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Harry Potter 2005 :: ~¤~ Londres ~¤~ :: Rues de Londres :: La Gare
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Le premier départ à Poudlard
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Lizzie Bennet
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Re: Le premier départ à Poudlard

Message par : Lizzie Bennet, Sam 23 Déc 2017 - 18:15


J’étais loin, loin dans mes pensées, dans ce futur où les Bennet-Parker découvriraient le monde, où Parker découvrirait que j’avais des gosses Parker mais qu’ils étaient pas de lui, où les poules avaient des dents et pas juste une pour casser leur coquille, où les borgnes régneraient, où les avions n’auraient pas 3h15 de retard, où la consommation de cidre dans des bouteilles en plastique serait interdite tout comme le jus de pomme sans vodka, où les enfants auraient leur première baguette et leur créature magique (parce qu’en termes non-magiques ils avaient déjà eu deux écureuils), où les habitations seraient vides, si vides d’eux et de vie — j’étais loin quand une inconnue me ramena dans le présent. D’un coup de crochet foutu à la gorge, tais-toi et regarde moi, regarde ce présent que tu oublies si souvent.

Le robinet s’est activé, les souvenirs du futur se sont tus, et je me suis contentée de l’écouter. C’était une gentille Mary-Sue qui protégeait les handicapés. Super. Longtemps qu’on me l’avait pas faite, celle-là. En vérité, je ne suis pas sûre qu’on me l’ait déjà faite. Les gens ont surtout tendance à se méfier, à avoir peur — j’ai pas trop une g*eule de demoiselle en détresse alors ils passent leur chemin un sourire au coin. Donc peut-être pas si Mary-Sue que ça ; peut-être juste bien intentionnée, mais dans ce monde sans dessus ni dessous, cela se faisait plus rare qu’il n’y paraissait.

— Oh, ça se dit encore, Miss ?
Moue grincheuse de sortie, eh bah, on a pas dit qu’on allait essayer d’être cool parce que la bienveillance se faisait rare ? Echec, échec ! Pour ma défense, elle m’a vouvoyée, vous savez très bien que je déteste ça.
— Je ne l’ai pas vu, mais merci. Hum… C’est pas que je veuille refuser ton offre, mais je ne suis pas là pour moi. Enfin un peu quand même. Mais j’vais pas prendre le train, quoi. J’ai une petite soeur, par contre, qui sera bientôt en âge, ça passe vite.

Trop vite. Souffler, changer le sujet, avant que les questions sur le gosse n’arrivent.
— Poudlard, c’est tellement prêt dans ma tête. Et pourtant sur le quai, ça me paraît si loin. Quand est-ce que ça m’est devenu un autre monde ? Que j’y suis devenue si extérieure ?

Sans vouloir me l’admettre, ces années me manquent. Que je jalouse ceux qui ont encore le droit d'avoir la vie devant eux. J'arrive en bout de course, et pour être tout à fait franche, je n'y suis pas prête.
— Profite bien de ta dernière année, elle file plus vite qu’on ne le croit.
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Re: Le premier départ à Poudlard

Message par : Lizzie Bennet, Jeu 1 Fév 2018 - 21:10


L’inconnue poursuit encore, sans relâche. Petit complexe du sauveur blanc, j’suppose. Enfin, j’suis mal placée pour parler, vu que j’suis moi-même caucasienne, mais comme j’ai toujours haï les héros, on va dire que ça passe.
— Pour info, si tu veux faire la meuf polie et tout le tralala, il vaut mieux dire personne avec un handicap, ou personne handicapée. Parce qu’on est des personnes aussi et blablabla. Pas que j’m’en préoccupe, mais vu que t’as l’air de te soucier des codes, autant faire semblant de les maîtriser.

Expirant, je me relâche. Je sais pas pourquoi j’ai accumulé autant de tensions dans les épaules et le dos et les hanches et la mâchoire et en fait, j’devrais me mettre au yoga. Peut-être au yoga bourré ? J’ai vu que des moldus faisaient ça. Ah, non, on avait dit stop à l’alcool. Dommage.
— Et Lizzie, du coup.

