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Sur les bancs de Pré-au-Lard
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Jade Wilder
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Re: Sur les bancs de Pré-au-Lard
Jade Wilder, le  Dim 24 Fév 2019, 00:04

Jade ne posait jamais de questions. Pas aux gens. Elle qui aimait tant savoir, tant comprendre, ne pouvait supporter l'idée qu'on la trouve indiscrète. Qui sait pourquoi, même elle n'avait pas la réponse. Peut-être que le fait qu'on lui ait posé autant de questions sur la perte de son foyer l'avait braquée. C'était fort possible, mais tout ne pouvait pas venir de là n'est-ce pas ?

Une peur, toujours présente, celle d'aller trop loin et qu'on lui en veuille. Qu'elle soit considérée comme curieuse, trop curieuse. Que les gens qui comptaient n'apprécient pas et s'en aillent. Les gens s'en vont toujours, quoi qu'elle fasse, mais les y pousser serait plus terrible encore. Problème, apparemment elle les y poussaient même sans le vouloir, comme si c'était naturel pour elle que d'avancer seule, sans avoir personne à ses côtés pour avancer dans cette vie. Elle avait connu des amitiés qui lui semblaient sincères, elles avaient toutes volé en éclat pour des raisons qui lui semblaient débiles, mais légitimes aux yeux des autres. Quant à l'amour... elle n'avait que l'exemple de ses parents pour y croire réellement. Comment penser qu'elle avait le droit à ce genre de bonheur quand on lui avait toujours prouvé le contraire ? Quand à chaque instant, elle était responsable selon les autres. Toujours les autres, ceux qui hantaient son esprit, ses souvenirs, mais aussi son futur. On lui avait déjà dit de ne pas prendre en compte ce que pensaient les autres mais elle en était incapable. Désespérant.

Bien sûr qu'elle avait peur de perdre Shela à cet instant. Shela avait été... la personne la plus importante d'un bout de vie. Sans doute l'était-elle encore, Jade ne pouvait se prononcer dans un moment de colère et d'incertitude pareil. Mais quelque chose était net dans son esprit: elle ne pouvait être aussi perturbée face à ce qu'il s'était passé si elle ne tenait pas à Shela. Et ça lui faisait peur. Elle était partie, d'abord sans avoir le choix, puis un long moment où elle aurait pu l'avoir. Les justifications apportées... ne lui plaisaient pas. Ne lui suffisaient pas. Dans un moment plus sage, elle aurait compris. Elle aurait réfléchis et se serait fait une raison, pourquoi pas là ? Pourquoi est-ce que c'était si difficile, qu'elle ressentait autant de sentiments aussi violents et surtout, pourquoi était-elle incapable de contrôler ça ? Ce n'était pas habituel, elle n'aimait pas ça. Rien ne lui plaisait dans tout ça. Pourtant plus ou moins consciemment, elle était soulagée d'avoir des réponses. Aussi peu satisfaisantes, aussi difficiles à entendre pouvaient-elles être, elles apaisaient, un peu. Et alors que la colère et la peine avaient une place toujours beaucoup trop importante, il y avait autre chose qui poussait les sentiments, essayait de se faire sa place. Peut-être que ça avait toujours été présent, difficile à dire. C'était là. Shela lui avait manqué. Elle était heureuse de la revoir. Elle aurait tellement voulu comprendre, voulu voir ce qui avait composé la vie de son amie pour que cette dernière ne songe pas à la recontacter. Elle aurait voulu beaucoup de choses qui ne se réalisaient pas, pas encore en tout cas. La seule solution à tout ça, c'était poser des questions et écouter, pour chercher des réponses qui allaient au delà du récit. Au delà de la vraie histoire, pour en chercher le sens caché. Les origines et la finalité ne pouvaient être construits qu'autour des chapitres. Alors, comme dernier espoir de salut, elle écoutait, les yeux perdus dans le vide.

