, aussi basique et aussi théâtrale que celle-là. C'était juste risible aux yeux de l'aiglonne.

La colère avait fait place à  l'amusement, et, la tête toujours un peu inclinée, elle sourit de toutes ses dents. C'était un sourire carnassier, sans pitié, qui annonçait que les minutes à venir n'allaient rien avoir de pacifique.

- Je... Je... Je... M'a-ma-ma-ma... Map-p-p-p-p... M'app-p-p-p-p-elle... Ka-ka-ka-ka-the-the-rine.

En toute objectivité, Kate trouvait son imitation parfaitement exécutée. En tout cas, elle y avait mis tout son mépris et sa moquerie, afin de tourner le plus en ridicule possible cet individu insipide. Arborant toujours son sourire, elle se redressa et secoua la tête. Son épaisse et volumineuse chevelure n'était, comme à son habitude, pas coiffée. On aurait dit qu'un Scrout à Pétard y logeait.

- T'vas faire quoi ? Vas-y, j'attends ! lança-t-elle sur le même ton provocant et condescendant.

Puis, elle planta à nouveau ses yeux dans ceux du jeune homme. Il y avait quelque chose de glacé, et de fragile, dedans. Quelque chose d'écorché, aussi, peut-être. Et quelque chose de fuyant, surtout. Katherine fut décontenancée. Elle détestait s'apercevoir de choses pareilles. Parce que ça changeait ses plans, et que les plans, c'est fait pour être respecté, sinon ça ne s'appellerait pas des plans. Elle avait prévu de passer son chemin, mais savait que ses jambes refuseraient de bouger et que sa bouche refuserait de mettre un terme à la conversation qu'elle venait d'entamer. Ce garçon avait fait quelque chose, sans le vouloir. Il avait éveillé sa curiosité, et peut-être même son intérêt. C'était probablement la faute des cheveux blancs.

Le sourire de l'aiglonne s'évanouit, sans prévenir. Les choses avaient pris une tournure sérieuse, tout à coup. Il fallait qu'elle fasse attention. Elle avait appris à se méfier de tout le monde, et plus spécialement des types dans le genre. Les types qui donnent l'impression d'être à la fois forts et faibles, et d'abriter en eux des montagnes de paradoxes. Lorsqu'elle reprit la parole, ce fut sur un ton plus grave et distant. Toute trace de moquerie avait disparu.

- Toi t't'appelles comment ?

Elle n'avait pas quitté son interlocuteur des yeux, et la flamme qui oscillait dans ses prunelles bleues était différente, maintenant.
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Re: Balade aérienne

Message par : Sophacle Neuron, Mer 13 Jan - 20:56


— Je... Je... Je... M'a-ma-ma-ma... Map-p-p-p-p... M'app-p-p-p-p-elle... Ka-ka-ka-ka-the-the-rine.

Sophacle
était muet. En faisant fi d'ignorer les paroles de son interlocutrice, il continuait à la fixer dans les yeux, figé. Mais, au fond de lui, ces quelques mots l'avaient rendu honteux. Ses oreilles avaient elles-mêmes virées au rouge. Il en fallait peu, me diriez-vous, également ; mais voici que certains hommes, peut-être plus stimulés que les autres par une intuition d'eux-mêmes, moins convaincus de leur pérennité que les autres, tiennent en haute estime leur propre image qu'un rien peut bouleverser. Toutefois, il ne répondit rien. Sa gorge était sèche.

— T'vas faire quoi ? Vas-y, j'attends !, continua-t-elle éhontément.

Sophacle remua inutilement sa baguette mais ne la leva pas. Il se contenta d'abaisser le regard, les lèvres pincées, les sourcils froncés, une seconde durant. Puis il replanta ses yeux dans le regard de la jeune fille qu'il trouva, sottement, pas désagréable à regarder. Malgré tout, il ne trahit aucune émotion et demeura silencieux jusqu'à ce que cette dernière reprit, d'un ton tout autre :

— Toi t't'appelles comment ?

Un habituel sourire narquois s'esquissa, fort rapidement, sur son visage fin et clownesque. Lorsqu'il répondit, toute trace d'appréhension avait disparu. C'était une voix nasillarde, presque sifflante, au fort accent français, le timbre posé mais bas ; ses yeux, grands ouverts, lui donnaient l'impression d'une espèce de folie consommée. Il rangea discrètement sa baguette dans sa poche en parlant, tordit sa langue en découvrant des dents blanches et excellemment formées, et haussa les sourcils. Les ailes de son nez frémissaient doucement. Lorsque sa baguette fut complètement rentrée dans sa poche, Sophacle jura qu'elle avait entendu le bruit qu'avait fait le petit paquet de chips à son contact. Non moins déstabilisé, il détachait ses mots avec sonorité, en promenant son regard, sans nulle gêne aucune, sur le corps de la Serdaigle.

— « Déprimant, comme un texte optimiste. » C'est de Nicolas Gomez Davila, que tu ne dois pas connaître, ma jolie. C'est un vieux penseur, un très vieux penseur. Colombien. XXème. Je suis cultivé, moi. J'ai de la culture, moi. Et pourtant, je suis à Serpentard. Tu me diras que c'est la plus noble des maisons — et tu n'auras pas tort —, qu'elle a abrité de grands, de très grands sorciers... Elle fut même la maison de mon maître, Thilius Walter Junior. « Seules deux choses éduquent : avoir un maître ou être un maître. » C'est encore de Davila. Ne sens-tu pas... (il commençait désormais à tourner autour d'elle, lentement, sans même s'en rendre compte), ne sens-tu pas... cette force..., cette puissance d'exister quand tu côtoies les êtres maladifs, immondes, batards, restreints, ignobles et nauséabonds qui fondent notre société ? Assurément, je le suis tout autant. Je suis lâche, je me complais dans une sorte de paresse intellectuelle. On aime cela, n'est-ce pas ? On en redemande... (désormais, il s'était approché de Katherine, dans son dos, fixait sa nuque et semblait se parler plus à lui-même qu'à la jeune fille). J'aimerais pouvoir dire que je suis d'une race autre, vois-tu. Peut-être quelqu'un d'ailleurs. D'un ailleurs. De l'ailleurs. J'aimerais pouvoir dire beaucoup.

Il resta silencieux un court instant, les yeux absents, perdu dans le fil de ses pensées. Puis, il acheva, d'un ton net et clair :

Mais je ne peux pas.

Presque instantanément, Sophacle regretta ses paroles. Sentant qu'il ne tarderait pas à manquer de mots, il ajouta, précipitamment, et perdant tout calme dans le ton :

— Mon nom est Sophacle, Alceste, Louis-Philippe, Enhart, Auguste Neuron, fils d'Alceste et Alcestia Neuron.

Inutilement, il ajouta :

I am Frèntche.

Maladroitement, il regagna l'endroit où il était assis (non sans remarquer, une fois de plus, la grande beauté de son interlocutrice), et posa son regard sur le recueil de poèmes.

Accio, murmura-t-il.

Finalement, Sophacle plongea dans un mutisme qu'il ne semblait guère prêt à briser. Les clapotis du lac étaient désormais plus sonores, et le ciel s'était légèrement couvert. Le soleil avait disparu derrière un grand nuage en forme de citrouille. Il s'allongea dans l'herbe et soupira, l'oeil guettant le moindre mouvement de son interlocutrice.

Mais sur son visage était apparu un petit sourire narquois qui présageait de bonnes augures pour Sophacle. Tout du moins, généralement.

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Katherine Jones
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Re: Balade aérienne

Message par : Katherine Jones, Jeu 14 Jan - 0:35


Le jeune homme sourit. C'était un sourire qui paraissait sincère, et en même temps un peu narquois. Ça rendait son visage étrange, d'un côté, mais pas inintéressant. A partir de ce moment-là, Katherine eut l'impression que la gêne qui l'habitait manifestement auparavant s'était comme évanouie. Lentement, très lentement, il rangea sa baguette dans sa poche. Kate perçut un bruit, très léger, et en même temps très familier, qui rang a bell, comme on aurait dit dans la langue de Shakespeare. Voilà maintenant qu'il l'observait de haut en bas, comme s'il la passait au rayon x. Elle fut gênée. Pour elle, ce genre de regard était celui des docteurs, lorsqu'elle allait voir sa mère à Ste Mangouste. Par réflexe, Kate croisa les bras.

Vous vous imaginez tenir debout sur un pied ? Non ? Eh bien, pour Kate, croiser les bras revenait à peu près à la même chose. Elle détestait cette position. Ça brisait son équilibre, parce que son centre de gravité était perturbé. Du coup, pour tenir sans vaciller, elle croisa aussi les jambes, toujours debout. Elle se sentait comme prise dans une camisole de force, tandis que l'autre continuait de la regarder. Puis, tout à coup, les mots vinrent :

- « Déprimant, comme un texte optimiste. » C'est de Nicolas Gomez Davila, que tu ne dois pas connaître, ma jolie. C'est un vieux penseur, un très vieux penseur. Colombien. XXème. Je suis cultivé, moi. J'ai de la culture, moi. Et pourtant, je suis à Serpentard. Tu me diras que c'est la plus noble des maisons — et tu n'auras pas tort —, qu'elle a abrité de grands, de très grands sorciers... Elle fut même la maison de mon maître, Thilius Walter Junior. « Seules deux choses éduquent : avoir un maître ou être un maître. » C'est encore de Davila. Ne sens-tu pas... ne sens-tu pas... cette force..., cette puissance d'exister quand tu côtoies les êtres maladifs, immondes, batards, restreints, ignobles et nauséabonds qui fondent notre société ? Assurément, je le suis tout autant. Je suis lâche, je me complais dans une sorte de paresse intellectuelle. On aime cela, n'est-ce pas ? On en redemande... . J'aimerais pouvoir dire que je suis d'une race autre, vois-tu. Peut-être quelqu'un d'ailleurs. D'un ailleurs. De l'ailleurs. J'aimerais pouvoir dire beaucoup.

Premièrement, Katherine ne pigeait pas pourquoi ce type avait commencé à lui tourner autour. Deuxièmement, elle ne pigeait pas ce qu'il racontait tout court. Tout allait tellement vite, sans lui laisser le temps de s'accrocher à quoi que ce soit. Elle en avait saisi des bribes, comme par exemple le fait que ce jeune homme était acquis à la cause des « sangs-purs ». Honnêtement, les autres sorciers ne dérangeraient pas Kate. Et ça n'avait rien à voir avec de la tolérance. Elle n'en avait simplement pas grand chose à faire, de savoir si les gens autour d'elle avaient le sang "pur" ou non. Du moment que personne ne l'embêtait, elle, elle se fichait à peu près de tout ce qui l'entourait, en fait. Bref, Katherine avait aussi retenu que cet étrange type avait cité par deux fois un obscur inconnu, puis s'était mis à dériver sur des histoires de fuite et d'ailleurs. C'était à peu près tout ce qu'elle aurait été capable de restituer de ce qu'elle avait entendu.

Ce qui était le plus bizarre, c'est que le garçon avait continué de lui parler tout en étant derrière elle. En y réfléchissant un peu, ça n'était pas si étonnant que ça. Avec cet air reptilien et cette voix sifflante, c'était plutôt le fait qu'il ait osé la regarder dans les yeux qui aurait dû relever de la surprise. Le flot de paroles qui était sorti de sa bouche quelques instants plus tôt sembla ne plus être qu'un lointain souvenir, lorsque le jeune homme lâcha :

- Mais je ne peux pas.

