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[Habitation Secrète] The Reckless Home
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Elenna Benson
Poufsouffle
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Re: [Habitation Secrète] The Reckless Home

Message par : Elenna Benson, Lun 29 Mai 2017 - 4:16




A
u petit matin, une voix m’avait soufflé que la journée ne serait pas semblable aux autres. Je l’avais faite taire. J’étais bien trop occupée, trop busy pour me soucier des petites voix dans ma tête, je n’avais qu’une seule chose en tête, cette vengeance qui faisait bouillir mon être et cette souffrance qui glaçait mes veines. J’en avais lu des livres, j’en avais parcouru des lignes, je savais tout du mal et de cette géhenne que certains infligeaient à d’autres. Je savais que la douleur pouvait se manifester sous différentes formes. Que ce soit un pincement, une légère irritation, une douleur lancinante, une douleur que l’on supporte au quotidien. Et il y a le genre de douleur que l’on ne peut pas ignorer. Ma nouvelle amie. Une douleur si grande, qu’elle bloque tout le reste. Et fait disparaître le reste du monde jusqu’à ce que la seule chose à laquelle on pense, c’est à quel point on souffre. Je le sentais jusqu’au bout de mes ongles mais cette souffrance... On l’anesthésie, on la surmonte, on l’étreint, on l’ignore... Ma façon à moi de l’endormir, c’était la noyade. Je lui coupais le souffle, je lui appuyais la tête sous la surface, baignée dans un océan de culpabilité qui me murmurait à l’oreille que c’était ma punition.

La douleur... Le plus dur, c’est de la surmonter. De décider qu’il en est assez, de prendre sa vie en main et de faire des choix. Ou prier fort, d’espérer qu’elle disparaisse d’elle-même, espérer que la blessure qui la cause se referme. Il n’y a pas de solution, pas de remèdes miracle. Vous devez respirer à fond et attendre qu’elle s’estompe. La plupart du temps, les gens géraient leurs maux mais parfois, la douleur s’abat sur vous quand vous vous y attendez le moins. Elle vous attaque en traître et ne vous lâche pas ! La douleur... Vous devez juste continuer à vous battre parce que de toute façon vous ne pouvez pas l’éviter. Et la vie en fournit toujours plus ! Mon destin m’avait joué un énième tour le jour où j’avais ordonné à Alexander de m’abandonner aux mains des mages noirs. J’avais eu foi en moi mais ils avaient brisé chaque barricade que je dressais, ils avaient fait s’écrouler les remparts de ma volonté. Aujourd’hui, j’avais devant moi la protagoniste de ma souffrance, de ma culpabilité, celle qui m’avait façonné une nouvelle facette dans ma personnalité. J’étais là, plantée devant elle, priant tous les dieux possibles et inimaginables pour qu’elle accepte mon aide.

Tu étais très bien comme tu étais, j’en étais certaine. Occupée à détruire, occupée à te détruire. Mais tu as débarqué dans ma vie, alors à moi de faire la même chose. Je savais que je répondais à ta torture par une main tendue. J’étais peut-être folle, peut-être trop bonne, trop c*nne. Mais c’était le moment pour moi de me pointer, de te dire de te bouger. Est-ce que pour la première fois de ta vie tu voyais l’entraide que je t’offrais ? Est-ce que tu pouvais te rendre compte que j’en avais quelque chose à foutre de ta gueule ? Pour l’importance que je t’accordais, pour la confiance que je te donnais, j’estimais mériter que tu fasses des efforts et j’avais conscience de te demander de t’arracher ton cœur, tes valeurs, si noires soient-elles. Qui étais-tu toi au regard perdu et au souffle court ?