- Je ne sais pas. Je ne suis pas sûre. Je veux dire... je souhaitais me trouver moi-même, je crois. Me voilà auror, est-ce vraiment une réponse ? C'est quelque chose, au moins.

Mitigé. Avis, comme réaction à avoir. Que ça soit l'un ou l'autre, était-elle seulement légitime pour les avoir ou les exprimer après tout... Alors les mots restent dans la gorge et on essaye de comprendre, d'imaginer comment Shela avait pu en arriver là. Elle qui semblait peu portée vers les hauts faits ministériels, ou bien des choses avaient échappé à la préfète qu'elle était, peut-être. Beaucoup de choses lui échappaient après tout. Ce n'était pas, pour l'heure, ce qui l'intéressait le plus.

- Non, je n'ai manqué de rien. Ils doivent bien nourrir et faire dormir leurs soldats pour qu'ils puissent être opérationnels. Si tu parlais d'après l'armée, j'ai eu peur de manquer, mais je me suis toujours débrouillée.

Regard noir au mot "soldat" qui lui semblait tellement péjoratif. Pourtant ça n'avait été que sa réalité pendant un temps. Mais ça instrumentalisait l'être qu'elle était et ça ne plaisait pas à l'amie qu'elle avait. Drôle de puzzle à reconstituer comme on peut. Soulagement supplémentaire, même si Jade n'était pas certaine de l'honnêteté de son interlocutrice. Sans doute qu'à sa place, elle aurait menti foncièrement pour ne pas aggraver les choses, l'ambiance de la discussion qui paraissait si lourde déjà. La préfète n'avait pas envie de douter, ça restait seulement une possibilité et elle préférait largement l'idée que le "soldat" n'avait en effet manqué de rien, à aucun moment. Elle se serait sentie tellement coupable dans le cas contraire. Coupable de ne pas avoir plus insisté, quelle que soit la résistance. D'avoir continué à vivre, et pourtant elle avait toujours fait ça, toujours été obligée de faire comme ça. Pas la bonne manière de faire, mais la meilleure pour tenir le coup. Est-ce que Shela avait agit comme ça aussi ? Ignoré son passé pour tenir le présent ? Peut-être... Silence. Des deux côtés. L'adolescente qui aimait si peu le silence se complaisait alors dans cette occasion pour laisser l'esprit respirer, comprendre les explications sans y voir du mal, des mensonges ou une habile façon d'esquiver. Experte des trois scénarios, elle savait si bien les reconnaitre qu'elle se les imaginait, souvent, trop souvent. Pas cette fois. Dire qu'elle voulait prononcer quelque chose aurait été mensonge. Pas maintenant, même si ça devait être stressant pour Shela. Léger égoïsme peut-être. Soupir.

- Je suis retournée à Londres d'abord, le Londres sorcier. J'ai trouvé quelques façons d'avoir assez en poche pour manger et avoir un toit, pas beaucoup, assez. Keira m'a accueillit un moment, le temps que je puisse me stabiliser.

Voilà que surgissaient les détails. Les vrais détails, qu'elle avait envie de connaitre sans les avoir vraiment demandés. Il est toujours facile de répondre à une requête sans dire tout ce qu'il y a à dire, à l'instant comprendre que Shela tentait vraiment de recoudre les morceaux. Ou de les recoller, au choix. Parce-que donner des détails appartient au bon vouloir de chacun, et même avec ses questions, elle n'en avait pas demandé. Le coeur soudain, cesse de serrer, ou en tout cas un peu moins. Néanmoins les mots ne font pas que du bien. Ils sont tranchants aussi. Il était logique qu'elle soit allée vers Keira en premier lieu mais ses travers ressurgissaient sans qu'elle ne puisse vraiment y faire grand chose. Elle aurait voulu être cette personne à qui Shela aurait demandé de l'aide. Même sans avoir la possibilité réelle de l'aider correctement, juste, être importante pour elle. Et pouvoir lui apporter un peu d'aide. Jalousie, qu'il fallait contenir. Trop mal placée. D'ailleurs elle enchaine, comme si elle avait prévu cette réaction. Impossible n'est-ce pas ? Penser que Shela ne la connaissait pas assez lui paraissait saugrenu.