Il y avait quelque chose de différent dans ces cinq derniers mots. Quelque chose de vraiment grave, limite résigné. Kate eut froid dans le dos. A ce moment précis, elle aurait voulu se retourner et serrer ce type contre elle, parce qu'il venait de résumer en une simple phrase toute sa détresse et sa mélancolie. Peu importait que ces mots lui soient destinés ou non, elle voulait qu'ils soient pour elle, et les fit siens. C'était à la fois alarmant et rassurant de se les répéter encore et encore, comme une devise, et de se dire que, quelque part, quelqu'un d'autre les avait pensés et verbalisés – chose qu'elle avait été incapable de faire. Sauf qu'elle détestait toucher les gens. Alors il n'y avait pas moyen qu'elle déroge à sa règle d'éviter tout contact physique avec les autres.

- Mon nom est Sophacle, Alceste, Louis-Philippe, Enhart, Auguste Neuron, fils d'Alceste et Alcestia Neuron, ajouta-t-il.

Fatch. Ça, pour le coup, c'était du nom. Pas du petit nom de pacotille. Kate ne put s'empêcher de lâcher un petit rire, en entendant son interlocuteur lui dire le nom de son père. Elle se dit que jamais personne ne lui avait donné le nom de son géniteur, et encore moins en étant derrière elle. Tout ça rendait la situation un peu bizarre. D'autant plus que Katherine peinait toujours à maintenir son équilibre : depuis tout à l'heure, elle avait gardé la même position inconfortable, et cela commençait à lui peser. Sophacle sembla trouver que cela avait assez duré, puisque, après avoir précisé sa nationalité – que Katherine avait depuis longtemps devinée, avec son accent à couper au couteau – il retourna là où il se trouvait lorsque l'aiglonne lui avait foncé dedans. Il récupéra ce qu'il était en train d'écrire et s'allongea. Ce fut tout. Enfin, Kate put se détendre, et décroiser les bras et les jambes. Elle lâcha un soupir de soulagement, et se mit à fixer le bout de ses chaussures. Ils étaient là, immobiles, lui couché, elle debout, et le soleil était maintenant dissimulé derrière un épais nuage. Après avoir pesé le pour et le contre, l'aiglonne décida qu'elle pouvait s'asseoir à côté de Sophacle, si elle restait à au moins 73cm de lui.

Elle s'assit donc par terre, et ramena ses genoux contre sa poitrine. D'une main, elle caressait sa baguette magique. De l'autre, elle arrachait l'herbe qui se trouvait au sol. Elle ne voulait pas parler, et se sentait en même temps totalement nulle de ne rien trouver à dire. De temps en temps, elle jetait un timide coup d’œil dans sa direction, puis elle haussait les épaules. Il était vraiment bizarre, ce type. Voilà qu'il souriait étrangement, maintenant, comme s'il se moquait d'elle. Si elle n'avait pas été elle, elle n'aurait probablement jamais eu l'idée de s'asseoir à son côté. Tout à coup, elle serra une poignée d'herbes dans sa main. Tout son corps se tendit, et elle sentit une infinie tristesse l'envahir, comme si une ombre passait sur son cœur. Elle tourna la tête, pour ne pas que Sophacle s'en aperçoive, et enfonça ses ongles dans sa chair pour se retenir de pleurer. Ce n'était que passager.

Quelques secondes plus tard, Kate revêtit son expression la plus neutre possible, et passa une main dans ses cheveux. Regardant devant elle, dans le vague, elle se concentra sur le son de l'eau du lac, et des pas des élèves qui circulaient alentours. Puis, elle rompit le silence qui s'était installé en maître entre en fredonnant ces quelques paroles d'une vieille chanson qu'elle avait entendue un jour, à la radio moldue que son père aimait écouter :

- There was a ragged band that followed in our footsteps
Running before time took our dreams away
Leaving the myriad small creatures trying to tie us to the ground
To a life consumed by slow decay
The grass was greener
The light was brighter
With friends surrounded
The nights of wonder


Katherine avait complètement oublié où et avec qui elle était. Tout ce qui comptait, en cet instant précis, c'était cette mélodie, qui lui rappelait des jours anciens. Des jours enterrés depuis longtemps, dans sa mémoire. Tout à coup, elle revint à ce qu'elle vivait, maintenant, tout de suite. A ce qui, contrairement aux souvenirs, était réel. Mais plus pour longtemps.

- Crois pas qu'j'suis sentimentale. Crois pas que c'genre de moment sont importants pour moi. Dans deux s'condes, t'façon, y s'ront effacés.

A peine les mots furent-ils sortis de sa bouche qu'une nouvelle bouffée de larmes la prit à la gorge. Elle réprima celle-ci par un éclat de rire trop exagéré pour être sincère, et croisa les doigts pour que l'autre n'y voie que du feu.
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Re: Balade aérienne

Message par : Sophacle Neuron, Jeu 14 Jan - 12:35


La jeune fille s'était assise à ses côtés. Le soleil jouait toujours à cache-cache entre les nuages, et l'un d'eux, grisâtre, annonçait que la pluie ne tarderait sûrement pas à faire son irruption.

Mais Sophacle ne s'en préoccupait pas. Il était heureux qu'elle eût l'audace de s'asseoir là, alors que probablement personne ne l'aurait fait. Le Serpentard ne s'attendait pas à grand-chose, et le silence était rassurant. En fait, il aurait pu demeurer ainsi aussi longtemps qu'ils l'auraient voulu — mais les hommes ne sont que rarement attirés par le silence, par la quiétude, et l'espace infini des instants de solitude, de non-révélation, sont comme des moments où l'état du monde exige une pression de vie. Alors, nous parlons. Nous agissons. Nous remuons. Nous nous donnons des airs de triomphe devant ce qui relève, à nos yeux, de la mort et de la stagnation. Nous danserions presque pour évacuer ce qui n'est qu'un abcès de douleur, de souffrance, de lassitude. Le monde était Ennui, et l'Ennui dévorait chaque morceau du ciel. Puis...

There was a ragged band that followed in our footsteps
Running before time took our dreams away
Leaving the myriad small creatures trying to tie us to the ground
To a life consumed by slow decay
The grass was greener
The light was brighter
With friends surrounded
The nights of wonder.


Le sourire du garçon s'évanouit presque instantanément. Le ciel s'était largement couvert désormais, et quelques gouttes éparses s'écrasaient sur la pelouse. Autour de lui, des élèves pressaient le pas pour rentrer dans le château, même s'il ne s'agissait même pas d'un crachin. Une goutte tomba sur le front de Sophacle.

— Crois pas qu'j'suis sentimentale. Crois pas que c'genre de moment sont importants pour moi. Dans deux s'condes, t'façon, y s'ront effacés, dit-elle soudain.

Sophacle fronça les sourcils, toujours allongé. Il ne pleuvait plus du tout, maintenant, et le soleil repparut de derrière un gros cumulonimbus. Il resta un temps silencieux, les yeux dans le ciel. Le cumulonimbus était extrêmement rapide. Il semblait valser avec les autres nuages — en cet instant, il aurait bien aimé être un nuage.

— On n'est pas obligé d'être comme ça, tu sais, lança-t-il d'un air absent.

Il fronça encore un peu plus les sourcils, et ses yeux se plissèrent dans un effort de concentration.

— Comme ça, je veux dire, précisa-t-il, comme on l'est toujours. Bien sûr, il faut l'être un peu. Mais pas toujours.

Sophacle ne savait pas lui-même où il voulait en venir. Dans son esprit, pourtant, il avait clairement synthétisé sa réponse : on n'est guère obligé d'être toujours dur, et froid, et violent, et sans émotion, et distant, et sévère. On n'est pas obligé, non, pensa-t-il encore. Cependant, il ne voulait pas aller plus loin. Si elle le comprenait, tant mieux. Sinon, tant pis. Il reporta son attention sur Katherine et la dévisagea. Ses yeux roulèrent des doigts de la jeune fille (qui étaient croisés) à sa gorge. Elle semblait normale, et pourtant... son propre regard était terriblement faux.

Sophacle haussa les sourcils, l'air interrogateur et surpris. Sur l'instant, il n'y avait rien qui pouvait lui faire ressembler davantage à un petit garçon curieux et sans gêne. Très vite, un air dur s'imprima sur son visage, et toute trace d'innocence avait disparu.

— Qu'est-ce que tu t'imagines ? que nous ne sommes pas comme tous les autres ?

Il s'était relevé et était désormais en position assise, en tailleur. Il posa un doigt inquisiteur sur Katherine et ajouta, terrible :

— Tu n'as rien de différent.

Et, rapidement :

— Moi non plus.

Il réfléchit un bref instant, et reprit, sincèrement, le plus sincèrement du monde :

— Combien se sentent-ils différents des autres ? Se sentir différent, c'est justement le comble, non ? Regarde-les tous, à se sentir peut-être pas importants, peut-être pas supérieurs, mais tout du moins différents. Moi, je te le dis, il n'y a rien de plus ordinaire que le désir de l'extraordinaire. Il n'y a rien de plus semblable que le désir d'être différent. Il n'y a rien de plus normal que de vouloir échapper avec ce qui fait de nous des hommes, la confusion avec la normalité. High hopes, tough reality.

Curieusement, et sans s'en rendre compte, Sophacle s'était énervé. Il bouillonnait de l'intérieur, et regardait son recueil avec dégoût. Tout ce qu'il avait envie de faire, désormais, c'était de hurler. Mais il se tut et, le visage déformé par la volonté de se retenir, il ne put retenir le flot de paroles qui continua à s'échapper de sa bouche.

— Regarde ! regarde ces brins d'herbe, regarde-les ! Tu vois, dit-il en saisissant un brin, tu vois, ça, c'est toi.

Et il l'écrasa dans sa main.

— Ce n'est pas plus compliqué que cela..., et il abaissa le ton, le chuchotant, presque, pour lui-même : stupide. Je déteste les idéalistes, reprit-il, plus posé, cette fois. Il n'y a rien d'intéressant à s'évader.

Il ne le pensait pas vraiment, cette fois-ci. Mais c'était un acte individuel, et elle n'avait pas à le savoir. Sophacle sortit le paquet de chips et dit, d'un air presque cordial :

— C'est mon dernier paquet de la semaine.

Et il sourit, de cet air narquois, et pourtant si naturel.

Au loin, l'orage tonna. Ses yeux n'étaient désormais plus que deux fentes plissés par le bonheur de partager quelques rondelles de chips avait quelqu'un.

C'était quand même con, se disait-il à lui-même, tandis qu'il ouvrait le paquet. « Je me ferais une amie, moi ? » Son regard s'attarda un instant sur les cheveux de Katherine. Une amie, vraiment ? Sophacle avait comme la nette impression qu'on ne pouvait pas être ami avec ce type de personne. On était tout, ou on était rien..., peut-être.

Il eut un petit rire gêné qu'il ne put retenir. Jamais il ne lui sembla qu'il eût aussi honte qu'en ce moment.

— Euh..., elles sont naturelles. Je les aime comme ça. Les chips, hein.

Et il déglutit avec difficulté.

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Re: Balade aérienne

Message par : Katherine Jones, Ven 15 Jan - 13:29


- On n'est pas obligé d'être comme ça, tu sais.  Comme ça, je veux dire, comme on l'est toujours. Bien sûr, il faut l'être un peu. Mais pas toujours.

Katherine comprit bien où Sophacle voulait en venir. Et d'un côté, elle ne supporta pas qu'il lui fasse cette remarque. Ce n'était pas une obligation. C'était un état. Elle était comme ça. Rien ne pouvait y changer. Ca faisait des années qu'elle était sur la défensive. C'était devenu une seconde nature, elle n'avait même plus besoin d'y penser. A force de se sentir à l'extérieur des choses, Kate avait pris l'habitude de s'y placer d'office. Elle n'appartenait à rien ni personne. Et surtout, elle était persuadée de ne compter vraiment pour personne.