J’entendais les divagations de ma proie, j’entendais les deux…trois ? cœurs qui battaient sans cesse. Dans une autre situation, j’aurai pu fermer les yeux et être bercée par ce rythme endiablé que les tambours chuchotaient dans mes oreilles. Ses mots n’avaient pas de sens à mes yeux, je n’étais même pas certaine d’y avoir fait attention, me parlait-elle ? Moi j’attendais, encore et encore, comme si le temps s’était figé, comme si elle m’offrait un aperçu de l’éternité. Les doutes et les questions passaient dans son regard, ses sourcils se fronçaient sous les contractions et convulsions de son corps. J’arrivais presque à lire sur les traits de son masque le combat d’idéaux qui se déroulait dans l’esprit de la fille tout de cuir vêtu. Sa bouche laissa échapper un souffle, comme une bouffée d’air frais qui me redonnait un peu d’espoir quant à l’âme de la sorcière.

" si tu lui fais le moindre mal ils te trouveront
ils te buteront
"

Oh oui, je le savais, j’en étais même persuadée. Mais cela ne valait-il pas le coup ? Être pourchassée jusqu’à la fin de ses jours, tout cela pour satisfaire une vengeance personnelle ? Non, j’avais d’autres priorités, elle s’était juste trouvée là au bon moment, à l’instant précis où mes nerfs avaient eu besoin d’expier toute la rancœur accumulée.

" après m’avoir tuée j'me fiche de ce que tu feras de mon corps
mais cette nouvelle vie confie-la à Emily
je sais qu’elle est des vôtres…
! non elle comprendra pas
élève-le comme le tien
rends-le heureux
j’t’en... supplie
"

Catwoman citait un nom que je ne connaissais que trop bien, un prénom qui était l’un de mes plus grands secrets. Je m’étais toujours sentie responsable de ma petite famille, de ces personnes dans l’Ordre du Phénix qui m’avait glissé au creux des mains leur destin, leur existence toute entière. Emily. C’était donc l’une de ses connaissances ? La Phénix connaissait-elle la femme sur le point d’accoucher ? Nous avait-elle caché l’identité d’une mage noire ? Je me posais des questions mais je n’avais pas le temps pour ces conneries. Le moment venu, je verrais ce qu’il en est. D’ailleurs, j’oubliais bien vite ma première interrogation lorsque j’entendais la fin de son monologue. L’élever comme le mien… Moi ? Mère ? En avais-je seulement rêvé un jour ? Je ne connaissais rien à tout cela, rien à l’amour familiale. Le seul qui me faisait vibrer était celui qu’Alexander m’offrait, celui que je ressentais. Fonder une famille n’était pas sur ma liste des priorités, nous étions deux, et c’était bien pour le moment. Avoir un enfant c’était en faire l’une des cibles des mages noirs et comment élever un bambin sans savoir même comment on a grandi soi-même. Pourtant, j’étais émue et je reniflais discrètement devant une telle demande. Mais qu’est-ce qui avait bien pu te pousser à devenir celle que tu es, toi qui me supplie de rendre heureux la chair de ta chair.

" S’il devait t'arriver quelque chose, je veillerais à ce qu’il est une belle enfance, je te le promets. "

J’avais murmuré ces quelques mots et je détournais les yeux pour m’affairer à ma préparation. C’était son feu vert, c’était la Mangemorte qui prenait la main tendue du Phénix, c’était le mal qui avançait bras dessus bras dessous avec le bien, le Ying et le Yang plus proches que jamais. Elle avait accepté les termes de mon marché et j’approchais ma bassine d’eau chaude, mes serviettes et ma baguette magique près de moi, lui laissant le temps de se faire à l’idée qu’elle m’offrait ce qu’elle avait protégé jusqu’ici, son identité. Ce nom et prénom se faisaient littéralement virer par une nouvelle priorité, son enfant. Malgré les larmes, malgré la sueur, ce masque ne put cacher plus longtemps ce visage que je connaissais. La fatigue avait creusé les joues de la jeune femme et des cernes d’un bleu monstrueux entouraient ce regard que j’avais croisé, que j’avais apprécié, que j’avais adoré même. Mes yeux gris ne détournèrent pas leur attention de ses traits que je détallais comme je l’avais déjà fait autrefois, de ses expressions que j’avais cru amicales, de ses sourires et étreintes que j’avais presque pris comme une amitié naissante. Je l’avais rencontré dans un endroit que je croyais être l’enfer sur terre et voilà qu’elle me prouvait qu’il y avait toujours plus sombre que le diable en personne. Cette Meuf-fin, c’était un bonbon, une douceur avec qui je m’étais battue, à qui je m’étais identifiée et finalement, la sucrerie était plus amère que son masque le laissait penser, j’avalais de travers les moments passés en sa compagnie.