- J'ai pu devenir auror parce que, tu vois, l'armée, tout ça. Les mêmes compétences sont requises. J'avais d'assez bons Aspics. Je suis partie de chez elle parce que je n'avais jamais voulu être un poids, et que je me sentais coupable.

Regarder celle qui avouait, celle qui visiblement s'en voulait. Il était un peu tard pour ça, alors pourquoi la blondinette se sentait aussi... Rhaaa, elle ne savait même pas quel mot il fallait mettre là-dessus. Frustration. Les mots devenaient trop nombreux, le silence ne parvenait pas à combler quoi que ce soit. Pas ce besoin d'exprimer ce qui ne lui semblait pas logique, ce qui la mettait en colère ou encore ce qui la touchait, l'attristait. Le silence n'avait jamais été son ami, moins encore aujourd'hui.

- Je vis surtout au travail, et dans un logement du bureau des aurors. Il y a tout le temps beaucoup à faire.

Lever les yeux au ciel, des excuses dont elle n'avait pas besoin. Pas avec l'Italienne, non. Elle aurait dû le savoir. Et alors que les mots allaient revenir, siffler de nouveau l'amertume juste à cause d'une dernière phrase, autre chose prit plus d'ampleur.

- Bien sûr que tu as de l'importance, bien sûr que ce que j'ai fait est impardonnable, bien sûr que j'aurais pu donner des nouvelles, j'aurais pu beaucoup de choses, et j'en suis désolée.

Cette fois, les pupilles de Jade ne quittaient pas le visage de Shela, qu'il soit fuyant ou fixe. Ces mots étaient-ils aussi brutaux qu'elle en avait le sentiment ? Sans doute que non, pourtant l'Italienne avait la douloureuse impression de s'être pris une énorme claque. Il ne s'agissait là que de vérités, de choses dont elles parlaient depuis le début de cette conversation, pourtant elles ne pouvaient être plus percutantes. Soudain, détourner les yeux, car ils s'étaient remplis d'eau salée. Et que cette faiblesse était à déplorer. Encore.

- C'est un court résumé. J'ignore si tu as besoin de plus, ou si c'est déjà trop.

C'est seulement à cet instant que Jade réalisa ce que signifiait vraiment leur échange. Il était important pour elle depuis le début, mais il avait pris en ampleur avec une facilité déconcertante. Parce-qu'il y avait bien plus que de simples excuses ou explications. Tout était à reconstruire et pourtant, les fondations semblaient avoir survécu au temps et à la déception. A la tristesse et à l'abandon. Était-il possible de reconstruire sur un terrain instable ? En émettre un doute quelconque était ridicule n'est-ce pas ? Pourtant, malgré qu'elle ait l'impression d'avoir du coton dans la tête, la jeune fille avait l'ébauche d'un souvenir amer, elle y avait pensé n'est-ce pas ? Pensé que cette discussion pourrait être la dernière. Et pourtant, elle n'en avait aucune envie. Larmes qui coulent sur la joue, regard qui ne peut se décrocher du plus loin. La gorge nouée, elle devait pourtant parler. De son mieux.

- Tu n'es pas un soldat. Tu ne seras jamais dans la norme et je ne veux pas que tu le sois. Un soldat n'aurait pas pu entrer dans ma vie de cette façon, comme tu l'as fais. Et tu n'as pas le droit d'en sortir comme tu l'as fais. Je te le demande, ne fais pas ça.

La regarder cette fois, alors que les traces de faiblesse sont encore là, qu'elle les déteste et les cache toujours. Toujours, sauf cette fois. Apparemment. Les poings se sont serrés, sans qu'elle en ait eu réelle conscience. Juste lui faire cette confidence sans mot, avant de la taire à nouveau.

- Je ne comprend pas pourquoi tu as fais ça. Pourquoi tu m'as fuie. Peut-être que je comprendrais, je ne sais pas. J'ai besoin de plus que tu ne peux me donner, m'expliquer. Et j'aurais voulu que ça change quelque chose mais non. Tu es mon amie, n'en doutes jamais. Mais est-ce que je suis la tienne ?

Question qui allait plus à son propre intérêt qu'à celui de Shela. Pourtant, elle seule pouvait y répondre n'est-ce pas ? C'était logique. Et en soi, elle connaissait la réponse, voulait la connaitre. Voulait en être sûre, sans y parvenir. La verte avait dit elle-même que la jaune avait de l'importance. Être importante et être amie, c'est différent. Sans doute aurait-elle besoin de plus de temps, oui.

- Je ne t'aurais jamais imaginée auror... Tu ne vas à aucun moule, tu es exceptionnelle aussi pour ça. Mais je suis heureuse si ça t'a apporté quelque chose.

Fermer les yeux, inspirer profondément. Il y avait encore trop à savoir, elle ne pouvait se contenter de ça. Mais après avoir remué le passé, il fallait s'attaquer au présent et ça allait sans doute être aussi dur que l'étape précédente. Peut-être plus, même. La préfète n'oubliait pas ce qu'il s'était passé dans cette maison, un peu plus loin. Ce qu'elle avait vu, vécu, subit littéralement. Trop dur pour l'oublier.

- C'est pas suffisant. Ça n'explique pas pourquoi tu as fais... ça. Tout à l'heure.

Elle ne savait même pas comment mettre de vrais mots sur ce qu'il s'était passé à cette fameuse animation qui était sensée juste leur apprendre les premiers soins. Au lieu de cela et même si Shela n'avait couru aucun réel danger avec les personnes présentes, son intention lui paraissait claire. Trop claire, inacceptable. Alors les mots, ce n'était pas à elle de les donner. La regarder, à la fois coléreuse et suppliante.

- Explique moi...
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Re: Sur les bancs de Pré-au-Lard
Shela Diggle, le  Dim 17 Mar 2019, 11:46

Du coin de l’œil deviner un mouvement ; ce sont les salées qu'elle veut esquiver. Et l'on reste immobile, feignant de n'avoir vu, de n'avoir lu les joues de la jeune femme, mortifiée de les lui tirer hors des yeux, pas encore prête à réagir à sa résignation, à sa douleur que l'on connaît déjà. Ses mots paraissent plus élevés qu'ils ne doivent l'être dans l'hivernal cotonneux. Ses mots sont des coups de poings, pas de ceux qui détruisent les chairs, ceux qui, avec certes brusquerie, réveillent. Tu n'es pas un soldat. Tu ne seras jamais dans la norme ce sont les mots qui dansaient souvent sur les lignes avant de dormir, avant, ceux auxquels l'on ne voulait croire, pas vrai, être invisible est tellement plus aisé, minuscule, insaisissable, banalement moyenne. L'on n'y croit toujours pas, mais c'est autre chose de l'entendre de la voix d'un autrui, d'un autrui qui saisit tant de choses, et qui fût si proche. Quant au soldat il n'a jamais été qu'un costume de plus et une manière de faire, une façon d'avancer sans trop surprendre, et puis de faire semblant d'y arriver, de penser carré, d'obéir carré, et ça a fonctionné, un peu. Ce sont les mots d'ensuite qui foudroient
elle ne me veut pas loin, et elle, demande, à ce que je reste, à ce que je ne m'en aille plus. Et c'est dans cet échange la première chose qui, bien que douloureuse, fasse un inimaginable bien. Enfin, l'on souffle, une longue expiration de givre et les flocons qui tombent doucement ressemblent un peu moins à un paysage mortuaire.

L'on tourne vers elle des regards plus osés, et l'on tend une main pour essuyer le filet sur sa joue droite. Alors qu'elle continue, fixer le lointain que l'on devine entre deux bâtisses du village, reconnaissante de cette échappée permise. