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[Habitation] 52 Eden's Road
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Jake G. Kenway
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Re: [Habitation] 52 Eden's Road

Message par : Jake G. Kenway, Jeu 07 Jan 2016, 21:05




Formation d'Animagie
PV Amy Steiner


C'est avec sa petite langue fourchue de reptile qu'Amy lui montra son enjouement à tenter cette capacité qui finalement se trouvait être primordiale pour le mode de vie de l'animal dont elle venait de prendre la forme pour la première fois. En observant le petit caméléon, Jake comprit que toutes les craintes qui quelques instants auparavant semblaient oppresser sa nouvelle protégée, s'étaient incliné devant le curieux plaisir qu'elle prenait à découvrir les sensations et joies qu'apportaient l'animagie. Posé sur un meuble du salon du Kenway, le petit animal se positionna devant un cadre photo qui y était posé. Il y eut quelques petites secondes où l'ancien Serdaigle gardait un petit sourire simple sur le visage, impatient de voir jusqu'où s'étendaient les capacités de la jeune Steiner. Elle trembla un instant et disparue progressivement, lui permettant de voir la photographie qu'elle imitait.

Il s'agissait d'une photo de lui et d'Angel jouant naïvement dans le jardin familial. Jake eut un autre sourire mais la tristesse omniprésente se fit sentir à nouveau, comme si elle lui repprochait de l'avoir oublié l'espace d'une minute. Comme si elle lui en voulait de l'avoir délaissé pour la fierté qu'il ressentait à l'égard de cette gamine. Et maintenant, il devenait celui qui se retrouvait pris au piège par ses propres émotions. Une fois, juste une seule petite fois. Il refoula tous ces maux, constatant que les ignorer ne marchait pas si bien. Et il la sentit à l'intérieur, cette immense boule, ce poid qui pesait et dérangeait. Une véritable grenade ingérée afin qu'elle puisse tout faire sauter de l'intérieur. Le mentor prit un sourire plus large, un sourire qui se voulait franc, avant de soulever la petite créature dont les yeux allaient dans tous les sens possiblent.

Il la posa dans ses vêtements et à cause de l'embarras que son retour à forme humaine pouvait causer, Amy et lui se regardèrent un petit instant droit dans les yeux. Elle finit par comprendre sans qu'il n'ait à dire le moindre mot. Le sorcier vit le caméléon se tortiller dans tous les sens afin de trouver une position comfortable dans la pile de vêtement où il avait été posé puis il finit par cesser toute forme d'agitation. De nouveau il y eut un petit moment où la mage semblait se concentrer. C'était sa première transformation et donc la première fois qu'elle retrouvait a forme humaine mais pourtant elle avait tout de même une certaine maîtrise dans ce qu'elle faisait, elle s'appliquait dans ses moindres gestes. Si bien que lors de son passage du reptile à la belle jeune fille qu'elle était, elle réussit à s'installer dans ses habits juste avant de retrouver brusquement sa forme normale. Avec un sourire qui montait jusqu'aux oreilles elle s'exclama:

    « Waouh ! C'était génial ! J'étais minuscule, mais je voyais et j'entendais tout ! J'ai pu m'accrocher à une surface ; je pourrais peut-être grimper aux murs ? Et puis je me suis camouflée ! »


Se concentrant sur toute la joie qu'elle dégageait, Jake finit à son tour par la partager avec elle. Ayant toujours apporté une certaine importance à la reconnaissance et l'estime qu'une personne pouvait avoir pour elle même, il n'hésita pas une seule seconde à lui dire :

    « Je suis fier de toi Amy. T'as vu que t'as pu le faire ! Je n'étais même pas sûr que tu sois capable de te camoufler et pourtant ? Tu m'en as mis plein les yeux. » Il l'enlaça amicalement. Après avoir laché son étreinte il lui continua : « Tu peux passer quand tu veux à la maison pour t’entraîner à tout ça... Je me suis jamais demandé si un cet animal savait monter aux murs... Par contre il faudra faire attention pour ton retour à la forme humaine, tu as été assez vive lors des derniers moments de ta transformation. Mais ça n'est rien. Je suis prêt à parier que maintenant, tu es prête à te laisser tenter par mes cookies et une boisson chaude... »
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Jake G. Kenway
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Re: [Habitation] 52 Eden's Road

Message par : Jake G. Kenway, Mer 02 Aoû 2017, 22:24






ENCLOS ROYAL




Soir d'hiver, à quelques semaines des fêtes. Je n’étais pas à ma première lune, mais mon père avait fait de cette transformation, mon véritable baptême. Je lui en avais parlé à lui et au reste de ma famille bien sûr. A ce moment là, il s’agissait des seules personnes  au courant de ma situation car j’estimais que nulle autre personne n'avait besoin de savoir quel mal coulait dans mes veines. Nulle autre personne ne méritait d’avoir accès à ce qui paradoxalement semblait être ma plus grande faiblesse. Bien sûr, je ne leur avais pas révélé que cette transformation était le résultat imprévu de ce qui ne devait être qu’un aller simple vers ce que Rabelais appelait le Grand Peut-Être.  Même si la perception que je me faisais du monde commençait à changer, je me suis contenter de leur dire que c’était le fruit de mon imprudence. Que j'avais de la chance d'être encore en vie.