Pour elle, compter pour quelqu'un était être d'une importance capitale pour cette personne. Il n' y avait pas de demi-mesure. Soit on se consacrait pleinement et inconditionnellement à elle, soit ce n'était pas la peine de tenter quoi que ce soit. Oui, Katherine était complètement mégalo, et persuadée que tout lui était dû. Car quelque part, dans sa tête, elle se disait qu'elle méritait toute cette attention. Qu'elle en avait tellement besoin qu'au final, ça devenait quelque chose dont elle s'estimait être digne.

- Qu'est-ce que tu t'imagines ? Que nous ne sommes pas comme tous les autres ?

Sophacle était assis. Kate le percevait sans le regarder. Son regard était toujours dans le vague. Elle ne se faisait pas d'illusion. Bien sûr qu'elle savait qu'elle était une adolescente comme les autres. Ce qui différait, ce n'était pas qui elle était, mais où elle se trouvait. Ou du moins où elle avait la sensation de se trouver. Par rapport aux choses. Par rapport aux gens.

- Tu n'as rien de différent. Moi non plus.


Le garçon n'arrêtait pas d'asséner ses phrases comme s'il s'agissait de vérités universelles. Il avait montré Kate du doigt. La jeune fille se décala un peu. 73 cm. C'était la limite. Et il l'avait ignorée sans même se demander pourquoi elle avait pris tant de soin pour garder une telle distance. Ca n'avait rien d'anodin, pourtant. Quelque part, elle fut un peu déçue. Elle s'était attendue à ce qu'il comprenne ce genre de chose.

- Combien se sentent-ils différents des autres ? Se sentir différent, c'est justement le comble, non ? Regarde-les tous, à se sentir peut-être pas importants, peut-être pas supérieurs, mais tout du moins différents. Moi, je te le dis, il n'y a rien de plus ordinaire que le désir de l'extraordinaire. Il n'y a rien de plus semblable que le désir d'être différent. Il n'y a rien de plus normal que de vouloir échapper avec ce qui fait de nous des hommes, la confusion avec la normalité. High hopes, tough reality.

La jeune fille serra les poings. Elle n'aimait pas ce ton qu'il employait, cette façon qu'il avait de tirer des conclusions hâtives, sur qui elle était, et sur ce qu'elle voulait ou pensait. Parce qu'elle sentait que ces paroles lui étaient destinées. A aucun moment elle n'avait prétendu sortir de l'ordinaire. Katherine avait la désagréable impression que ce type était en train de remettre en cause son intégrité. Le ciel était couvert, maintenant, presque autant que l'était son cœur. Elle aurait voulu cracher à la figure de Sophacle, lui faire ravaler son impertinence et ses jugements de valeur. Cela faisait longtemps que l'aiglonne n'avait pas ressenti cette haine-là. La haine qui lui donnait envie de tout briser autour d'elle, et de ne laisser dans son dos qu'un champ de ruines.

Non, les espoirs de Kate n'avaient rien de haut ou de spécial. Ils étaient juste, comme la plupart des espoirs d'une jeune fille de son âge, hors d'atteinte. Impossibles. Et pourtant, sa jeunesse la forçait à y croire. Parce que, il fallait se rendre à l'évidence, si elle perdait ça, elle n'avait plus rien.

Katherine avait cessé d'écouter, et fut surprise en entendant à nouveau un bruit familier. Elle tourna les yeux vers Sophacle, et vit qu'il avait posé entre eux un paquet de chips, ouvert. Il n'attendait visiblement qu'une chose : qu'on s'y serve.

- C'est mon dernier paquet de la semaine. 

Un sourire ses dessina sur ses lèvres. Au fond d'elle, Kate essaya de relativiser, de se dire que finalement, il n'avait pas été aussi offensant, ou du moins il ne voulait pas l'être. Mais elle avait beau tenter de voir le verre à moitié plein, sa fierté ne se remettait pas de la tirade de Sophacle. Et quand on s'appelle Katherine Jones, on a un ego qui s'élève à peu près aussi haut que l'Empire State Building. Il avait beau avoir fait un geste pour ramener la paix dans les cœurs, rien ne pouvait faire oublier sa colère à l'aiglonne. Elle plissa les yeux, et réfléchit un instant à une remarque cinglante. Plus que tout, elle voulait frapper un grand coup, se venger, et montrer à cet effronté qu'il valait mieux ne pas lui chercher des noises.

- Euh..., elles sont naturelles. Je les aime comme ça. Les chips, hein.


Katherine sourit à son tour. Il y avait quelque chose de maladroit et d'attendrissant, chez ce garçon, tout de même. Elle avait beau être fâchée, elle était obligée de le reconnaître, même si ça lui coûtait.  Apparemment, Sophacle attendait qu'elle fasse le premier geste vers les chips. Timidité ou galanterie, elle n'aurait su dire. Toujours est-il qu'elle plongea sa main dans le paquet et en retira une chips. Son geste avait été rapide, très rapide, puisque pour se servir, elle devait rapprocher sa main à au moins 47 cm de son interlocuteur, ce qui lui demandait un effort considérable.

Pensive, Kate tint la chips un instant devant ses yeux. Elle en observa la forme irrégulière, et sourit. « Si seulement la vie était comme les chips, tout le monde se porterait bien mieux, » se dit-elle. Puis, elle éclata de rire. C'était si stupide de penser des choses pareille. Si stupide. Mais elle ne pouvait pas s'empêcher de rire. N'y tenant plus, elle se laissa tomber sur le sol. Sentir son dos se soulever puis cogner la terre humide ne la faisait que rire plus fort encore. Elle roula sur le côté pour jeter un coup d’œil à son interlocuteur. Se calmant un peu, elle réussit à se redresser. Ses yeux étaient humides, à cause du fou rire incontrôlable qu'elle venait d'avoir.

L'aiglonne se rendit alors compte qu'elle avait le poing fermé, bien serré. Elle détendit les muscles de sa main, et découvrit la chips réduite en miettes au creux de sa paume. C'était si... fragile. Avec son autre main, elle rassembla les morceaux de chips en un petit tas, puis porta le tout à sa bouche. Elle prit bien soin de lécher sa main après. Le meilleur, dans les chips, c'était le sel. Il ne fallait surtout pas en perdre. En plus, cela faisait des mois – non – des années qu'elle n'avait pas mangé de chips, son petit frère étant allergique aux pommes de terre. Décidément, il l'avait privée de tous les plaisirs, ce petit ingrat – écrivons « ingrat », mais gardons à l'esprit que Katherine avait un mot bien moins fleuri en tête. Haussant les épaules, elle tendit la main, sans vraiment regarder, vers le paquet de chips pour se servir à nouveau.

C'est alors que le contact eut lieu. Pourquoi ce paquet avait-il une texture si douce, et pourquoi était-il si chaud ? En fait, Kate avait tout de suite compris ce qui se passait, mais refusait de le reconnaître. Elle tourna la tête, machinalement, car, comme dit la maxime, « il faut le voir pour le croire. » Le bout de ses doigts touchait le dos de la main de Sophacle. Elle sentit le sol se dérober sous elle. A ce moment-là, elle aurait juste voulu hurler. Ou courir. Ou disparaître. Ou le frapper. Ou pleurer. Tout cela n'avait duré qu'une poignée de secondes, mais elle eut l'impression que ce moment était interminable. Lentement, elle ramena sa main vers elle, et se mit à contempler ses doigts comme s'ils étaient souillés.

- 73 centimètres. Reste à au moins 73 centimètres de moi.

Pour une fois, elle avait clairement articulé, et n'avait raccourci aucun mot. Sa voix était froide, vide de toute émotion. Elle se sentait très nettement en dehors de son corps. Kate observait la scène en même temps qu'elle la jouait, et cela la fatiguait. Malgré son envie de pleurer, ses yeux restèrent secs. Elle se décala un peu plus loin de Sophacle. Il y avait au moins 102 cm entre eux, maintenant. Elle était à peu près saine et sauve. Du moins, elle l'espérait. Tout comme elle espérait qu'il comprenne qu'elle rejetait tout ce qui n'était pas elle.
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Re: Balade aérienne

Message par : Sophacle Neuron, Dim 17 Jan - 21:43


Sophacle regardait le ciel, d'un air de grand garçon perché sur ses plus fermes résolutions, le regard pourtant vacillant et le coeur pris dans une spirale d'émotions sans utilité première. La praticité de la vie, sa conclusion, son effet terre-à-terre, a ceci qu'elle interdit toute confession de l'âme. Sans doute l'âme était-elle quelque concept vieillot inventé par des demeurés cloîtrés dans leur univers de fantaisie ; mais comment se faisait-il qu'en cet instant, une réelle communion d'un être profond s'engageait avec le monde ? Comment se faisait-il qu'il sentait s'échapper de lui-même les désirs les plus insoupçonnés, les plus impétueux, et les moins avides d'un sens ? C'était une plongée dans l'âme, et le monde dans l'âme, et l'âme du monde ; l'esprit avait une terre qui ne pouvait résolument être le corps seul..., non, ça n'était décidément pas le cas ; il se sentait coupable de penser cela, et Sophacle regardait le ciel, et encore le ciel, et il lui apparaissait mille entreprises plus périlleuses les unes que les autres ; comment rester vivant ; comment s'entretenir dans la société ; comment parler, comment, et le comment du comment, et d'autres questions, mille autres interrogations auxquelles il n'avait aucune réponse. Sophacle était perdu. Il prit une chips et le ciel disparut. Ses yeux s'en détachèrent. « Bah, tant pis, pensa-t-il. C'est comme ça ». Et en effet, c'était comme ça.

Mais le comme ça n'était pas dépourvu de conséquence ; réaliser, et penser, et réaliser la pensée, et penser cette même réalisation, nous entraîne dans des espaces infinis d'amertume, de remords, de sacrifices, d'indigences, de ruptures, de tristesse, et une infinie tristesse, infinie comme ces espaces, s'emparent alors du penseur. C'était non-néglociable, une sorte de contrat passé avec la pensée. Les souvenirs s'y mêlaient, et de cela, on y construisait un monde d'artifices, de réalités absconses, de farces, d'attrapes-nigauds. On se trompe. On joue à se tromper des façons les plus spéciales qui soient. Cela peut bien marcher, un temps. Un temps, le temps d'une semaine ; un temps, le temps d'un mois. Une année, même, et peut-être dix ans. Sophacle le savait bien. Mais Sophacle savait aussi, qu'un jour, il faudrait cesser de jouer la comédie. Cesser de jouer la comédie et se rencontrer enfin, dans la bestialité la plus intime, dans ce qui fait qu'un homme est un homme, un jour, quelque part, quelques secondes ; le temps de détruire une personnalité nouvellement formée, et forgée au fil des années. C'est pareil à un esthète qui contemplerait son oeuvre qu'on détruirait ensuite au marteau ; il n'y avait pas d'illusion à se faire là-dessus.

Il ne regardait donc plus le ciel mais au loin, détaché de la présente réalité, par un contact avec l'ineffable ; bref, le regard perdu dans l'horizon, sans pourtant voir un horizon, ses doigts gambadaient seuls vers le paquet de chips dont il n'imaginait pas un seul instant qu'il les mettait ensuite dans sa bouche. Il les mâchait, sans en ressentir le plaisir habituel, ni l'émotion, ni la saveur. Il y avait quelque chose d'absent dans ces chips, aussi absent que tout le décor qui tenait lieu de Parc en ce moment-même. Il avait même, pratiquement, oublié la fille à ses côtés lorsque...