Elle me raconte sa propre expérience ; même ses mots ont des paillettes sur les i. Incroyable. Enfin, pas tout non plus, l’intégration semblait avoir pris du temps, mais dans l’ensemble, ça allait. Alors que moi, j’m’étais accrochée à deux rochers pendant plus de cinq ans. Jane et Maël.

Quand l’une avait fini sa scolarité et que l’autre avait choisi de s’éloigner, il avait bien fallu me résoudre à la sociabilisation forcée. Une déchirure, mais une certaine compétition pour le vol de chien avait permis de me sortir de mon isolement. C’est immédiatement à lui que je pense quand elle tapote ma tempe du bout des doigts.

Après, clairement, comme j’y étais pas douée, j’m’étais surtout rapprochée des autres fauteurs de trouble. La sélection naturelle, on va dire. Ouais, mon « vrai » groupe de potes, en fait, il s’était formé en fin de sixième année, quoique j’avais toujours refusé de les voir comme des potes — ridicule, quand on pense que dès la première opportunité, on avait emménagé ensemble.

On était pas rapides à l’époque, c’est sûr, mais la présence d’Ebenezer était plutôt magnétique. Avec les embrouilles j’veux dire, pas forcément les amis, mais bon, les rencontres prennent parfois des tournures surprenantes. Dommage qu’on ait été si lents à savoir se dire ce qu’on pensait vraiment.

— Oh, des souvenirs, j’en ai des milles et des cents, tu vas t’endormir ! J’saurais pas te dire lequel est le plus beau, mais il y en avait quelques uns de très acceptables. Par exemple, une fois, on s’était convaincus qu’il y avait un loup-garou dans le chateau, et avait tout fait pour le rencontrer, à la pleine lune. Plus on appelle la forêt interdite, plus les gosses y sont attirés, j’suis étonnée qu’elle ait pas été rebaptisée. On avait même pillé la réserve du prof de médicomagie de l’époque… Vous avez encore ça, les cours de médicomagie ?

L'école a laissé son empreinte, définitive, dans mon esprit. Moins par les enseignements que j'avais l'habitude de sécher ou saccager que par l'exploration sociale que j'y avais réalisé. J'crois que la découverte des pairs, c'est le plus important, à l'adolescence. Le plus destructeur aussi parfois ; c'est pour ça que je suis tétanisée à l'idée que bientôt, il faille les y envoyer.
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Re: Le premier départ à Poudlard

Message par : Lizzie Bennet, Lun 26 Fév 2018 - 13:03


La jeunotte m’agaçait autant qu’elle m’amusait. On sentait qu’on avait appuyé sur une corde sensible, et qu’elle n’aimait pas trop être renvoyée à cette partie d’elle-même, tout en ne pouvant s’empêcher de l’étaler dans la moindre de ses phrases. La colère jaillissait en réponse, bah voyons, encore heureux que tu me mets pas une laisse. T’es pourtant pas la première à y avoir pensé, mais c’était hors de question.

Enfin, le seul qui aurait pu, à une époque, c’était le Seigneur des Ténèbres, du fait de ma risible rivalité avec son serpent. Faut dire que j’aurais fait n’importe quoi pourvu que cela lui soit utile, c’était sans doute un peu démesuré l’emprise qu’il avait sur moi. Depuis, j’avais appris à faire table rase sur certaines choses. Si je tolérais un peu plus les liens humains, je ne laissais personne me connaître entièrement. J’étais une boule à facettes, et présentais les faces adaptées ou nécessaires selon les circonstances. Rien de plus.

L’omission était ma carte de visite. Mais n’est-ce pas notre cas à tous ? N’est-ce pas plutôt que j’apprenais à me soumettre à leurs codes sociaux ? Après tout, il n’est absolument pas rationnel de donner à quelqu’un le droit de décider de notre vie ou de notre mort, sur le simple motif de la confiance. Enfin, c’était plus compliqué que ça — entre lui et moi, c’était à la fois la famille, l’idéologie, l’expérience de vie qui avaient tissé ce lien si particulier. Rompu sitôt que j’avais perdu la vue.