De la chance... Seul mon père semblait voir au delà des mots que je prononçais. Lui, avait toujours tout deviné. Et il a su deviner ce que je ne montrais pas. L'étude qu'il fait des personnes qui l'entourent m'a toujours mené à  me demander s'il était  légilimens.  Il m'a prit à part, plus tard lors de cette soirée, avant de me faire cracher le morceaux. Je me suis mis à sangloter, comme un enfant prenant conscience de la cruauté  de la vie qu’il découvrait. Pendant quelques mois, ma vie ne s’était résumé qu'à cela. Je me demande encore comment est-ce que je pouvais me permettre de pleurer, d'où est-ce que je pouvais puiser ces larmes. Ce soir là,  je me sentais parfaitement ridicule. C'était la première fois que je pleurais devant mon père depuis très longtemps. Lui et moi nous n’avions jamais été réellement proche, nous ne témoignions jamais l’affection que nous portions l’un pour l’autre. On s'aimait, mais on ne se le disait jamais. L'évidence était là. Pourtant, tandis que je pleurais, il m'avait prit dans ses bras, comme il le faisait lorsque je trébuchais gamin.

Ce geste m’avait suffit, et m’avait inciter à lui parler de ce que je ressentais: la pression de ces démons qui m’opprimaient; la crainte du silence qui précédait le sommeil; la peur de l'abandon; l'appréhension perpétuelle du cycle de la lune et mon drôle de rituel pour que celle-ci ait le moins d'effet possible sur ma personne. De ces cocktails de médicaments, de ces injections de tue-loup sous sa forme la plus pure. Des tas de précautions qui perdaient en intensité à chaque transformation. Il plongea son regard dans le mien, cherchant quelque chose au delà du blanc de mes yeux. C'est avec la même fermeté qu'il a toujours eu, qu'il m'avait dit:

Petit con. Tu t’y prends mal. Je serai présent lors de ta prochaine transformation. Mais à partir de demain, nous avons du pain sur la planche.

Je n’avais pas idée de ce à quoi il faisait allusion, et pour un bref moment je lui en voulais. Car il se permettait de juger la façon dont je m’occupais de ma souffrance. Mais il avait raison, tout ça n’était que connerie. Je le savais déjà, je pense, car je voulais avoir confiance en lui. Et pour cette même raison, je n’avais rien dit, l’idée de sa présence suffisait à m’apaiser. Je me sentais déjà plus léger sans le fardeau du silence.

Ce soir là, lorsque je suis rentré chez moi, Morphée prit moins de temps pour m'étreindre. Cela était peut-être dû au fait que pleurer avait usé de toute mon énergie. Quoi qu'il en fut, j'étais déjà réveillé lorsqu'au petit matin, mon père vint sonner à ma porte. On se salua, avec plus de retenue que notre échange de la veille, et il m'expliqua ce qu'il comptait faire. Le but était de me créer un lieu où je pourrais me transformer, sans m’exiler une fois par mois, je serais chez moi. Selon lui, ça m'aiderait d'une manière ou d'une autre... pourtant je ne voyais pas en quoi. Mais nous nous sommes dirigé vers l'arrière de la maison de l'autre côté du coin piscine, un endroit dissimulé par les quelques arbres qui s'élevaient. Sans même me demander quoi que ce soit, mon père sortit sa baguette et visa le sol, en face de lui. Bombarda

Avant la nuit tombée, nous aurons bâti le refuge au mal qui t’afflige, un refuge où tu seras libre d’être toi. Si tes démons crient en toi, tu te dois de les laisser se déchaîner le long de la nuit qui leur est attribuée.

Ses mots font sens, et je m’exécute : à mon tour je lève la baguette, tremblante entre mes doigts, dans la direction qu'il indiquait avant de jeter à sa suite ce même sort prononcé. Au signal nous fîmes exploser le sol, afin de nous frayer un passage sous terre. La magie aidant, nous passâmes la plus grande partie de la matinée à fabriquer cette pièce souterraine. Explosion sur explosion,  vers, cafards et cloportes prenaient la fuite face à nous envahisseurs. Lorsque la sombre ouverture l’eut permit, nous sommes entrés. Le silence a continué de raisonner quelques minutes de plus, jusqu’à ce que mon père le rompe.