Il sentit quelque chose. Sur le dos de sa main, des doigts l'avaient effleuré. Immédiatement, il sentit leur douceur, la chaleur de la peau et le frisson d'une duperie ; il revint à lui-même, immédiatement, trop vite, et jeta un regard accusateur à sa propre main. Puis, il reporta lentement son attention sur Katherine. Celle-ci était proche, le regard dur, désormais, et fixait ses propres doigts. Sophacle était étonné. Après tout, ce n'était pas grave. Lui-même n'avait rien ressenti, à part, bien sûr, le simple contact des doigts de quelqu'un, il y a quelques secondes étranger, dont il ne savait toujours pas le prénom ni le nom, mais, certes, ce n'était pas aussi important. Enfin, du moins le pensa-t-il jusqu'à ce qu'elle dise, d'une voix froide dont il ne comprenait la raison :

— 73 centimètres. Reste à au moins 73 centimètres de moi.

Il demeura un temps impassible, quelques secondes seulement. Puis, son habituel sourire narquois se dessina sur son visage. Ses yeux se plissèrent et il répondit sur un ton moqueur :

— Alors c'est ça, une Serdaigle qui s'approche d'un Serpentard ?

Il se rapprocha, ignorant tout bonnement la règle des soixante-treize centimètres.

— Alors c'est ça, une fille qui s'efforce d'être différente ?

Il était désormais tout près d'elle.

— Alors, c'est ça, hein ?, répéta-t-il, doucement.

Sophacle empoigna le paquet de chips et le mit entre eux deux. Il se saisit d'une chips et la fourra sans considération aucune pour Katherine... dans sa poche. Un curieux rituel qu'il faisait avant un évènement qu'il considérait important, pour se donner de la chance. Il inspira profondément et murmura :

— Looking beyond the embers of bridges glowing behind us
To a glimpse of how green it was on the other side
Steps taken forwards but sleepwalking back again
Dragged by the force of some inner tide
At a higher altitude with flag unfurled
We reached the dizzy heights of that dreamed of world.

Il ne dit rien et se contenta de la regarder dans les yeux. Mais c'était un regard dur, presque méchant, autoritaire, sans compassion sur l'instant. Il devait être étrange de constater le décalage entre le regard et les paroles, d'ailleurs, et il s'en doutait sûrement puisqu'il ajouta bêtement :

— Je n'y peux rien, je n'ai jamais su..., euh, regarder, bien... Tu vois ?

Sophacle était sûr qu'elle ne le comprendrait pas. Mais il n'en avait cure. Il avait trouvé un truc.

— Regarde, dit-il, en prenant hâtivement une chips, tout en souriant, et fixant désormais un point au-dessus de Katherine pour ignorer au maximum sa réaction à l'infraction de la règle des 73 centimètres. Regarde. Lorsque tu manges une chips, tu dois..., enfin, regarde.

Il tira sa propre langue, y posa la chips, lentement, tout en disant probablement : Tu vois ? ; malgré tout, voilà ce qui devait s'entendre :

— Anhanha ?

Puis, il l'écrasa contre son palais en fermant les yeux. Ce devait être risible, mais voilà bien ce qui lui plaisait intensément ; manger des chips. C'était une bonne communication avec autrui, sans fioriture. Lorsqu'il rouvrit les yeux, il souriait comme s'il avait accompli une grande chose.

— Ce n'est pas plus difficile que ça, dit-il. J'aimerais que tu le fasses. C'est mon dernier paquet de la semaine, insista-t-il, grave. Attends.

Il jeta un regard paniqué à son recueil ; heureusement, elle ne semblait pas vouloir s'attader dessus. Puis, il prit sa plume et y écrit quelque chose.

— Pink Floyd, ça, c'est quelque chose, murmura-t-il.  

Autour d'eux, la plupart des élèves étaient rentrés. Le ciel s'était bien couvert et quelques gouttes tombaient de nouveau ; une éparpilla par ailleurs de l'encre sur son parchemin. Il posa le recueil sur la pelouse et s'assit dessus. Il sourit à nouveau et demanda, impatient, excité, presque :

— Alors, tu le fais quand ?

Toujours sans regarder Katherine, mais en fixant le point imaginaire. Il n'était pas à Serpentard pour rien ; le courage n'avait jamais été son fort.

Entre temps, Sophacle se demandait bien ce qu'elle pouvait lui vouloir. Après tout, tout le Parc s'offrait à elle. Pourquoi avait-elle choisi de le rejoindre ? Avec un autre sourire, il se sentit important ; et tout boursouflé de cette importance, il continua :

— Je t'ai vu une fois, dans le château. Tu étais à la Table des Serdaigle, et je me disais que tu devais bien t'ennuyer. Non ?, demanda-t-il. En tout cas, moi, je me serais ennuyé parmi les tiens. Déjà que les Serp...

Il hésita un temps.

— Ce n'est pas Serpentard, ce sont..., disons, certaines personnes, rectifia-t-il. J'ai un hibou qui s'appelle Kebab. Ils l'ont déplumé hier soir, je pense, acheva-t-il, sombrement. Mais les Serdaigle ne doivent pas être mieux, s'empressa-t-il d'ajouter. Mais bon...

Il désigna une Deuxième année qui passait par là, rousse et petite, les lunettes cerclées de fer et le regard pétillant.

— C'est une Poufsouffle, elle, conclut-il, comme si, par là, toute démonstration était faite.

Puis il soupira de nouveau, et sourit. Il plongea ses doigts dans le paquet..., mais il n'y avait plus de chips.

Soudain, l'orage tonna de nouveau et la pluie tomba dru. Des filles crièrent et se précipitèrent au château.

— J'aime la pluie, dit-il inutilement.

Et c'était vrai. Sophacle aimait bien la pluie, celle qui battait les carreaux de son dortoir une nuit d'hiver, celle qui le récompensait après une journée de chaleur, celle qui, enfin, détestée de tous, trahissait des jours et des jours de pluie sans discontinuer. Sans regarder plus longtemps Katherine, il s'allongea sur la pelouse imbibée et ferma les yeux.

Son recueil devait être fichu. Il devrait, sans doute, le recommencer de zéro.
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Re: Balade aérienne

Message par : Katherine Jones, Mer 20 Jan - 21:51


— Alors c'est ça, une Serdaigle qui s'approche d'un Serpentard ?

Katherine sourit ironiquement. Non, ça n’avait rien à voir. Ça n’avait pas le moindre, le plus ténu rapport avec une quelconque tension entre Maisons. Tout ça, ça ne concernait qu’elle. Et puis qu’est-ce qu’elle s’en fichait, du fait que Sophacle était à Serpentard. Ca la touchait à peu près autant que de savoir qu’il était passionné par les Rappeltout. Elle n’en avait rien à faire. Rien du tout. Et ça l’étonnait presque que son interlocuteur parle de ça, alors que c’était probablement la dernière de ses préoccupations à ce moment précis. Peut-être qu’il n’était pas si malin que ça, au final.

- Alors c'est ça, une fille qui s'efforce d'être différente ?

Tout en parlant, Sophacle s’était rapproché d’elle. Dès qu’il eut franchi les 73 centimètres, Katherine se raidit, et resta immobile, comme paralysée. Elle avait peur qu’il la touche à nouveau. Intérieurement, elle était furieuse. Elle aurait voulu le frapper, mais comme cela impliquait un contact, elle était forcée de se retenir. Il était maintenant très proche, et Kate sentait son souffle sur son visage. Elle n’entendait même plus ce qu’il disait, trop concentrée sur le fait de ne pas imploser.

Froid. Tout était froid. Et Sophacle venait de brandir une chips, avant de la fourrer dans sa poche. Katherine ne comprenait pas grand-chose à ce qui lui arrivait à ce moment précis. Elle retint son souffle lorsque le jeune homme lui susurra :

- Looking beyond the embers of bridges glowing behind us
To a glimpse of how green it was on the other side
Steps taken forwards but sleepwalking back again
Dragged by the force of some inner tide
At a higher altitude with flag unfurled
We reached the dizzy heights of that dreamed of world.


C’était la suite. La suite de la chanson. Celle que Katherine avait entonnée un peu plus tôt, pensive, en regardant au loin. C’était assez surprenant qu’il la connaisse, d’ailleurs. Il s’agissait d’un groupe moldu vieux de quasiment deux siècles, maintenant. Kate avait simplement entendu cette chanson un jour, en passant devant un magasin d’antiquités moldues, à Londres. C’étaient des trucs bizarres, ronds et plats, avec un trou au milieu, dont elle ignorait le nom. Il fallait les placer dans une machine étrange, et de la musique en sortait. C’était assez marrant à regarder, et Kate était restée un moment devant la vitrine, à écouter le morceau, et à contempler ces objets issus d’un autre monde.

Puis son frère l’avait attrapée par la main, et elle était revenue à la réalité. Et elle l’avait, une fois de plus, haï pour l’avoir sortie d’un moment plus magique que tous les vols sur son balai qu’elle avait pu faire auparavant. Et son père les avait rejoints, et lui avait demandé où elle était passée tout ce temps. Et il lui avait expliqué que ces objets valaient une fortune - au moins 150£!. Et que la musique moldue était étrange. Et qu’ils devaient partir, parce qu’ils étaient pressés. Mais Kate était revenue plusieurs, fois, en été, seule. Elle avait passé des heures à discuter avec le marchand de la boutique, qui lui avait passé et repassé la chanson sur un "CD" - c'est comme ça qu'il appelait les objets étranges. Voilà pourquoi elle était si spéciale, pour Katherine. La chanson. Mais ça, Sophacle ne le savait pas. Et il se l’appropriait, comme si ce n’étaient que des mots sur une musique, que l’on pouvait lancer comme ça. Sans se douter que tout ça avait une portée sans limite.

Puis, il sembla changer d’attitude. Il paraissait lassé de jouer ce petit jeu - le petit jeu qui consistait à la rendre folle. Il se recula un peu, et lui montra comment manger une chips. C’était stupide. Vraiment stupide. Comme si elle avait besoin qu’on lui explique un truc pareil. Est-ce qu’elle elle venait lui faire une démonstration, elle, pour lui expliquer comment on mettait des chaussettes ? Non. Elle leva à nouveau les yeux vers Sophacle, et le vit écrire avec empressement dans son recueil, puis s’asseoir dessus. Akward. C’était le seul mot qui lui venait à l’esprit.

- Je t'ai vue une fois, dans le château. Tu étais à la Table des Serdaigle, et je me disais que tu devais bien t'ennuyer. Non ? En tout cas, moi, je me serais ennuyé parmi les tiens. Déjà que les Serp... Ce n'est pas Serpentard, ce sont..., disons, certaines personnes. J'ai un hibou qui s'appelle Kebab. Ils l'ont déplumé hier soir, je pense. Mais les Serdaigle ne doivent pas être mieux. Mais bon...

Katherine sentit son cœur s’alourdir, à la vue de ce jeune homme. Il paraissait un peu triste. Seul. Et mal intégré. Elle, elle n’avait jamais eu ce genre de problème. Elle était plus souvent bourreau que victime. Et puis elle n’avait rien contre les gens d’une maison en particulier. Elle avait quelque chose contre les gens tout court. C’était aussi simple que ça. Parce que tout ce qui n’était pas elle l’indifférait complètement. Kate enfourna sa main dans le paquet de chips et se servit une pleine poignée, ne laissant que des miettes au fond. Puis elle les broya dans sa main, et les avala.

- C’est une Poufsouffle, elle.