Elle rit de mes déboires, et je l’accompagne avec sincérité. Poudlard, c’était quand même le bon vieux temps, sur certains côtés. Après, difficile de ne pas avoir la nostalgie de la vie de château quand on enchaine sur de la prison, j’ai envie de dire. Elle me raconte la solitude de ses premières années, que je ne comprends que trop. La transition entre la fin de cinquième année et le début de sixième année avait été très lourde émotionnellement, vu que ma grande soeur était partie de l’école pour ses études de médicomagie, et que je m’étais éloignée de mon pote de l’époque.
— Je vois… C’est compliqué parfois, l’isolement.

Repartir à zéro, quand on s’est toujours —trop — reposé sur son aînée. Moi qui n’avais eu à faire aucun effort de sociabilisation jusqu’alors — et qui maîtrisais trop mal les codes pour me faufiler entre les gouttes — j’avais ramé, on peut le dire. Mais finalement, c’est dans mes c*nneries que j’avais réussi à me faire des potes, et étant un peu trop grande g*eule, la liste était longue. Après Poudlard, on avait tous emménagés ensemble ; donc bon, j’dirais que je m’en sortais pas si mal pour l’intégration, même après le départ de Jane.

Comme le sujet des cours semble la blaser un peu (surprenant pour l’image d’élève parfaite qu’elle semblait chercher à vendre et revendre), on passa aux maisons. Oh, alors là… J’crois que ça avait surpris tout le monde. C’était pas si insensé en soi : ma magie avait été déclenchée dans le but de protéger Jane, et la plupart des tournants de ma vie s’étaient faits au gré des rencontres. Pis bon, vu le caractère, ça pouvait surprendre.

Un air malicieux aux lèvres, je lui confiais donc les couleurs sous lesquelles on m’avait connues pendant sept ans :
— J’crois que le Choixpeau était ivre quand il m’a répartie à Poufsouffle. Et la dirlo pareil, vu qu’elle m’avait nommée préfète. Enfin, c’était aussi via la magie du pas vu pas pris : j’crois que j’ai fait qu’une heure de retenue sur toute ma scolarité, plutôt prodigieux vu mes performances.

La nostalgie se faisait de plus en plus présente. J’aurais bien aimé grimper dans le train, et revoir la tour d’astronomie, la salle sur demande, les cachots, le parc ; ce bout de vie laisse une marque en nous, je présume. Contre toute attente, j’en profitais même pour redorer le blason de ma maison, parce que leur cracher dessus, c’était mon privilège, mais que je détestais entendre les autres s’y risquer.
— Poufsouffle, quoiqu’on en dise, c’est plutôt cool comme maison… y a des gens marrants, pas trop prise de tête. Ils osent pas assez rêver, se lancer, mais ça vient avec l’âge.

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Re: Le premier départ à Poudlard

Message par : Lizzie Bennet, Ven 2 Mar 2018 - 18:19


L’enfant parlait peut-être un peu plus vite que je l’aurais fait à son âge : les ami-e-s… Un grand sujet. J’avais mis quelques décennies avant d’accepter de considérer que mes partenaires d’embrouille étaient plus que ça. J’voulais absolument être plus edgy que la plus dark de tes copines, ne laisser personne m’approcher, par peur de me briser comme cela avait été le cas quand Jane était partie à Sainte Mangouste.

Du genre à rien avaler à part des morceaux de sucre et de l’eau, juste pour tenir debout. Pour faire ma part du job, et mais incapable à faire plus. Juste le strict minimum de survie en fait. Un vrai problème avec les angoisses de séparation, je crois. Du coup, dire que j’aimais personne, c’était plus absolu, plus certain. Comme la perspective de la mort, vous voyez ? Ce qui est sûr paraît plus stable, je présume. C’était pire en amour d’ailleurs, et ça, encore aujourd’hui, c’était pas résolu.

J’ricanais un peu quand elle envisagea un renvoi. Poudlard n’en avait pas eu le choix, vu que l’incendie de Gringotts et le meurtre d’un Gobelin ou deux avait eu raison de ma fin de scolarité. Un peu trop libérée comme meuf, à l’époque. On est quand même censé maîtriser les parts les plus sombres de nous mêmes. Et les accepter ne signifie pas les laisser parler chaque fois qu’elles en ont l’impulsion.

Pourtant, préfète, ça avait été un peu différent. Bien sûr, j’adorais arroser les arroseurs, mais j’m’étais aussi découvert des facettes un peu déstabilisantes. Genre je savais pas comment gérer les chouineries des plus jeunes, donc j’abusais un peu du sort d’allégresse sur leur pif. Quelque chose de complètement illusoire, je sais, mais en même temps… Les laisser poursuivre était insupportable, et je ne savais pas régler ça avec les mots. Alors, la magie. La magie comme solution à tous les problèmes. N’est-ce pas dangereux, quand on met tous les oeufs dans le même panier ?

— Non, plutôt comment refroidir des feux ou des trucs comme ça. Du coup ils pouvaient faire leurs farces sans blesser personne, c’est déjà un pas vers la subversion.

J’armais les Arsène Lupin des temps modernes, quoi. Les gentlexen cambriolheureuses. J’aurais aimé faire un clin d’oeil, mais ne le pouvais. L’une des paupières se plissa légèrement, l’autre ne réagit pas. C’était fatiguant cette affaire.

Elle me racontait ce qu’il en était de son côté, précisant bien que la couleur des écharpes n’était pas un déterminant dans ses choix amicaux. J’ai envie de dire, encore heureux, les gens pour qui c’est le cas doivent avoir une bien triste vie, sérieux. Mais je sais pas. La façon dont elle le précisait, pour garantir ses bonnes intentions et la qualité de son fonctionnement, me dérangeait un peu. On était clairement pas faites du même bois. Bizarrement cependant, je n’aurais été qu’à demi surprise d’apprendre que les coeurs de nos baguettes étaient similaires.

— Parce que tu crois qu’il y a un âge pour rêver ? Déjà, s’il y en avait un, je l’aurais plutôt mis dans l’enfance — tellement plus d’imagination et de capacité à s’émerveiller de tout et à imaginer tous les possibles, mais bon. J’espère bien que ça s’arrête jamais, genre ceux qui disent qu’il faut voir la réalité en face n’ont probablement rien vu de vrai leur vie. Quant à mes rêves à moi… J’aimerais composer une potion qui changerait des vies. Et être une meilleure personne, surtout au sein de ma famille.
Être un peu moins dysfonctionnelle, un peu plus normale. Cela serait reposant, pour quelques temps. Expirer, indécise, et reprendre.

— Je sais pas, être mieux ancrée dans l’existence, sentir la vie des plantes ou des créatures tu sais un truc dans la connexion, le rapport au monde. J’ai l’impression de m’être trop précipitée et quelque chose de très élémentaire m’échappe. Pour ce qui est de réaliser des rêves, sans doute. Le problème est que j’avais du mal à les démêler des ambitions, je crois. Je me suis débarrassée de certaines peurs, ceci-dit, c’est déjà un début. A quoi tu rêves, toi ?


Je parle trop, sans trop savoir pourquoi. Peut-être par besoin. Le moment. Ou moi. Ou toi. Je sais pas. Mais je crois que ça me fait du bien, même s'il est pas impossible que je le regrette derrière.
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Re: Le premier départ à Poudlard

Message par : Lizzie Bennet, Lun 5 Mar 2018 - 17:57


Elle compare nos perceptions de la morale ; imagine ce qu’il en aurait été si l’on s’était connues à l’époque. Oh, ne te fais pas d’idée : je t’aurais haïe. Je détestais tout le monde, à l’époque. C’était ma façon de dire je t’aime, sans avoir à être vulnérable au passage.

Le temps s’étire, s’étend. Trop calme. Trop crasseux. Trop large. Trop carré. Trop chaleureux. Trop farfelu. Trop exotique. Je ne sais pas pourquoi. J’ai l’impression que ça va basculer, bientôt. C’est trop suspendu, trop irréel. Je n’aime pas ce que je ne peux reconnaître. Le oh-oh me rappelle le chant des sirènes, mais personne dans les environs, à moins qu’ils aient mis une baignoire dans le train.