" Je… "

Non, il ne fallait pas parler, juste agir. Je soupirais lentement comme pour me décharger de la bêtise que j’allais faire. J’attrapais une serviette, me penchant en avant pour éponger le front en sueur de celle que j’avais imaginé comme amie, comme alliée. J’avais peur, peur réellement depuis que j’étais là. J’avais fait attention à elle, j’avais tenu sa main dans la mienne et elle ? Elle m’avait lacéré le corps, m’avait privé de mon oxygène et de ma force. Avais-je eu une mauvaise opinion d’elle dès le début ? Comment avais-je pu me tromper à ce point ? Avait-elle enfoui son cœur assez loin pour oublier mon visage ? Pour ne rien ressentir lorsque je retirerais à mon tour mon masque ? J’attrapais ma baguette magique, la pointant d’abord sur elle pour lancer un Curo As Velnus très léger. Je voulais atténuer sa douleur mais pas totalement la faire disparaître, elle devait sentir son corps, elle devait m’aider à l’aider. Puis le moment fatidique, la pointe de mon arme passa devant mon visage, faisant disparaître peu à peu le masque blanc qui me cachait aux yeux des mages noirs. Bianca s’évanouissait, laissant place à la Elenna que je connaissais dans mon miroir. Je dévoilais mes joues creusées, mes cernes assorties aux siennes, mon regard moins brillant que celui que j’avais autrefois et ma truffe hum… Non d’accord. Je laissais filer mes yeux vers le plancher, ne préférant pas voir de suite la réaction de ma meilleure ennemie, pour m’affairer à la tâche.

" Excuse-moi mais je crois que nous ne sommes plus à ça près… "

Sans autorisation de sa part, je faisais disparaître ses vêtements et faisait apparaître un drap propre sur elle pour la couvrir un minimum avant d’en mettre plusieurs au sol. J’en appelais à ma force lupine, la prenant dans mes bras comme un prince l’aurait fait avec sa princesse, sentant les contractions qui tordaient son corps, avant de la déposer sur les linges propres. L’endroit n’était pas parfait, pas stérile mais elles n’avaient plus le temps pour ses conneries. J’en oubliais presque la présence de ma patiente, me préparant psychologiquement et matériellement. Je m’agenouillais de nouveau près d’elle, épongeant une dernière fois son front. Cette fois-ci, je croisais son regard, ses yeux noisette. J’étais partagée entre d’innombrables sentiments entre l’envie de la baffer pour ses choix et celle de la couver, de l’aider et de prendre soin d’elle.

" Es-tu prête ? "

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Mangemort 87
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Re: [Habitation Secrète] The Reckless Home

Message par : Mangemort 87, Sam 10 Juin 2017 - 22:02


(j’ai froid aux mains et aux pieds)

Démasqué, le Tu se fait Je ; tue moi pour un jeu.

Ma supplication lui arrachait moins de rire que je l’attendais. Elle était — pas Rouge. Elle n’était pas Rage. Elle était émue et reniflait en remuant de la truffe. Et ça, ça j’y étais pas prête. Je découvrais enfin l’existence de ce qu’on appelle la solidarité féminine, l’altruisme, l’empathie.

J’avais une vie de retard, mais il n’était pas trop tard. Déjà parce qu’elle ne voulait pas me tuer, ou du moins n’était prête à vouloir s’admettre de vouloir du mal à une femme enceinte. Mais surtout parce qu’elle lui promettait une vraie enfance. Lui, lui vivrait, pour de vrai.

Enfin, ça, les petits nuages et les papillons, ça dura pas trop non plus. Quand le masque tomba et que le chat se fit femme, je fus marquée par la révulsion qui barrait son visage. J’étais pire qu’une mère Mangemort, là. Je sentais que j’avais fait une faute qui la touchait à titre personnel. Je comprenais pas.