Il ne nous reste plus qu’à attendre notre invitée la lune.

Nous l’attendîmes.


***


Dans un silence religieux, j’ai regardé le soleil s’écraser contre les maisons du faubourg, comme ces grains de poussières contre ma main. Et lorsque ces toits faits d’ardoises l’eut dévoré, l’angoisse qui se terrait en mon sein exulta. Je tourne la tête vers l’alcôve aménagée dans ce gouffre difforme. Glissant mes doigts le long des plaques marbrées, je caresse les pierres qui délimitait un royaume de lumière qui chaque mois me condamne à l’exil. Mon père me prit dans ses bras avant de reculer, prêt à accomplir la tâche qu’aucun autre n’aurait pu réaliser. J’accepte mon sort et me recueille à genoux.

Décidé, mon père lève sa baguette et l’agite, signal du commencement d’une sombre symphonie. Au rythme de son bois d’épicéa, les murs de la crevasse se mirent à trembler jusqu’à libérer d’immenses blocs de pierres. Celles-ci sur un tempo mécanique dansèrent jusque l’entrée de l’alcôve. La désolation que je percevais dans les yeux gris de mon père n’altérait en rien sa conviction. Mon père avait contribué à ma création, et ce soir là, il contribuait à ma seconde naissance. Chacune des pierres trouva la place qui lui avait été attribuée, fermant ainsi la seule issue menant hors de l’alcôve. Me concentrant sur les battements de mon cœur, seuls éléments troublant le microcosme auquel je me suis offert, j’attends sagement que l’astre d’argent daigne me consacrer.

Je l’ai vue, au fond de moi. Elle était fine comme la mort mais belle comme la rosée. Elle avait su me trouver dans le silence de la nuit et les ténèbres de mon cœur. Pâle comme l’hiver, ses cheveux étaient semblables à la marguerite que l’on offrait lors d’un premier rendez-vous. Elle s’approcha de moi et de sa main glaciale, brisa l’urne de mon inconscient. Le sourire qu’elle avait aux lèvres déchirait son visage maigre, mais le plus commun des mortels se perdaient dans ses immenses yeux couleurs de jais. Avec le charme de l’Inconnu, elle inclina ma tête et me couronna d’un baiser avant de disparaître.

L’amour de cette reine s’est mis à couler dans mes veines en faisant danser les parois de celles-ci sur son passage. Mon coeur, percussion dans ce ballet morbide, s’accordait à la mélodie qui vibrait dans mes os jusqu’à ce qu’ils se brisent. Je me suis courbé tandis que mes secrets réprimés se déchaînaient en moi. Ils se faufilaient dans mes nerfs, et se logeaient dans les fibres qui constituaient mes muscles, et le plus chanceux se faufilait entre les pores de ma peau pour me couvrir d’un manteau nouveau. Mes poumons brûlaient d’un feu impur. Levant la tête, j’ai hurlé sa gloire tandis que ce cri me fracassais la mâchoire pour la reformer à l’image qu’elle avait choisi. Ainsi, sur mes pattes allongées je me suis redressé, prêt à régner sur mon royaume d’obscurité.

J’étais loin d’imaginer cependant que j’aurais immédiatement du faire face à des envahisseurs. Grognant de toute mon âme, j’ai laissé cette voix suave murmurer à mon oreille le sort réservé à ces formes indistinctes. Cours dépression, car le vide que tu as répandu en moi cède la place à la rage et à la faim. Je me suis jeté sur celle-ci en voulant lui ouvrir le ventre de mes griffes qui déçues frappèrent uniquement l’air. Tu peux crier, deuil car je m’apprête à mettre fin à ton égoïsme. En deux bonds j’ai traversé le noir sans fin de mon domaine pour lui faire face, mais il avait déjà disparu quand mes crocs coulant de salive s’apprêtait à se refermer sur lui. Détrompe-toi amour perdu, la douceur de ma violence  te remplace enfin. Elle apparût alors, resplendissante et sereine dans la noirceur du néant, Merit reine de de mon coeur et de mon passé se tenait devant moi. Je n’avais pas eu de seconde pensée, ni d’hésitation j’ai refermé ma gueule sur sa tête pour décapiter son corps que je fabulais.