L’aiglonne leva un sourcil. Depuis quand n’avait-elle pas jeté un coup d’œil autour d’elle ? Elle l’ignorait. Tout ce qu’elle savait, à cet instant, c’était qu’elle était encore un peu pétrifiée, en tout cas qu’elle était incapable de se lever. Malgré les gouttes de pluie qui venaient s’écraser mollement dans sa tignasse brune. Malgré le froid qui commençait à être difficilement supportable. Malgré la pénombre qui s’installait peu à peu. Tout à coup, un éclair déchira le ciel. La pluie se fit plus intense.

- J’aime la pluie, dit Sophacle.

Kate hocha la tête. Elle n’en avait pas grand-chose à faire de tout ça. Des chips. Des maisons. Du fait d’être différente. De l’orage. De la pluie. De Pink Floyd. Des gens. De Sophacle. C’était la conclusion à laquelle elle était parvenue, et elle désirait la partager avec son interlocuteur. Mais elle devait d’abord lui répondre : cela faisait trop longtemps qu’il parlait, tandis qu’elle restait là, stoïque, n’ayant effectué un mouvement que pour se servir une poignée de chips et l’engloutir avec dédain. Pivotant vers Sophacle, elle constata qu’il avait pris ses aises et s’était allongé sur le sol spongieux.

- Moi j’t’ai jamais vu. Jamais vu. Jamais entendu parlé d’toi. J’crois pas qu’ça m’intéressait d’savoir qu’t’existais, commença-t-elle en riant un peu : c’était la vérité.

Puis, elle secoua sa longue chevelure brune. Les bouclettes avaient disparu pour laisser place à une masse informe de mèches presque noires, emmêlées et dégoulinantes. Elle allait sans doute tomber malade. Et avoir à boire la potion qu’elle détestait prendre contre le rhume. Mais peu importait, en fait.

- M’arrive souvent d’m’ennuyer. A table. Dans mon lit. J’m’ennuie comme j’respire en fait, j’crois. C’t’un peu comme si… comme si j’t’ais faite pour r’garder, pas participer. Bordel qu'c't'ennuyeux.

Katherine frissonna. Ce n’était pas un frisson dû à la  pluie, ou à l’orage, ou même au froid, qui se faisait de plus en plus mordant. C’était un de ces frissons de plaisir que l’on éprouve lorsqu’enfin, après un long et pénible moment de silence, on peut recommencer à parler. Comme si on recouvrait l’usage de la parole. Il y avait quelque chose qu’il fallait qu’elle fasse.

Prenant sur elle, Kate se rapprocha de Sophacle. 73 centimètres. 68 centimètres. 54 centimètres. 42 centimètres. Inspiration. Expiration. 35 centimètres. Inspiration. Expiration. 30 centimètres. 20 centimètres. C’était la première fois qu’elle comptait en dizaines, et elle dû fermer les yeux. 10 centimètres. Elle était très près de lui, maintenant. Ses doigts étaient gelés, mais là encore pas à cause de l’humidité glaçante de cette fin d’après-midi. 5 centimètres. 4. 3. 2. 1. Lentement -4 centimètres-, très lentement -3 centimètres- , elle rapprocha ses doigts -2 centimètres- de la main de Sophacle -1 centimètre- et les effleura. Délicatement. Presque imperceptiblement. Un nouveau frisson la parcourut. Mais cette fois-ci, il n’avait rien de positif. Elle se leva, d’un coup sec. Sans prévenir. Décidément, elle détestait les gens.

- Si les gens sont méchants avec toi, t’devrais juste pas leur accorder d’importance. R’garde, est-c’que j’ai l’air d’me soucier des gens autour, moi ? Non. Bah j’m’en sors plus que bien dans ma vie, jusqu’là, elle marqua une pause. Enfin j’crois. Mieux vaut juste ignorer ça.

Elle fit un grand moulinet avec ses bras, en levant la tête vers le ciel. Elle dû fermer les yeux pour éviter que des gouttes de pluie ne viennent s’y loger. Puis elle se mit à rire. A rire franchement. Aujourd’hui, elle avait fait plein de choses qu’elle n’avait pas prévu de faire. Et ça la rendait heureuse. Carrément heureuse. Parce qu’elle avait appris des trucs sur elle.

- Oui, ignorer tout ça, là ! Tout ça !

Elle fit mine de donner un coup de poing dans le vide. Puis un autre. Puis encore un. Puis encore un autre. Et encore un. Et encore un. Et encore un. Elle fit cela jusqu’à ce qu’elle sente les forces abandonner ses bras frêles. Kate se tourna alors vers Sophacle, plus renfrognée, cette fois :

- C’quand même plus facile d’rester sous la pluie en pensant qu’ça a aucune importance, right ?

Elle inclina la tête sur le côté et plissa les yeux. Puis elle tendit la main vers Sophacle. Comme pour qu’il la prenne. Sauf qu’elle était trop loin pour qu’il l’attrape. C’était un signe invisible, qui voulait dire « Si je pouvais, je le ferais », en langage des signes Jones.

- Tu d’vrais rentrer. T’vas choper la crève.

C’est tout ce que Katherine avait lui offrir. Et c’était déjà pas mal.
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Re: Balade aérienne

Message par : Sophacle Neuron, Mar 26 Jan - 20:45


— Moi j’t’ai jamais vu. Jamais vu. Jamais entendu parlé d’toi. J’crois pas qu’ça m’intéressait d’savoir qu’t’existais.

Eh bien, pensa Sophacle, ça commence fort. Il la regarda avec lassitude, mais ne dit rien. La pluie lui fouettait le visage, et lui se contentait, avec délectation, d'imaginer comment les gouttes pourraient lui pénétrer des pores infimes de sa peau blanche et blafarde.

Sous la pluie, les cheveux de Katherine avaient changé. Ils n'avaient plus cette grâce naturelle qui satisfaisait l'oeil et était garante d'une certaine noblesse physique. Mais Sophacle ne s'en préoccupait pas plus que cela. En fait, il avait surtout remarqué un bout de chips qui s'était accroché aux cheveux de la Serdaigle. Un sourire pointa sur le visage du jeune homme.

— M’arrive souvent d’m’ennuyer. A table. Dans mon lit. J’m’ennuie comme j’respire en fait, j’crois. C’t’un peu comme si… comme si j’t’ais faite pour r’garder, pas participer. Bordel qu'c't'ennuyeux.

Oui, continua à penser Sophacle, les yeux rivés sur le bout de chips, oui, c'était ennuyeux. Tout était ennuyeux. Un principe de vie, aurait-il dit, qui tient compagnie aux riches et aux âmes trop satisfaites. Pis que le dénuement, le trop-plein n'apporte, non la satisfaction comme on voudrait s'y attendre, mais le règne de l'Ennui. Sur celui-ci, nombre de théories pourraient être construites ; ses fondations sont solides, son existence, immatérielle, éternelle et corrosive. Elle détruit tout, dans les fondements les plus intrinsèques. Les recoins les plus spécieux de notre masse cérébrale s'en trouvent bouleversés. L'Ennui dicte ses lois : le reste suit, au pas, en rang, sans tergiverser. L'Ennui ne connait que la discipline de la mort. Le reste est proprement voué à l'échec.

Sophacle eut un léger sursaut quand il vit que Katherine s'était rapprochée. La pluie continuait à frapper — plus agréablement, doucement, presque —, son visage, et ses joues, ses lèvres, ses paupières, tout semblait ruisseler de l'intérieur, comme si la pluie était elle-même un produit de l'activité de son esprit. Il y avait là quelque chose de beau, de naturel, de satisfait de sa nature. Katherine s'était vraiment rapprochée. Désormais, ils pouvaient même se prendre la main si elle le souhaitait.

Pendant un temps, Sophacle, faisant fi d'ignorer son geste, pensa qu'elle allait le tenter. Il en aurait eu les jetons si elle l'avait fait.

Elle le fit à moitié.

Il déglutit violemment.

Mais elle lui effleura simplement les doigts. Des doigts chauds malgré la pluie, et une présence tout aussi agréable que cette dernière. Au grand dam du Serpentard, elle retira ses doigts. Soudain, la pluie apparut froide, hostile, néfaste.

— Si les gens sont méchants avec toi, t’devrais juste pas leur accorder d’importance. R’garde, est-c’que j’ai l’air d’me soucier des gens autour, moi ? Non. Bah j’m’en sors plus que bien dans ma vie, jusqu’là. Enfin j’crois. Mieux vaut juste ignorer ça.

Il se tourna vers elle avec lenteur. Lorsqu'il l'avait vu se rapprocher, il avait délibérément détourné le regard afin de simuler son ignorance. Il remarqua qu'il n'y avait guère plus de trace de chips dans les cheveux de la jeune fille, mais ils étaient toujours disgracieux. D'un côté, cela lui donnait un air sauvageon qui semblait bien lui convenir.

À ces propos, Sophacle ne pensa à rien d'autre que : on est obligé d'y accorder de l'importance. C'était une règle. Une règle d'or première. Notre attitude ne se fait, pensait-il, qu'au dépit de l'attitude des autres ; si j'ignore leurs propos, c'est bien, qu'a priori, je sais que leurs propos ont une incidence sur mon attitude, non ? Ma non-réaction n'est-elle pas, au fond, qu'une simple réaction ?

En ce moment, il se dit qu'il méritait bien l'aigle d'or sur fond bleu, et que le serpent sur fond vert faisait pâle figure à côté de celui-ci. Un sourire narquois, cependant, se dessina sur son visage lorsque Katherine se mit à rire.

— Oui, ignorer tout ça, là ! Tout ça !

Puis, comme une enfant, elle frappa l'air — et percuta quelques gouttes, qui atterrirent sur le visage du jeune homme. Il continuait à sourire, d'un air presque moqueur, les yeux plissés.

— C’quand même plus facile d’rester sous la pluie en pensant qu’ça a aucune importance, right ?

Sa voix avait légèrement changé. Sophacle hocha de la tête, d'un air nonchalant.

Et elle tendit la main.

Sophacle souriait toujours, mais son sourire n'était, désormais, plus le même. C'était un véritable sourire d'enfant, et ses yeux brillaient d'une lueur de... gain. Comme si, par là, il récoltait quelque chose qui semblait plus précieux encore que des Gallions retrouvés dans la poche d'un vieux par-dessus de son père.

Malheureusement, elle était trop loin pour qu'il puisse la saisir — et il suspecta qu'elle l'avait savamment calculé.

Depuis tout ce temps, Sophacle était donc couché sur le dos, le regard brillant, larmoyant, presque, du fait de la pluie, et rougis par le vent qui s'était levé et apportait une touche de froideur à la température générale qui semblait avoir drastiquement chuté. Son recueil était fichu (il était probablement réduit à un tas de parchemin mouillé et informe), et Katherine lui tendait la main, inutilement.

— J'espère que ce n'est pas tout, lança-t-il, insolent et nasillard. Tu n'as que ça à me donner ?

Et il désigna la main d'un geste de la tête.

— Je n'ai pas besoin de toi, marmonna-t-il.

Il se leva très lentement, fit volte-face, regarda son recueil fichu, et se retourna vers Katherine, visiblement las.

— Tu me dois quelques poèmes, toi. Je ne t'ai pas attendu pour que tu me donnes des leçons de vie...

Il hésita. Il allait dire : niveau Première année, mais un brusque calcul de son esprit lui avait fait retirer cette remarque. Gêné, il continua, en tâchant de ne rien laisser transparaître de son malaise.

— ..., enfin, tu comprends. Parce que moi...

Il se rapprocha très vite d'elle. Sa robe de sorcier était collée à son torse. De minuscules gouttes de pluie perlaient de ses cheveux plaqués sur son front. Il devint blafard — plus encore qu'il ne l'était naturellement.

— ... Je peux.