(j’ai le souffle qui s’accélère)

Pendant un instant, elle me rappela 39, mon mentor, quand je lui avais dit être enceinte. Qu’il pensait que je me creusais des faiblesses dans le ventre. Que je me ruinais. Elle devait me connaître pour ainsi être dégoûtée de celle qu’elle démasquait sans pouvoir démarquer.

Ça ne l’empêche pas d’essuyer ma sueur et sa fausse identité ; se livrer. Alors c’était ça, tenir sa parole ? Faut qu’elle se calme la madame, bientôt je vais m’amouracher de l’intégrité des monstres enflammés. Elle peut me dévoiler son visage pour mieux me buter ensuite. A chaque seconde qui passe les raisons de me garder en vie s’amenuisent.

Pourtant, derrière une fatigue de vivre jumelle de la mienne, les traits qui apparurent me firent frémir. Jamais je n’aurais pensé la croiser ici. Elenna ? La battante, avec la rage de vivre, qui m’avait tenu les cheveux et aidée à vomir ? Une femme devant laquelle j’avais commencé en position de faiblesse, sans la révulser à l’époque. Ça ne l’avait pas empêché de m’ouvrir ses bras, de tenir ma main jusqu’à la fin.

(comme une bouffée de chaleur. j’étouffe)


Tu parles d’une manière de la remercier. Sans m’en apercevoir, j’aurais voulu qu’on se recroise à un moment où elle pouvait être fière de moi. Car elle m’avait impressionnée dès la première heure.

Voilà que je tombais plus bas que les égouts. J’avais l’impression que des rats sortaient d’entre mes oreilles. Je sais pas si ça venait du regard qu’elle portait sur moi ou juste de l’oeil que j’ouvrais enfin sur moi. Oui, j’étais le monstre qu’on voyait en moi depuis le début.

Je suis désolée, Elenna. Si tu savais.

Elle s’excusa de me déshabiller, mais je ne sentis rien. Cela faisait plusieurs minutes déjà que j’étais nue comme un ver face à elle. Ses mots m’avaient foutue à poil, et ses yeux criblées de tous les fouets que l’on peut imaginer.

Honte.

(nausée palpable. est-ce le travail ou notre discussion ?)


Elle fit comme si de rien était pourtant. Elle apposa des draps propres sur le sol et sur moi. Ma peau faisait si sale en comparaison ; à croire que l’extérieur rattrapait l’intérieur.

On aurait dit un linceul. Ça aurait été tellement simple. Mais c’est ici que commençait la seule vraie lutte. Je n’avais le droit d’être lâche. Il fallait laisser ma honte sous ses draps blancs, écarter les jambes et se tenir prête.

Ses mains caressent, rêches comme des mains de professionnelle, mon front, puis elle m’interroge. A chaque douceur qu’elle me fait j’ai l’impression d’être plus misérable. De ne pas mériter vivre.

(j’ai besoin d’être guidée, je commence à peiner à suivre le rythme)


J’ai vraiment torturé Elenna, sans sourcier ? Il y a quelques heures à peine ? Que fait-elle maintenant ?
J'ai l'impression d'avoir bu du dissolvant ou de l'anti-moustique cul sec.

— Non, mais lui oui. 
Enfin, lui. 
Je sais même pas si c’est lui ou elle.

Il faut, à chaque contraction, se rappeler que le bébé approche.

J’suis pitoyable ?
Peut-être.

Mais je ne voulais pas que ma grossesse soit déjà pleine d’aprioris genrés. Je ne voulais pas célébrer la force de son pied de footballeur si le médicomage annonçait un garçon, ou la délicatesse de son coeur si c’était une fille.

Est-ce si mal ?

(j’ai le souffle qui s’accélère au rythme des contractions)


— Tu crois qu’on peut faire quelque chose ? avec un ballon, un bain… J’ai du mal à garder le fil.