Mais l’air ne suffisait à combler la fin et la douce voix qui murmurait à mon oreille exigeait sacrifice. J’ai alors cherché moyen de sortir. Je me suis mis à tourner en rond dans mon palais pour délimiter celui-ci de mes griffes en espérant trouver faille qui me libérerait, en vain. Pris d’une panique belliqueuse j’ai commencé à les frapper mais rien ne changeait. Les heures passèrent et je continuais à frapper les murs, pris au piège dans cet enclos royal.


Dernière édition par Jake G. Kenway le Sam 12 Aoû 2017, 23:28, édité 1 fois
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Re: [Habitation] 52 Eden's Road

Message par : Jake G. Kenway, Sam 12 Aoû 2017, 22:55



LA FRAGILITE D’UNE VIE
ft. Agrat Ghilsofi



Ma colère qui fusait dans une sphère de flamme. Les ronces de mon dégoût qui tentaient en vain d’attraper les jambes de l’assaillant. La dominance de mes insultes trahies par mon besoin de réponses. L’innocence en danger. Le souffle de ma démence qui me murmure de la venger.  Les images de l’altercation se bousculent encore dans ma tête tandis que dans mes bras le corps de l’oiseau de nuit tremblait, inconscient. Les flammes m’enveloppent et l’instant d’après je me retrouve dans mon salon. D’un sifflement je plonge la pièce dans une lumière salvatrice et réveille mon chien qui couchait près de mon canapé d’angle.

Je me précipite et pose mon invitée évanouie sur celui-ci. J’ajuste un oreiller sous ses cheveux de noisettes et je ne peux m’empêcher de faire le parallèle avec mon fantôme du passé. Nous avions probablement le même âge qu’elle le jour où l’on s’est connu pour la première fois. Elle était saoule et inconsciente, comme elle et c’est comme cela qu’il s’était rendu compte qu’elle prendrait de la place dans sa vie, et au-delà de sa mort à elle.

Je remonte une couverture sur le corps presque dénudé de cette ondine, dont la seule erreur fut d’errer au lit du marrée de la cruauté des hommes. Peu importe l’imagination lyrique auquel je m’efforce d’attacher cette victime allongée, je ne peux m’empêcher de l’associer à celle que j’ai perdue. La couette qui l’enveloppe semble être impuissante sur le contact glacial de la peur. Je prends sa température du dos de ma main et au fond de moi se bouscule des émotions que l’on ne devrait ressentir pour une inconnue, encore moins pour une collégienne. Des sensations qui m’effraient, j’ai un mouvement de recul. Je m’efforce à comprendre que ce ne sont pas des émotions, juste des illusions qui seront chassées par la certitude du réveil. Cette réflexion me rassure. D’un mouvement de baguette j’enclenche un mécanisme dans ma cuisine pour chauffer de l’eau.

Assis auprès de sa tête, je dégage son visage angélique des mèches encombrantes. D’une voix doucement maladroite je fredonne une chanson d’un autre temps, le coeur attendri par la fragilité d’une vie.


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Agrat Ghilsofi
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Re: [Habitation] 52 Eden's Road

Message par : Agrat Ghilsofi, Hier à 19:46


Dolore ! La dernière vision qu'Agrat avait eu avant de s'évanouir était le macadam. Froid, peut-être, mais concret. A présent, elle était dans un état second. Inconsciente, comme si son âme avait quitté son corps pour rejoindre l'invisible. Elle était au fin fond des ténèbres les plus sombres, dans des abîmes dont elle ne pouvait s'échapper. C'était comme un rêve, plutôt un cauchemar ; évanescent. C'était lorsqu'elle allait se réveiller qu'elle rechutait dans les décombres de brouillards opaques. C'était épais, beaucoup trop pour qu'elle puisse se rappeler de quoi que ce soit. Mais il y avait ce sentiment malsain qui persistait. Elle se débattait pour s'échapper de cette dimension brumeuse qui lui était trop floue pour qu'elle s'y sente à l'aise. Elle avait besoin de choses claires, elle voulait comprendre pourquoi son cœur était lourd, qu'est-ce qui lui pesait tant ? Elle ne pouvait pas se laisser aller aux ombres, ni naviguer dans les ténèbres avec ce poids qui lui faisait pression. Que s'était-il passé ? C'était terrible. Elle le savait. Mais... Assez ! Elle nageait dans des profondeurs plus noires encore que la nuit noire mais un son lui parvenait. Une voix, tremblante. Un chant. De plus en plus fort. De plus en plus près. Une lueur d'espoir ? Elle devait se réveiller alors elle s'agrippa de toute ses forces à cette seule chose qui lui venait d'un monde rationnel. « ...I don't want to wake up on my own anymore... »