Et il toucha la main de Katherine.

Mais cela n'avait rien de normal. Il lui empoignait l'ongle du majeur et semblait le tenir comme s'il tenait un câble, ou un quelconque objet auquel il tenait — et qu'on essayait de lui arracher. Il le remarqua vite, puisqu'il retira sa main pendant une fraction de seconde et s'y reprit : comment saisir une main de la manière la plus normale qui soit ?

Grande question. Sophacle ne le savait pas. Alors il posa son majeur sur le majeur de Katherine, et ferma les yeux tout en faisant une grimace.

— En fait, tu as euh..., toujours...

Il l'avait finalement retrouvé.

— Un bout de... de chips. Dans les cheveux.

Quelle idiotie ! pensa-t-il. Et il serra les dents.

Et éternua.

En cet instant, toute magie s'évanouit. Il éternua de nouveau, et se maudit pour cela. Il avait retiré sa main (ou plutôt son majeur), et fronça des sourcils. Puis, d'une arrogance extrême et soudaine, il lui lança :

— Je t'ai demandé de venir ici, moi ? Qu'est-ce que tu fais là ? Le château n'est pas assez grand pour toi ? Mademoiselle veut un palais à elle toute seule ?

Mais après un temps, il marmonna quand même...

— Je crois ?

... qui cassa toute ambiance de froideur.

Cette arrogance, réaction typique chez Sophacle lors des moments de gêne intense, n'avait rien de sincère. Et ni son habituel sourire narquois, ni ses yeux plissés (d'une sorte de bonheur inexplicable), ne pouvait aller en ce sens. Ce ton, factice, relevait presque du burlesque.

Une éclaircie avait, un temps, dissipé la pluie. Sophacle jeta un dernier regard, plein de regret, à son recueil, avant de lancer un Accio sur le paquet de chips qui se dirigea vers lui. Il le saisit, jeta un coup d'oeil à l'intérieur, et marmonna, entre ses dents :

— Tu savais que les meilleures chips du monde viennent d'Auvergne ? C'est une région de France. Ils en font de pas mal en Allemagne aussi, parait, en Bavière. J'étais un temps à Strasbourg — il épela avec soin le nom de la ville —, enfin, dans une petite ville à côté. J'ai de la famille, là-bas. Les Saint-Patristis de Neuron sont connus. C'est une branche de la famille qui..., — il jeta un rapide coup d'oeil à Katherine et changea de sujet —, enfin, bref, le fait est que j'y ai une grande tante, qui est souvent d'une humeur massacrante. On passait les étés là-bas, parfois. Et on allait en Bavière. Elle est vraiment pénible , tu sais...

Il hocha la tête d'un air renfrogné.

— ... mais c'est une très grande amatrice de chips. Hannah, qu'elle s'appelle, marmonna-t-il. Grande-tante Hannah. Ich bin ein Fransouz, du bist ein Anglich, eh ? Je crois qu'elle parle le boche.

Il resta un temps silencieux, face à elle. Il ne pleuvait plus du tout, désormais. Sophacle se racla la gorge et conclut :

— Je crois qu'on ferait bien de rentrer, oui, oui...

Il hésita et demanda :

— Comment tu t'appelles ?

Enfin.

— Pas pour te recontacter ou quoi, non, bien sûr, ajouta-t-il maladroitement.

Du reste, si Sophacle était doué en quelques domaines, il en était un où il était dépourvu de toute pratique. Il n'avait jamais réussi à mentir frontalement.

Et Katherine l'avait, peut-être, bien compris.

Il jeta un dernier regard aux cheveux de la jeune fille, et ne put s'empêcher de penser que même mouillés, même en ayant l'air sale et emmêlés, le tout était agréable à regarder.

Pis, c'était... tout à fait charmant. Et même la chips n'avait pas réussi à gâcher ce moment de contemplation. Est-il nécessaire d'ajouter qu'il lui trouvait, avec une chips dans les cheveux, un charme supplémentaire ? un charme proprement sophaclien ?

Se retrouver. En quelque sorte, c'était ce qu'il commençait à apprécier chez elle.

Il se retrouvait.
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Re: Balade aérienne

Message par : Katherine Jones, Mer 3 Fév - 13:48


Sophacle refusa la main tendue par Katherine. C’était offusquant. Offusquant parce qu’une main tendue, même hors de portée, ça ne se refuse pas. Et encore moins une main de Jones. Kate était de ces gamines reines qu’on avait élevé en leur faisant comprendre qu’elle était ce qu’il y avait de plus fondamental, de plus important sur terre. Elle pouvait faire quoi que ce soit, tout, toujours, lui serait forcément pardonné. C’était comme ça, fallait pas chercher plus loin. Alors comment vous dire qu’à ce moment précis, elle l’avait mauvaise.

Le jeune homme se leva en l’invectivant, puis se tourna vers elle, le regard noir.

- Tu me dois quelques poèmes, toi. Je ne t'ai pas attendu pour que tu me donnes des leçons de vie... ..., enfin, tu comprends. Parce que moi... Je peux.

Sur ce, il entrava une nouvelle fois la limite les 73 centimètres, qui de toute façon ne faisait même plus de sens à ce moment précis. Elle avait été franchie, et refranchie et re-refranchie. Une fois de plus, une fois de moins, dans l’esprit de Katherine, ça ne changeait plus rien. Au point où ils en étaient, il aurait même pu lui prendre la main, ça ne lui aurait plus fait grand-chose.

C’est d’ailleurs ce qu’il tenta de faire. Lui prendre la main. Ou en tout cas, son intention devait ressembler à ça. Mais l’exécution était si maladroite, si gauche, si peu naturelle enfin, qu’elle ne put s’empêcher de sourire. Ce qui l’amusait, en fait, c’est que Sophacle, en tentant d’établir un contact avec ses doigts, avait eu la merveilleuse idée de coller son majeur contre celui de l’aiglonne. Son majeur. Je sais pas vous, mais Kate, quand elle pensait à utiliser son majeur pour faire un geste, ça n’avait rien de sympa, rien d’attendrissant, et c’était même plutôt carrément super vulgaire. Elle le faisait souvent à Eliott, son frère. Le geste. Sa mère, avant, la réprimandait. C’était « obscène », d’une « vulgarité sans nom ». Son père riait, et essayait de se cacher pour ne pas décrédibiliser son épouse. Et son pleurnichard, bon à rien de frère, comme d’habitude, geignait et se plaignait des mauvais traitements qu’on lui infligeait.

Mais ça, ça avait changé. Parce que maintenant, il n’y avait plus sa mère pour l’enguirlandait quand elle osait faire le geste. Et il n’y avait plus le sourire réprimé sur le coin des lèvres de son père. Le seul truc qui n’avait pas changé, c’était les gémissement de son frère, ses sanglots, ses phrases entrecoupées de hoquets et de larmes. Et, éventuellement, parfois, un mot de son père, qui leur demandait à tous deux d’arrêter leurs bêtises d’enfants immatures et de se comporter en adultes. Facile à dire, à une gamine de 11 ans.

Maintenant, Katherine avait grandi. Elle n’était toujours pas capable de prendre du recul par rapport à ce qu’elle vivait, mais elle tentait de le faire. Excepté pour son frère. Elle se sentait en paix avec elle-même, en le détestant. Il lui donnait un peu une raison d’être en colère, en fait. De haïr. Gratuitement. Presque par plaisir. Parce que ça avait quelque chose de jouissif, d’être toujours en train de se battre contre quelque chose. Quelque chose de salvateur aussi. Ca permettait d’éviter de penser aux choses qui rendent le cœur un peu plus lourd. La colère est un bon remède lorsqu’on n’arrive pas à faire face à une infinie tristesse.

Bref, malgré cette digression interminable, il ne s’était passé que quelques secondes depuis que les mains des deux adolescents s’étaient rejointes. Mais quelques secondes, c’était déjà énorme. C’était en tout cas bien plus que ce qu’elle aurait pu imaginer avant ce moment. Sophacle reprit la parole, visiblement très gêné :

- En fait, tu as euh..., toujours... Un bout de... de chips. Dans les cheveux.

Kate passa sa main dans ses mèches emmêlées en grimaçant. C’était dégueu. Dégueu et gras. Complètement répugnant. Le pire, c’est que ça lui arrivait tout le temps. Absolument tout le temps. Elle avait tout le temps des miettes dans ses cheveux. Parce que sa tignasse était tellement indomptable que, des fois, sans qu’elle s’en aperçoive, des mèches entraient en contact avec son alimentation. Lorsqu’elle s’en apercevait, ça la rendait totalement folle. Folle de rage. Et de honte. Elle avait vraiment l’impression de manquer d’hygiène et de… classe. Non pas qu’elle se considérait comme quelqu’un de classe, mais elle se plaisait à s’imaginer que l’image qu’elle dégageait était classe. Et pour elle, ça voulait dire susciter à la fois la curiosité et de la fascination. Et avoir un bout de patate grillée et salée dans les cheveux, comment vous expliquer que ça ne collait pas spécialement avec sa définition de la classe.

C’est à ce moment précis que Sophacle éternua. C’était incongru, inattendu, mais pas illogique, étant donné que ça commençait à faire quelques minutes qu’ils étaient là, sous la pluie. Du coup, Katherine sourit. Au final, il n’était pas beaucoup plus classe, lui. Mais ses cheveux dégoulinants auxquels se mêlaient les chips n’en parurent pas moins répugnants pour l’aiglonne. Au moins, elle ne se sentait plus emplie de honte. C’était déjà un bon départ.

- Je t'ai demandé de venir ici, moi ? Qu'est-ce que tu fais là ? Le château n'est pas assez grand pour toi ? Mademoiselle veut un palais à elle toute seule ?

Katherine cligna des yeux. Une fois. Deux fois. Sans vraiment comprendre ce qu’il lui voulait vraiment. Qu’est-ce que c’était, son problème, à ce type ? Pourquoi est-ce qu’il passait du coq à l’âne, comme ça ? Comme quand elle se retrouvait face à son reflet, la jeune fille se sentie déconcertée. Et un peu nostalgique, aussi, pour une raison inexplicable. C’était infondé. Et stupide. Mais c’était comme ça. Elle ne pouvait pas y faire grand-chose, et ne contrôlait pas ces trucs-là. Tout ça la dépassait, et elle préférait se contenter de cette idée plutôt que d’essayer de creuser.

En temps normal, elle aurait pu comprendre ce que voulait dire Sophacle. Sa colère, sa frustration, son égoïsme aussi. C’est ce dernier point qu’elle appréciait le plus. Un égocentrisme assumé. Elle trouvait les gens altruistes passablement ridicules. Et malhonnêtes. Pour elle, toute action était forcément motivée par des intérêts personnels. Et prétendre le contraire était à la fois faux et hypocrite.

La pluie s’était arrêtée. Mais les nuages noirs étaient toujours amassés dans le ciel, planant au-dessus du château comme autant d’ombres menaçantes.

Sophacle se mit à parler, tout à coup. A vraiment parler. De façon cohérente. Certes, parfois, ses paroles étaient interrompues par des gestes, des coups d’œil un peu inquiets, qui paraissaient lui servir à vérifier s’il avait toujours l’attention de Katherine. Et comme il parlait de trucs contingents, de trucs qui n’intéressaient pas réellement l’aiglonne, elle était toute ouïe. Elle préférait se concentrer sur ce genre de discussions plutôt que de perdre son temps à essayer de débattre sur la vie, la mort, ou encore la situation géopolitique du Japon.