Elle parle de la mort, déjà. Qui est-elle pour savoir que j’en suis à des années encore ? A-t-elle vu mon futur ? Comment savoir si je triomphe réellement de mes pulsions suicidaires, ou si à nouveau je me jette entre les rails, espérant en finir, pour ne plus avoir à faire d’efforts que je savais utopistes et déplacés ?

Que ma famille m’aime ? Pour ceux qui m’avaient oubliée, c’était improbable. Pour ceux qui se souvenaient de mon départ, c’était impossible. J’étais une traitresse, au fond. Rien de plus.

L’espace s’étire, s’étend. Trop assourdissant. Trop moderne. Trop exigu. Trop symétrique. Trop cher. Trop dynamique. Trop dur. Elle croit me connaître, alors qu’on est juste à causer à la gare, bottes à la main. Ouais, j’imagine que si c’est comme ça, tu peux vite considérer te faire des amis. Mais tu sais, ce sont pas des amis. Ce sont des camarades. Des coéquipiers sur ton navire. Sauf qu’au fond, les pirates ne pensent qu’à leur g*eule. Leurs besoins et envies passeront toujours avant les tiens.

C’est la règle des humains, à quelques relations près, mais on en est pas. 

Et les amis ne sont pas utiles : les vrais, ceux dont les intentions envers toi ne varieront jamais, sont la raison pour laquelle tu as encore le droit d’exister. Le problème, c’est qu’ils sont peu nombreux, et que tu ne les as pas encore rencontrés. Statistiquement, tes âmes soeurs, tu les croiseras pas. Elles seront nées un autre siècle et/ou sur un autre continent. Vous vous êtes croisées, vous avez loupé le train. On est vouées à être seules, tu sais. C’est le fardeau des vivants.

Quant à lâcher le présent pour s’occuper du passé, hors de question. Les fantômes sont trop omniprésents pour qu’on aille papoter avec eux ; c’est un plan voué à se retrouvé coincé dans le hors-temps. Être hors-jeu de sa propre vie.

Mon corps s’assouplit quand elle cesse de discuter de ce qu’elle pense connaître de moi. C’est apaisant, de ne plus être sous les feux de la rampe. Et directement, mes jugements pleuvent. Rapides, pour ne pas avoir à parler tout de suite de la bombe qu’elle vient de lâcher sur ma face.
— Tu ne crois pas que tu tends à confondre rêves et ambitions ? Ou est-ce pour toi la même chose ? Enfin, j’ai l’impression que tu mélanges certaines choses. Je vois pas comment améliorer le monde entier et aller dans l’espace ça peut être sur un pied d’égalité avec les ASPIC.


Expirer, un temps. Réfléchir. La probabilité que tu retombes sur elle était infime. Quant à ce que ce soit sur une autre gare, il fallait forcément voir un pied de nez du destin. Il ne fallait pas méditer sur les « aurais-je mieux fait de la tuer à l’époque » ; tu n’es plus capable de raisonner ainsi. On t’a trop pris pour que tu envisages la mort avec le même détachement. Sous ton ironie vis à vis de ton existence se cache une sacralisation de la vie d’autres êtres — tes enfants, par exemple. Que tu t’es affaiblie, Lizzie, vraiment. En as-tu seulement conscience ?

Oui, Sunil. Je sais. C’est raté. Tout est raté. Mais puisque je respire encore, d’autres futurs peuvent encore s’écrire. Laisse-moi rêver. Laisse-nous survivre.
— Mh, tu sais, y a pas une famille secrète unissant tous les aveugles, borgnes et autres malvoyants. Me faudrait plus d’informations sur elle pour savoir si je la connais, ton inconnue.
Raconte-moi nous. Depuis tes mots, depuis ta vue. Rappelle-toi, rappelle-moi, tout.
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Re: Le premier départ à Poudlard

Message par : Lizzie Bennet, Mar 13 Mar 2018 - 20:59


La réponse de la Serdaigle me pousse à me renfrogner. Eh bien, les moldus ne valent vraiment pas mieux que nous. Eux aussi se reposent sur des diplômes de papier, de l’argent de papier, des vies de papier. Tout est dans le statut, etc, etc. Oh je les connais ceux-là. Quand je l’entends parler, je crois entendre mes parents, et les préoccupations qu’ils avaient quand on était jeunes, et l’admiration pour l’excellence en tous points de Jane, et les sermons de certains enseignants, et j’ai juste envie de lui faire un bras d’honneur en fait.