…ellipse : quelques heures plus tard…

J’ai la tête qui tourne. Envie de pousser tout en sachant que ce n’est pas encore l’heure. Que ça ferait mal pour rien et pourrait retarder le travail.

Pour me calmer je cherche la main d’Elenna ;

La culpabilité me ronge mais j’ai besoin de sa force
De tout ce que je n’ai pas et qui abonde chez elle.

tu vois le monde d’un oeil
et elle en a gobé la paupière
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Elenna Benson
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Re: [Habitation Secrète] The Reckless Home

Message par : Elenna Benson, Jeu 10 Aoû 2017 - 3:43




O
n m’a souvent dit de me souvenir de l’idée et non de l’Homme, parce que l’Homme peut échouer, il peut être arrêté, il peut être exécuté et tomber dans l’oubli alors qu’après 400 ans, une idée peut encore changer le monde. Je connais d’expérience le pouvoir des idées. J’ai vu des gens tués en leurs noms... et mourir en les défendant. Mais on ne peut embrasser une idée. On ne peut la toucher ou la serrer contre soi. Les idées ne saignent pas, elles ne ressentent pas la douleur... et elles ne peuvent aimer. Je me suis souvenue de mes idées, des tiennes, de ce qui nous séparait finalement. Je m’étais vue en toi, j’avais cru à un lien entre nous qui n’était peut-être que fiction car aujourd’hui, cette vision que j’avais eu de ton doux visage me semblait bien ternie. Mais j’étais là, toi aussi. Comme autrefois, comme deux amis, comme deux ennemis, ou deux meilleures amies-ennemies.

Okey ma grande, maintenant c’est à toi, go go go ! Oui, j’essayais de me motiver comme jamais, avec l’impression que j’allais jouer le plus grand match de boxe de ma vie. Au cours d’une simple discussion, j’aurai ri, j’aurai vanté mes mérites et j’aurai sûrement dit que je me sentirais capable d’accoucher quelqu’un sans aucune aide. Mais se trouver devant une telle situation, le vivre, c’était autre chose que d’en parler. J’étais tétanisée et les muscles de mon visage se figeaient petit à petit. Partagée entre la détermination et l’angoisse, mon cerveau fusait à toute vitesse, cherchant encore comme faire tout cela bien. J’étais une femme (étonnant n’est-ce pas ?) alors, même si j’étais persuadée de ne pas vouloir d’enfant, je m’étais un peu renseignée sur le sujet, le strict nécessaire. C’était le genre de thème dont une personne du sexe dit faible ne pouvait échapper, il fallait se renseigner quoiqu’il arrive. Et malgré tout cela, j’étais de nature curieuse, bien trop parfois même. Je voulais savoir, je voulais comprendre ce qui poussaient ces futures mères à vouloir enfanter, à souhaiter ressentir une telle douleur pour ensuite connaître le bonheur de tenir leur bébé dans leurs bras. Certaines disaient que cela valait le coup mais moi, je continuais d’en douter. Encore plus aujourd’hui.

Lorsque j’avais découvert ce visage si doux, j’avais senti le corps de la mage noire se tendre. Etait-ce l’appréhension ou ce qu’elle avait pu lire sur mon visage ? J’avais veillé à ne rien dire, à ne rien laisser paraître mais je me connaissais mieux que personne, je savais que malgré le fait que je paraisse détruite en ce moment, mes yeux trahissaient toujours autant ce qui se passait dans mes pensées. Qu’avais-je ressenti d’ailleurs ? Même moi je n’en étais pas certaine. J’étais blessée mais pourquoi ? J’étais déçue même si cela ne me regardait pas. J’étais dégoûtée mais pas par elle finalement, juste par moi et ce que mon jugement m’avait dit sur cette nana. Trop de choses qui se bousculaient dans ma petite tête, trop de sentiments qui s’entremêlaient pour que moi-même je puisse les comprendre. Puis ce fut son tour. J’avais guetté ce regard, ses yeux apeurés posés sur moi, cette panique que j’avais cru y déceler. Comme si elle comprenait enfin ce qu’elle m’avait fait vivre. Peut-être n’aurait-elle eu aucune culpabilité si j’avais été une personne inconnue pour elle mais j’avais été là, nous avions lutté ensemble. J’avais serré sa main fort dans la mienne, je l’avais tenu à chaque instant, le temps d’un cauchemar. Je l’avais poussé à se battre, j’avais tenu sa crinière lorsque son corps lui criait qu’il n’en pouvait plus. Et elle, elle m’avait poussé dans mes retranchements, elle m’avait brisé, détruite, réduite en cendres. Je me demandais ce qu’elle voyait sur mon visage. Si mes cicatrices et brûlures disparaissaient chaque minute un peu plus grâce à July, voyait-elle cette douleur ancrée sur mon visage, cette culpabilité qui teintait mon regard gris ? Mes mains reprirent leur travail.

" Non, mais lui oui. Enfin, lui. Je sais même pas si c’est lui ou elle. "

Je reposais mon regard sur elle, ne pouvant m’empêcher de lâcher un petit sourire en coin. J’avais mal pour elle à chaque contraction qui remuait son frêle corps et malheureusement, je pense qu’il n’y a pas de moment pour être prêt à ce genre de douleur. Le moment était venu et il lui faudrait sûrement plus de courage qu’à moi pour réussir l’exploit de donner la vie. Un garçon ou une fille. Est-ce que cela lui importait réellement ? J’en venais même à me demander si elle l’avait voulu ce bébé, si elle en voudrait après. C’était malsain ce genre de pensée mais n’avais-je pas le droit après ce qu’elle m’avait fait vivre ? Je restais là, agenouillée à côté d’elle, car si les contractions avaient commencé, il n’était pas encore temps.

" Tu crois qu’on peut faire quelque chose ? avec un ballon, un bain… J’ai du mal à garder le fil. "


----------------------------

J’avais accéder à sa demande, à plusieurs reprises, j’étais là pour elle. Glissant mes mains sous ses aisselles, je l’avais aidé à se glisser sur un gros ballon bleu clair. J’avais vu/lu ça quelque part et elle me l’avait suggéré. Y aurais-je pensé ? Certainement pas. J’étais trop préoccupée pour réfléchir correctement. Bref, sur mes conseils, la belle Mangemorte s’assit sur ses chevilles avant de s’appuyer en avant sur le rond parfait devant elle, le visage appuyé contre le plastique. J’étais aux petits soins sans réellement savoir pourquoi. Mes mains glissaient le long de son dos, pour exercer de petites pressions au bas de sa colonne vertébrale, calmant un peu la douleur des contractions. J’effectuais plusieurs massages pour éviter quelconques souffrances. Cela marchait-il vraiment ? Aucune idée mais elle ne disait rien, se contentant de se laisser faire même si je voyais à ses traits qu’elle n’était pas habituée à ce qu’on s’occupe d’elle. Peut-être même était-elle gênée mais je continuais, prenant mon travail bien au sérieux. Puis nous passions au bain. J’étais ravie de voir que je l’avais amené dans une maison et pas dans un champ où je n’aurais rien eu qui puisse m’aider… Je tenais sa main, sa tête, je l’encourageais pour qu’elle tienne le coup et je compatissais à sa douleur comme elle ne l’avait pas fait pour moi.

----------------------------

Après plusieurs heures, le temps était venu. La mage noire était pleine de sueur, le visage crispé par la douleur et les muscles endoloris par l’effort. Nous avions finalement abandonné les quelques méthodes connues pour atténuer la douleur et faciliter l’accouchement. Je savais qu’elle était épuisée mais le plus dur restait à venir et le repos viendrait plus tard. La mâchoire serrée, je ronchonnais quelques prières pour des divinités auxquelles je ne croyais pas. Je comptais les temps comme l’aurait fait un musicien et son métronome, l’invitant à pousser à chaque contraction. Sa main broyait les os de la mienne à chaque crampe alors que ses cris de souffrance retentissaient dans le bâtiment. Nous luttions toutes les deux, et j’avais l’impression de faire autant de travail qu’elle. Petit à petit, le corps du bébé se fit voir, sortant un peu plus alors que je l’aidais, ayant abandonné la poigne de celle que j’avais cru voire comme une amie. Les minutes filèrent et quarante plus tard, le silence. Je tenais dans mes mains la représentation même de la vie. J’étais émerveillée, mes yeux ronds comme des soucoupes. J’enroulais la huitième merveille du monde dans une couverture chaude alors que ses cris commençaient à faire disparaître l’absence de bruits.