De rares gouttes tombaient encore çà et là, et venaient s’écraser sur le sol spongieux. Katherine jeta un coup d’œil à ses chaussures. Elles étaient couvertes de boue. Et ses chaussettes étaient tout humides. C’est très désagréable d’avoir les pieds froids. C’est encore plus désagréable d’avoir les pieds froids et humides. Ça ne donne qu’une envie : rentrer chez soi, et s’enfoncer complètement sous sa couette.

- Je crois qu'on ferait bien de rentrer, oui, oui...

Kate sentit un poids s’ôter de ses épaules. Tout ça avait duré un peu trop longtemps à son goût, et elle avait hâte que ça se termine enfin.

- Comment tu t'appelles ?... Pas pour te recontacter ou quoi, non, bien sûr.

Katherine sourit. L’humilité n’était pas son fort. Et en cet instant, ses chevilles avaient à peu près l’épaisseur d’un tronc d’arbre. Néanmoins, elle sentit ses joues devenir un peu rouge. L’avantage, c’était que ses pommettes étaient rouges de toute manière. On lui faisait tout le temps la remarque, depuis qu’elle était petite. Sa mère lui disait toujours que c’était ce qu’elle trouvait de plus joli chez elle. Avant… Stop. Kate se posa elle-même la limite. Il fallait arrêter d’y penser. Ça n’irait jamais mieux, sinon.

- Moi c’est Katherine. Katherine Jones.

Elle hésita un instant.

- Vaut mieux qu’tu m’appelles juste Kate. Tout l’monde fait ça. C’plus… convenient. J’crois.

Elle lâcha un sourire qu’elle voulait amical, puis tourna la tête vers le château. Comme le ciel était très sombre, les nombreuses bougies avaient étaient allumées, et le bâtiment de pierres brillait de mille feux. Elle jeta un nouveau regard à Sophacle, puis hocha la tête.

- Bon… J’devrais y aller. J’suis fatiguée.

Elle s’apprêta à partir, mais quelque chose la retint un peu. C’était comme si en partant, elle laissait un peu d’elle. Katherine ne savait pas quoi faire avec ce sentiment inconnu, et décida, comme à chaque fois qu’elle se trouvait confrontée à quelque chose d’inconnu qui l’effrayait et la faisait douter, de simplement l’ignorer et de passer outre.

- Faudrait un coup d’chance pour qu’on s’revoie.

Puis elle tourna les talons, et trottina jusqu’au château, laissant Sophacle et son carnet derrière elle.

Bien sûr, en langage Jones, ses derniers mots voulaient dire : « J’espère réellement qu’on pourra se revoir un jour, et partager un paquet de chips ensemble. »

Plénitude.
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Re: Balade aérienne

Message par : Nya O'Neal, Ven 9 Déc - 1:40


Why fly when you can climb?
(avec Temperence Black)


C’était encore une de ces soirées plates où j’étais stuck à Poudlard. Je ne me ferais jamais à ce foutu couvre-feu. Pour les petits nouveaux, je comprends. À onze ans, faut se coucher relativement tôt si on veut être en forme le lendemain matin – et encore, ça dépend pour qui. Mais je n’étais plus une gamine, là, et devoir rester enfermée pendant des heures avant de finalement parvenir à fermer l’œil, c’était on ne peut plus ennuyant. Pour être honnête, l’école de magie dans son ensemble commençait à me taper sur les nerfs : même le surnaturel ne parvenait plus à chasser l’ennui. Les premiers mois, on s’extasie pour un rien, heureux de découvrir un monde qui nous était jusqu’alors inconnu, mais après sept ans… Plus rien ne nous étonne. Tout finit par se ressembler.

Il fallait à tout prix que je sorte si je ne voulais pas péter les plombs. Même si j’aurais aisément pu me rendre à Pré-au-lard en transplanant, j’avais accumulé assez de fatigue et de flemme pour ne pas avoir envie d’aller aussi loin. Je descendis donc les escaliers, sans but précis, sûre et certaine que je finirais par trouver quelque chose une fois rendue à l’extérieur. Pour une fois, les escaliers ne m’obligèrent pas à faire plusieurs détours inutiles et je fus bien vite rendue dans le hall d’entrée. J’avais croisé quelques étudiants en chemin, qui m’avaient échangé un bref sourire avant de baisser les yeux et de continuer leur chemin. L’avantage, c’est qu’on apprend bien vite qui sont les mouchards, à force de sortir tard le soir. Personne n’aurait l’idée de me balancer si je pouvais à mon tour les dénoncer.

Une fois à l’extérieur du château, il ne me fallut que quelques secondes avant de trouver une occupation. J’observai minutieusement la structure du bâtiment. Même si son ascension semblait difficile, elle ne semblait pas impossible pour autant. Il allait tout de même falloir que je trouve quelque chose à planter dans le mur pour avoir une pogne quelconque… Je regardai brièvement autour de moi, mais rien n’avait l’air de pouvoir faire l’affaire. Bon, il devait bien y avoir un sortilège qui règlerait le problème, comme d’habitude… Je scandai avant tout un #Aranea Telam Maxima, histoire d’être sûre de ne pas me fracasser le crane contre le sol si je tombais. Une énorme toile d'araignée se forma sous mes pieds. Beurk... Je détestais vraiment ces trucs-là, mais au moins c'était efficace. J'entamai ensuite la montée. Aucun sort ne me venait en tête, il allait falloir que je me débrouille à mains nues. Challenge accepted.

Je tentais tant bien que mal de trouver des appuis dans la roche et avançai, à mon rythme, en espérant que personne n’allait me prendre en flagrant délit. J’étais pleinement consciente de mes limites physiques et je savais pertinemment que j’avais bien plus de force dans les jambes que dans les bras, c’est pourquoi je préférais de loin pousser sur mes membres inférieurs plutôt que d’en demander trop à mes bras. L’épuisement se fit malgré tout vite sentir. Je n’avais toutefois pas l’intention d’abandonner si rapidement. Je prenais donc régulièrement des pauses, marmonnant des #Legglutten pour coller mes mains à la roche le temps qu'il me fallait sans avoir à forcer, puis des #Finite incantatem quand j’étais prête à repartir. Cela faisait maintenant de longues minutes que je me luttais pour avancer et je dois bien avouer que je n’étais pas rendue très haut… J’avais à peine fait quelques dizaines de centimètres et j'étais déjà complètement essoufflée…
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Re: Balade aérienne

Message par : Temperence Black, Dim 11 Déc - 0:38


Rp with Nya O'Neal



Ennui.... Errance.... Insomnie.... Réflexion....

Le château s'endormait et se plongeait doucement dans le calme et la torpeur que seul la nuit avait le pouvoir de lui offrir. En plein jour, Poudlard était une véritable fourmilière bruyante et pleine de vie mais à la nuit tombée, lorsque les professeurs sonnaient le couvre-feu, le bruit retombait dans l'abime et le calme regagnait l'établissement.

21h30h.... n'était-ce pas un petit peu tôt pour envoyer toute cette marmaille au lit ? Ne pouvaient-ils pas aller se coucher d'eux-mêmes afin d'avoir le bon nombre d'heure de sommeil ? Les cours commençant à 8h30, le réveil pouvait s'effectuer aux alentours des 7h00-7h30 et, une étude moldue avait démontré par A+B qu'un sommeil parfait ne durait qu'environ 8 heures. Dormir moins était une promesse de fatigue mais si l'on dormait trop, les effets étaient les mêmes. Mais à quoi bon essayé de faire changer les règles moyenâgeuses de cette illustre école. Ce lieu, fondé par quatre personnalités marquantes dans l'histoire de la sorcellerie, avait tout de même vu passé de grands sorciers tels que le tristement célèbre Tom Jedusort rebaptisé Voldemort, ou encore le célébrissime Harry Potter ou bien l'illustre Albus Dumbledore. Finalement.... peut être que ces règles vieillottes avaient été utiles par le passé.... mais à l'heure actuelle, à l'instant T, Tempérence n'avait qu'une envie : s'évader un peu des dortoirs confortables de Sepentard et se trouver une occupation moins ennuyante que celle qui consistait à compter les moutons pour s'endormir.

Ce fut sur ces étranges pensées que Tempérence repoussa sa couette, dévoilant ainsi son jean et son pull aux couleurs de Serpentard qu'elle n'avait pas pris la peine de retirer trente minutes plus tôt. Silencieusement, elle saisit ses chaussures sombres et fila à toute vitesse du dortoir en veillant de ne produire aucun son pouvant réveiller ses camarades. Dans la salle commune des verts et argents, quelques personnes dormaient sur les sofas, tenant entre leur mains des parchemins de cours ou des romans.

Elle poussa doucement la porte de la salle commune et la referma en prenant soin de ne pas la claquer. Elle parcourut ainsi quelques mètres avant de s'asseoir sur la pierre froide de l'escalier afin de mettre ses chaussures. Elle se félicita intérieurement d'avoir sélectionné sa paire de basket basse et confortable dont la semelle en caoutchouc ne claquait pas contre les pierres grises et glaciales qui formaient le sol du château tout entier. Rapidement, elle sauta sur ses guiboles et gravit les marches pour regagner la surface de la Terre.

La jeune fille pénétra dans le couloir désert et traça son parcours au feeling en prenant soin de rabattre sa capuche sur sa tête histoire de ne pas se faire démasquer si jamais elle croisait malencontreusement un professeur ou un préfet effectuant sa ronde nocturne.
Déambulant dans le dédale de couloirs vides, elle laissa ses pieds la guider vers l'inconnu. Ce fut donc par un joyeux miracle qu'elle se retrouva dehors, dans la nuit noire, à marcher sans but précis. Elle longeait l'enceinte du château immense en prenant soin de ne pas trop s'aventurer dans le parc au cas où il y aurait un sortilège d'alarme pour prévenir si un élève était dehors sans raison valable.
Sa main glissait contre la pierre froide et rugueuse, elle écrasait les brindilles d'herbe qui commençaient à se faire faire prisonnière du givre de ce début d'hivers. Le nez planté dans les étoiles, elle ne vit pas la toile gluante devant elle et celle-ci l'arrêta avec surprise.
"Et Mer**" s'écria son esprit dans sa boite crânienne. Elle venait de se faire prendre. Or, une chose clochait. Pourquoi personne n'accourrait jusqu'à elle ? La réponse à sa question arriva lorsqu'elle sentit des gravillons tomber sur ses épaules.

Se tournant vers le mur, elle put apercevoir une forme humaine essayant d'escalader la pente verticale. Tandis qu'elle allait demander à la forme mouvante qui elle était, des bruits de pas et une lueur naquit à l'angle de l'infrastructure. Deux trois solutions se présentèrent à elle. Suivre l'inconnu dans l'ascension du mur, courir vers la forêt interdite qui n'était pas conseillé les soirs de pleine lune ou bien se rendre à la personne qui s'apercevrait de la présence de Tempérence dans une dizaine de mètre.

Ni une ni deux, Tempérence se lança sur le mur et s'accrocha à la pierre comme elle le put afin d'échapper à celui ou celle qui se ferait une joie de lui donner une retenue. Elle grimpa maladroitement le rempart non sans jeter quelques coups d'œil vers le bas. Cinq mètre la séparait du sol et rien ne la protégeait. Soit elle tombait et se fracassait, soit elle tenait bon et arrivait à la première lucarne qui se situait environ 25 mètres au dessus de sa tête.
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Re: Balade aérienne

Message par : Nya O'Neal, Dim 11 Déc - 1:20


Un bruit sourd se fit entendre un peu plus bas. Sérieusement? Il fallait déjà que quelqu’un vienne m’empêcher de m’amuser un peu? Ça n’aura pas pris de temps… C’est qu’ils étaient vraiment au taquet pour faire de l’abus de pouvoir, les préfets. Faut dire aussi que ma toile d’araignée géante n’était pas forcément très discrète non plus… Suffisait de passer devant pour réaliser que quelque chose n’allait pas. Je soupirai. Qu’ils viennent me chercher si le cœur leur en disait, parce que je n’avais pas la moindre intention de descendre tout de suite. D’autant plus que les sanctions encourues seraient les mêmes, que je riposte ou non.