Parce que je les ai pas moi, mes ASPIC. J’ai pas terminé ma scolarité, j’étais trop busy à vivre à la rue, faire des c*nneries majeures et finir en taule. Oh gardez-vous votre méritocratie qui prétend qu’on est tous égaux sans vouloir regarder les différences en face. J’en veux pas. J’ai pas besoin de ça. D’ordinaire, je garde mon histoire pour moi, évitant de trop en dire sur mon parcours, par prudence comme crainte muette des stigmas. Mais j’peux pas laisser les jeunes grandir avec ces idées là en tête. Faut leur rappeler que y a tellement plus dans la vie.

— Tu sais, j’ai pas eu de mention à mes ASPIC. Je les ai pas eus tout court, en fait. Cela ne m’a pas empêchée de créer des élixirs, des artefacts, de devenir maîtresse des potions… Ne pense pas qu’aux portes. Concentre-toi sur les rêves ; ils te guideront toujours plus loin que la validation extérieure. L’espace par exemple ; c’est une pulsion qui semble ancienne en toi, et profonde. Ne la laisse pas filer.

C’est périlleux, de se découvrir ainsi. D’en dire tant en si peu de mots. Cependant, si je ne le fais pas, qui viendra défier ses idées préconçues ? De toute façon, il m’oubliera, moi. J’espère seulement que l’idée germera dans sa tête. Qu’il y a plus que ce que le système nous vend comme prioritaire.

Elle aussi prenait des risques. Evoquait une personne, et un souvenir, qui ne m’étaient que trop familiers. L’enfant bâtard de Bastet, je l’avais sous la peau. A moins qu’il y ait d’autres femmes s’habillant en chat dans le coin, mais bon. Je n’en avais jamais rencontré dans mes années de service. Quant à risquer ma vie pour une autre, hors de l’ordre, il n’y avait qu’une personne pouvant correspondre à cette description. Ma douce amie des quais.

— Eh bien ! Ce sont des critères assez spécifiques… J’m’attendais à ce que tu dises qu’elle était blonde et de taille moyenne, on peut dire qu’avec ça, y a déjà plus de pistes. Si tu penses qu’elle est à éviter, es-tu sûre qu’il soit sage de retrouver ton inconnue ? Rassure-moi, tu n’envisages pas de la rencontrer seule quand même ?

Je n’ai aucune raison censée de l’aider. C’est une folie rien que d'y penser, comme sa quête à elle. Mais tant qu’à faire, je préfère demander. Réserver mon jugement le temps de déterminer vers où l’on va.
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Re: Le premier départ à Poudlard

Message par : Lizzie Bennet, Mar 3 Avr 2018 - 21:36


Auror ! Auror, las— les ténèbres s’enroulent autour des mille sabots de l’Enfer. Quel gâchis. L’espace perdait une grande sorcière, et j’espérais bien qu’elle finirait par changer d’avis, et sa précision m’insufflait un relent d’espoir de ce côté.
— J’compte sur toi, alors. Et eux aussi, ils t'attendent, les astres.

Après tout, j’aimais bien reconvertir les Aurors ; mais dans ce secteur plus que dans d’autres. J’connais pas bien l’espace, mais j’suis comme tous les rêveurs : les étoiles m’enivrent et l’idée de rencontrer d’autres formes de vie ne cessera de m’obséder de sitôt. Enfin, facile à dire, au fond même avec les communautés voisines, on en fait pas grand chose.