Ses paupières s'ouvrirent instantanément. Un rapide coup d’œil au plafond et aux alentours pour comprendre qu'elle se trouvait quelque part qui lui était étranger. Malgré son absence, elle n'avait rien perdu de sa vivacité. Elle se redressa puis se retourna vers la source de la voix. Tout cela de manière très rapide. Dès lors qu'elle croisa son regard, tout lui revint, sous forme de courtes séquences juxtaposées. Elle comprenait à présent son sentiment d'insécurité et de peur. Ses agresseurs, le terrorim, ce secoureur et sa quête, les coups, le sang, haine viscérale. Tout rejaillit en elle, comme un feu d'artifice. Elle bondit sur ses jambes, épouvantée et recula pas à pas, les paumes ouvertes et les bras tendus vers l'inconnu, pour appréhender chacun de ses potentiels gestes. Ça devait être chez lui, ici. Il avait dû la ramener après le carnage pour lui éviter d'autre mésaventures. Mais, qui sait, peut être qu'il n'était pas mieux qu'eux, peut-être qu'il était même pire. Peut-être qu'il l'avait emmené chez lui pour mieux profiter d'elle, pour supprimer la possibilité d'une évasion de sa part. Il était finalement plus vicieux qu'eux. Ça allait être beaucoup plus facile pour lui. Les deux autres l'avaient fatigués à mourir, elle ne se débattrait même plus si ça recommençait, elle le savait. Ses pensées se disloquaient, complètement désarticulées. La peur avait toujours de l'emprise sur elle. Elle en devenait folle et paranoïaque. Ses tremblements reprirent, tout d'abord visibles dans ses mains et bras tendus, puis ils se diffusèrent dans tout son corps à une vitesse folle ; ses jambes semblaient pouvoir lâcher à n'importe quel moment. Tandis que ces cheveux longs et emmêlés lui collaient au front et entraient dans sa bouche pour lui donner un aspect misérable, elle cherchait un appui derrière elle, sans se retourner, pour éviter de s'effondrer.

C'est ainsi qu'elle se heurta à une table basse et qu'un vase se brisa à ses pieds dans un grand fracas qui la fit sursauter. Rapidement, elle se baissa pour ramasser un bout de verre qu'elle pointa sur l'homme, en guise d'arme, malgré la distance qui les séparait. Ça ne l'empêcherait certainement pas de s'approcher, mais elle n'avait pas sa baguette, là, dans l'immédiat ; c'était donc un semblant de moyen pour se rassurer. Et elle le savait. « Je veux rentrer ! » hurla t-elle, pleine de hargne. « Je veux rentrer ! » répéta-t-elle, toujours sur ce ton qu'elle espérait menaçant. Consciente de sa position d'infériorité, elle ne pointait plus le bout de verre sur lui, mais l'orientait vers son avant-bras où des veines saillaient étrangement. Elle lui posait un dilemme ; elle ne pouvait lui faire de mal, elle s'en ferait à elle même pour le faire obéir. S'il était aussi bien intentionné qu'il le laissait prétendre, il ne la laisserait pas faire. Il allait réagir, elle le savait, parce que sinon, elle le ferait.

Ce ne fut que maintenant qu'elle remarquait sa tenue, ou plutôt, son absence de tenue. Elle était en sous-vêtements, chose qui, concrètement, ne la dérangeait pas tant que ça. Cet ensemble noir et raffiné était certainement la dernière chose qui pouvait lui donner un peu de charme, là, maintenant. Ils compensaient ses hématomes d'un violet sombre qui ornaient sa peau, un peu partout. Elle se souvenait de l'agresseur qui avait découpé ses vêtements. « Je veux rentrer chez moi... » Elle tenta une dernière fois, cette fois-ci d'une intonation plus calme, plus intime. C'était un appel au secours. Elle répétait cette phrase tout en sachant qu'elle ne désirait pas vraiment cela. Non, elle ne désirait vraiment pas rentrer chez elle. Mais ce qu'elle voulait dire par là, c'était qu'elle désirait être quelque part où elle se sentirait en sécurité. Chez moi..., tu es chez toi, partout où tu acceptes que tu l'es, tu es chez toi partout où ton cœur l'est. Son cœur n'était pas chez ses parents. Elle ne pouvait pas débarquer à pas d'heure, dans cet état lamentable et dans un état d'esprit encore plus lamentable. Elle ne supporterait pas leurs interrogations, elle ne désirerait pas leur rendre des comptes, ni voir qu'ils n'y croiraient pas. En fin de compte, elle préférait rester ici. Après tout, ça ne pouvait être pire. Quelque chose s'était brisé en elle. Non, décidément, ça ne pouvait être pire.
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