Je jetai tout de même un bref coup d’œil vers le sol, les mains bien gluées au mur. Il faisait particulièrement sombre et je n’aurais su dire si c’était un homme ou une femme, mais je distinguai malgré tout une silhouette encapuchonnée… Qui ne tarda pas à se lancer à ma poursuite. Zut. Pressée par le temps, puisque j’étais persuadée que, qui que ce soit, il/elle était là pour m’attirer des ennuis, je me retournai bien vite vers le mur et tentai tant bien que mal de continuer mon ascension. Je ne faisais pas particulièrement attention et ne tardai donc bien évidemment pas à glisser et à tomber quelques mètres plus bas. Par un réflexe un peu douteux, je marmonnai un #Legglutten qui me permit de me raccrocher à la pierre. Les jambes dans le vide, j’essayai de retrouver un appui quelconque. Mes bras n’allaient pas supporter tout mon poids très longtemps… Après m’être agitée de manière frénétique pendant de longues secondes qui me parurent interminables, je finis par reprendre une position relativement stable… Et découvris que mon sortilège m’avait fait atterrir à seulement quelque pas de ma camarade.

Bon, maintenant j’en étais sure et certaine : c’était une femme. Plutôt jolie d’ailleurs, pour être honnête. À en juger par les couleurs de ses fringues, elle était chez les verts et argent. Je connaissais les préfets des serpents grâce à Aileen et la jeune femme qui me faisait face n’en faisait à priori pas partie. Je m’étais donc ridiculisée pour rien… Elle devait bien se marrer, l’inconnue. Je lui avais offert un magnifique spectacle… Le temps de reprendre mon souffle, je l’observai un peu plus en détails : plutôt mince, cheveux foncés… Mon regard s’arrêta sur ses magnifiques yeux bleus qui ressortaient malgré la noirceur environnante. Ouais, elle avait un sacré charme. Histoire de ne pas trop faire mauvaise impression, je souris à la belle inconnue et lui lançai un regard de défi. Je ne craignais plus rien, autant reprendre là où je m’étais arrêtée.

« La première arrivée à la lucarne a gagné! »

Sans perdre de temps, je visualisai donc mon point d’arrivée et poussai le plus fort possible sur mes jambes pour prendre de l’avance. Je ne savais même pas si ma camarade allait me suivre, mais peu importe. La motivation de gagner me donnant des ailes, j’arrivai bien vite à destination. Je m’allongeai sur le rebord pour être un peu plus stable et tendis la main vers le bas, prête à aider l’inconnue à me rejoindre.
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Message par : Temperence Black, Dim 11 Déc - 11:28


Sans savoir par quel miracle, la personne qui gravissait le mur se retrouva tout d'un coup à ses cotés. Une chance qu'elle ai eu de bons réflexes. De longs cheveux roux, des yeux bleus mêlés de verts, des tâches de rousseurs constellant son visage de nacre. La forme mouvante se révélait donc être une femme.

Elle dévisageât Tempérence quelques instants avant de sourire, un sourire plein de défi. Tempérence avait eu peur qu'elle ne se soit blessée dans sa chute mais elle semblait plutôt aller bien, très bien même. Les questions se bousculèrent dans le crâne de la serpentarde. Qui était-elle ? Que faisait-elle ? Pourquoi le faisait-elle ? ...

Tempérence lui sourit en retour et, alors qu'elle allait poser toutes ses interrogations de vive voix, elle la coupa dans son élan.

« La première arrivée à la lucarne a gagné! »


Tempérence hésita mais le regard de défi qu'elle lui avait jeté quelques secondes plus tôt la fit mettre les pieds dans le plat. Elle allait suivre la jeune femme et lui prouver que les serpentards n'étaient pas des lâches comme beaucoup aimaient le faire remarquer. Elle allait gravir la pente et arriver à bon port la première.

A peine eut-elle le temps d'acquiescer que la jeune femme avait déjà commencé à crapahuter. Le plus rapidement possible, Tempérence s'élança à sa poursuite. Elle coinçait ses doigts entre les pierres grises et calait ses pieds comme elle le pouvait afin de se propulser vers le haut. Sa concurrente semblait avoir de la force, sa grimpe était plus fluide que celle de Tempérence mais cela ne voulait pas dire qu'elle perdrait. Donnez des gants de boxe ou des barres asymétriques à la verte et argent et vous pouviez être sûrs de la voir évoluer dans un milieu qu'elle connaissait comme sa poche mais donnez lui un autre sport et bonjour la catastrophe.
 
Elle coinçait ses pieds entre deux pierres et se propulsait comme elle le pouvait. Son objectif ? Gagner ou arriver en même temps. elle glissa plus d'une fois dans l'ascension du mur mais elle ne chuta pas. Le souffle court, elle s'efforçait de ne pas perdre la face et de gravir ce stupide mur trop lisse. Outre le fait que sa grimpa avait été lamentable, les vingt-cinq mètres furent parcourus assez rapidement par les deux protagonistes.

La lucarne est proche et sa partenaire aussi, d'un même geste, elles attrapent toutes deux le bord de la lucarne mais la jeune fille ne remarque pas Temperence et tend sa main dans le vide.

Tempérence se racla la gorge pour signaler sa présence et alors qu'elle allait enfin demander son identité à la rouquine, elle la saisit par l'épaule et la tira de manière à la coller le plus possible au fond de la lucarne. Tempérence intima le silence par un simple regard et risqua un œil vers la terre ferme.

Un préfet ou un concierge se tenait là, devant la toile, observant autours de lui tel un vautour cherchant sa proie. Tempérence avait les joues légèrement rougies par l'effort et une mince pellicule de sueur recouvrait son front. Lentement, l'adrénaline retombait et la personne en contrebas quitta les lieux en prenant soin de retirer la toile du passage.

- Stupide crétin, marmonna Tempérence avant de s'éloigner de la rouquine afin de lui laisser un peu d'air et d'espace.

- Je suis Tempérence... Tempérence Black. Et toi ? qui es-tu ?  
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Re: Balade aérienne

Message par : Nya O'Neal, Dim 11 Déc - 22:43


À bout de souffle et la respiration haletante, je n’avais même pas remarqué que ma camarade était arrivée en même temps que moi. Décidément, elle avait de l’énergie à revendre, la serpent. Je ne pus m’empêcher de lâcher un petit rire en l’entendant se racler la gorge pour me signifier sa présence. Good job, miss. Je l’aurais probablement aperçue si elle était arrivée la première, cela voulait donc dire que, par le plus grand des hasards, on avait fait un ex aequo parfait. Le sourire aux lèvres, je ramenai ma main tendue vers moi et me retournai, me calant le plus confortablement possible le temps de calmer mes palpitations.

J’avais à peine eu le temps de trouver une position relativement douillette que ma camarade me tira vers le fond de la lucarne. J’en compris bien rapidement que ma première impression était juste et qu’il y avait effectivement un préfet ou un concierge pas loin. La vert et argent n’avait pas entrepris d’escalader le château pour le fun, contrairement à moi. Sans un bruit – hormis celui assez imposant de ma respiration, je la suivis donc, difficilement. J’avais besoin de quelques secondes -voire de plusieurs minutes- pour récupérer. Je n’avais plus l’habitude de ce genre de trucs, moi. Je transpirais à grosses gouttes, mon cœur battait la chamade… Et je m’étais cassé un ongle dans la bataille. Bah voyons. Heureusement que je n’étais pas une de ces barbies obsédées par leur apparence. Je me contentai donc d’arracher le bout qui se décrochait, histoire que la situation n’empire pas. De toute façon, j’aurais dû les couper bien avant, ils étaient rendus beaucoup trop longs.

Je laissai la belle inconnue se charger de surveiller mes arrières, prenant de grandes inspirations pour tenter de me calmer. Cette dernière finit d’ailleurs par s’éloigner et marmonna des insultes. Je lui souris. Effectivement, l’intrus n’était pas particulièrement futé, s’il ne nous avait pas vues. On avait quand même été tout sauf discrètes. M’enfin, on était arrivées à destination saines et sauves, c’était le principal. Tant mieux pour nous si l’autre ahuri avait passé son chemin sans nous prendre sur le fait. Maintenant qu’on ne risquait plus rien, la brunette se présenta sous le nom de Temperence Black. Ça ne me disait absolument rien, mais peu importe. Quelque chose me disait qu’on risquait de bien s’entendre.

« Nya O’Neal, enchantée. »

Je lui tendis la main pour officialiser les présentations, avant de reprendre :

« Qu’est-ce que tu fais dehors, à cette heure-ci? »
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Message par : Temperence Black, Lun 12 Déc - 22:38


« Nya O’Neal, enchantée. »

Tempérence lui sourit et se saisit de la main que la jeune fille du nom de Nya lui tendait. Alors que Tempérence allait lui répondre poliment, Nya prit la parole le sourire aux lèvres.

« Qu’est-ce que tu fais dehors, à cette heure-ci? »


Cette question fatidique devait bien arriver à un moment où à un autre... que devait-elle lui dire ? Lui avouer que le dortoir des Serpentard était tellement ennuyant la nuit tombée que même une ballade avec un veracrasse était plus intéressante. Lui dire qu'elle se promenait juste pour " s'amuser " ou bien lui retourner sa question et elle verrait si Nya allait la dénoncer aux préfets dès le lendemain matin.

Après une longue réflexion de quelques secondes à peine, Tempérence choisit la première option. Lui dire la vérité. Après tout, la jeune fille avec l'air plutôt sympathique et Tempérence aimerait qu'elles deviennent amies. Elle semblait avoir un caractère de feu et la serpentarde aimait ça.

" Je suis sortie me promener un peu dans le château. Les couvre-feux c'est bien mais je ne me couche pas comme les poules. Je ne vais pas me cacher sous ma couette juste parce que le soleil vient de laisser sa place à la lune et le ciel bleu clair à un ciel de velours noir couvert de paillettes. "

Elle venait de dire tout cela comme si c'était une banalité, comme si elle parlait de la météo.

" Et toi, que fais tu ici ?"

Tempérence en profita pour observer plus minutieusement Nya. Rousse, des yeux bleus, des tâches de rousseurs, une peau de nacre, un corps svelte, des mains éraflées comme les siennes, des vêtements simples. Elle était incroyablement belle avec son air angélique. La mince couche de sueur sur son front et ses ongles de longueurs différentes montraient qu'elle ne faisait pas partie d'un groupe de pimbêche attendant avec impatience la nouvelle collection de chez Chanel et les nouveaux produits cométiques les plus tendancieux du moment.

Tempérence ne put que se réjouir intérieurement. Cette fille semblait lui ressembler et elle semblait ressembler à cette fille. Elle voyait en elle une amie proche alors qu'elles ne se connaissaient que depuis cinq minutes et qu'elles ne connaissaient rien l'une de l'autre si ce n'était leur prénom respectif.

Tempérence se décala et laissa ses pieds pendre dans le vide. De cette façon, elle avait une vue imprenable sur la pleine lune qui ce soir était gigantesque en raison de sa faible distance avec la Terre. Le ciel était constellé d'étoile et elle s'amusait à retrouver les constellations en attendant la réponse de sa nouvelle connaissance.

Cassiopée... La grande ours... Orion... Chevelure de Berenices... Céphée...
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