Je souris cependant à son allusion ; il est clair que Poudlard aurait besoin d’être réformé, et le système des ASPIC aussi, et les structures d’études supérieures… En éducation, le Royaume Uni se reposait sur la gloire de son passé, mais n’était pas très motivé pour s’aligner avec les besoins des temps présents. Quel archaïsme !

Sa quête en revanche — sa quête avait toute mon attention. Elle la reconnaîtrait entre mille ? Je ne pouvais comprendre ? Oh ma douce, si tu savais. C’était juste trop drôle, quand on avait tout le contexte. Comme si c’était fait exprès.

Je savais que l’aider était la pire des idées. C’est genre évident. J’avais limite perdu contact avec le Seigneur des Ténèbres et ne connaissais pas toutes les nouvelles têtes, pour des raisons très nettes, mais cela ne m’empêchait pas de chercher à les protéger. S’ils ne savaient pas que j’avais des gosses, c’était aussi car je savais que mes faiblesses pouvaient être prises comme leurs faiblesses, surtout si quelqu’un découvrait certains liens de parenté.

Mais quand elle parle de trou noir, j’ai la gorge qui se serre. Ce jour-là, ce jour-là j’avais été plus que l’autre. Pour elle je m’étais transcendée ; j’avais compris pouvoir être plus que ce que j’avais toujours cru voir. J’avais senti vibrer la corde vorace et féroce de mon appétence pour la vie — la sienne que j’avais risqué et sauvé ; la mienne que j’avais jeté et repris ; la nôtre qui balbutiait.

Si j’étais devenue masquée, c’était avant tout pour ça. Pour mon amour de la communauté, mon envie de la voir plus saine, d’offrir à mes enfants un monde où ils n’auraient pas à vivre dans l’ombre et la terreur. Les plaisirs malsains, oh, ils revenaient souvent ! Mais au fond, ce n’était que des distractions. Ce n’était pas ce qui me rattachait au monde. Pas vraiment. Derrière mes mépris et mes railleries, j’avais un profond goût d’autrui. Pas une mince affaire, pour une âme fêlée.

Le nez commençait à me piquer, et je me retins difficilement de la prendre dans le creux de mes bras. Au lieu de quoi j’ébouriffe maladroitement sa tignasse, un peu trop près de l’une des oreilles vu que mes repères étaient quelque peu perturbés.
— Je suis désolée que tu te sentes ainsi. Je ne peux rien te promettre, mais si c'est ce que tu désires, je ferais de mon mieux. J’essaierais de t’aider à entrer en contact avec elle. Qu’en dis-tu ?
Va falloir attendre un peu, par contre. Parce que bon, un Chat aveugle, ça serait un peu trop risqué.
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Re: Le premier départ à Poudlard

Message par : Lizzie Bennet, Mar 1 Mai 2018 - 9:36


— Avec joie.

Dans son esprit fourmillait un potentiel, des étincelles, une opposition, et mon coeur s’attendrissait en attendant son éveil. Elle saluerait les astres pour moi ; je saluerai 87 pour elle. Après tout, les aveugles sont les âmes de la nuit. Pour nous, chaque jour la lune l’emporte sur le soleil. Et c’est ce qui nous rend aussi fiables qu’elle. Ou presque. Simple sentinelle, j’allais leur arranger leur rendez-vous, aux deux. Peut-être. Sans doute pas. Evidemment. J’étais pas tout à fait décidée.

Elle me salua et j’imaginais qu’elle était déjà partie. Dans le doute, je lui disais quand même au revoir. Et puis, me sachant enfin seule, je serrais contre moi la chaussure. C’était rien. C’était tout. C’était un lien avec la femme qui m’avait bouleversée, une fois. C’était un lien avec la femme que j’avais été, avant.

Et là où elle aurait dû garder pour ce souvenir une aversion intransigeante, elle cherchait au contraire à rencontrer la Mangemort. Ou du moins ce qu’il en restait. Son fantôme. A travers elle, j’apprenais que je n’étais pas tout à fait morte. Je cillais pour refouler l’émotion qui menaçant mon visage, et disparaissais de l’autre côté de la gare.

(Fin de RP)
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