Je m’armais d’une paire de ciseaux que j’avais stérilisé et je coupais délicatement le cordon ombilical avant de refermer le petit cocon. Je posais sans attendre un quelconque accord dans les bras de la nouvelle maman. Enfin, mes genoux lâchèrent et je tombais sur mes fesses, laissant échapper un soupire de satisfaction et essuyant mon front et mes joues du haut de mon bras encore propre. Easy. Je nettoyais rapidement autour du duo avant de comprendre rapidement que quelque chose clochait. Mes yeux s’agrandirent de nouveau et je laissais échapper un juron, me relevant sur mes genoux à toute vitesse…

" M*************rde ! "

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Re: [Habitation Secrète] The Reckless Home

Message par : Lizzie Bennet, Mer 13 Sep 2017 - 1:33


Ma mère a toujours dit que la naissance de Jane avait été le plus beau jour de sa vie. Pas qu’elle nous avait moins aimées, non ; juste que c’était son premier accouchement. Elle mentait. Depuis des années déjà. Honnêtement, elle peut dire ce qu’elle veut, il y a bien des sensations dans l’existence. Tout un panel de plaisirs de chairs et de sens ; il y en a pour tous les goûts. Et bien un accouchement, ça n’en fait pas partie. Pour personne. Ce n’est pas une partie de jambes en l’air. Ça fait mal, juste mal, du début à la fin. Ce qui est beau, dans l’accouchement, c’est l’idée. La vie. La pratique, c’est une torture. Interminable.

Comme souvent en fait, dans la vie. On disait aussi que la jeunesse était nos plus belles années, pourtant c’étaient celles où on avait le plus envie de crever. Suffit de regarder les taux de suicide, j’invente rien m*rde. C’est des années de souffrances, de fausse proximité, d’isolement, de doute, de peur, de manque d’affection, comme des chiens. De faim, de faim de vivre insatiable, jusqu’à ce que la faim de fin reprenne le dessus.

Ou alors c’est qu’il y a quelque chose que je fais mal ? Je vis pas assez ? Je pousse pas assez ? A part lâcher quelques pets vaginaux, j’ai l’impression de rien foutre. C’était un comble. J’accouchais, en théorie ; mais c’était l’Autre, Elenna, qui faisait tout le travail. A quoi je sers bord*l. A quoi je sers. A rien, à rien, à rien, depuis le début.

Elle est là, avec sa délicatesse, sa dedication, sa patience, ses encouragements, et à chaque fois ça me dégoûte un peu plus. J’ai envie de lui cracher à la g*eule, lui dire que je la hais, je la hais, je la hais — je la hais d’être tout ce que je n’ai jamais eu le courage d’être. Je hais sa force, je hais sa délicatesse, je hais son aide, je hais son féminisme, je hais sa voix, je hais son sourire — comment ose-t-elle être encourageante avec moi ? J’mérite pas de vivre p*tain. Elle devrait pas laisser mes gènes polluer cette planète à deux balles. Tue moi Elenna. Tue moi, maintenant, comme tu aurais du le faire il y a déjà une heure.

Une heure ? Deux ? Dix ? Combien depuis qu’on alternait les exercices, les serviettes, les syllabes sans sens, sans vrai. Et pourtant, avec toute la haine que j’avais pour elle, j’aurais pas pu nier que j’avais besoin d’elle. C’est aussi ce qui la rendait si désagréable, d’être indispensable, d’avoir une vie qui voulait dire quelque chose, pour ses proches, pour les autres, pour les inconnus et pour ses ennemis. Partout elle se frayait un sens. Ça me rendait dingue.

L’enfant a eu une pulsion de vie plus violentes que les autres. Il, elle, arrivait. Il, elle, n’avait jamais eu aussi envie de vivre. Et moi, j’avais jamais eu autant envie de crever. D’abandonner. Plus la force, ni d’aujourd’hui, ni de demain. C’est pourtant dans le présent qu'il fallait se centrer. Dans ce présent de vie. Quelque chose doit changer. T’as raison p*tain, quelque chose doit changer. J’dois sortir d’ici, bouger, me dégager les jambes de cette boue. Il faut se relever, se relever chaque fois qu’on tombe. Plus fort que les pavés qu’on nous honte à la face.

Alors j’ai expiré brièvement pour bloquer mes narines, et retenir l’air. Là, là la force des poussées changeait immédiatement. Sursaut d’espoir, à me dire. Un effort de vie, il sort, je crève. C’est le destin que me réserve Elenna. Elle ne m’aurait laissé savoir qui elle était sinon. Mais c’est ce qui importe. Dernier effort de vie, attends moi, accroche moi. Et après, je disparais. J’expire. C’est ma seule voie de salut.

J’continue les poussées avec air retenu, pendant plus de temps que mon corps et cet espoir momentané n’auraient du le permettre. Je grognais, comme un animal, mais c’était ainsi que j’expulsais toutes les ombres que mon corps abritait depuis des années.

Et puis, et puis tu m'as brûlée. C'est dans le feu, dans le feu que j’ai su que t’étais né. Bien sûr, avec une sage-femme phénix et une mère pyromane, tu ne pouvais que brûler. Me déchirer le périnée. J’ai hurlé, comme une bête, puis à nouveau, j’ai confié le reste à mon médecin. Elle a tout fait, mais j’étais trop confuse pour comprendre. Je sais juste que pendant une éternité supplémentaire, j’ai eu l’impression que tu n’avais pas fini. Que tu voulais sortir plus que ça.

T’extirper loin de moi.
Fuir le monstre qu’on appelle Lizzie.

Je comprenais, mais tu sais, dans les bras d’Elenna, tu débutais bien ta vie. Le placenta s’écoulait encore, un SQUIiish, aqueux et lourd ; comme un ruisseau trouble, coincé entre deux collines. Enfin, deux volcans, plutôt, au vu de leur activité. J’imagine que lorsque l’on passe 9 mois en colocation avec quelqu’un dans son propre corps, au début, c’est normal de ne pas trop réaliser qu’ils en sont sortis.

La fatigue a commencé à prendre le pas sur la douleur, et j’ai plissé les yeux, lasse. Allez, j’ai tout donné, laissez moi crever maintenant.

Un cri me tira de la torpeur en construction. Quelque chose allait pas. J’avais raté quelque chose. Il avait trois têtes, peut-être. Je l’avais vu venir. Senti, plutôt. Qui trépignait insuffisamment, qui ne voulait pas sortir, qui avait honte - indignité partagée. Quelque chose n’allait pas chez moi, cela allait de soi. Le lait manquerait ou aurait tourné. J’ai longtemps cru qu’il n’était rien de comparable au lait périmé. Acre à la gorge, une envie de vomir, tout ressortir. J’serais jamais une bonne mère.

Tu t’en rappelles peut-être, de l’hôpital de la Charité, à Berlin, en fin de son musée, enfin du deuxième étage, tu sais, les bocaux, et les créatures dedans. Des fœtus, qu’on devinait, déchiffrant le latin. S’il était trop étrange pour Elenna, j’en étais désolée. Qu’on le mette dans un bocal, pour les curieux, qu’ils le dissèquent du regard ; de toute façon, j’allais crever. Dans l’heure.

Des spasmes à l’allure de contractions secouaient un corps trop las de vivre. Un monstre qui avait tiré sa carcasse trop longtemps. Vingt ans, tu t’imagines ? Qui aurait pu croire que je me survivrais jusqu’à mes vingt ans ?
J'ai fini maman. J'ai fini.
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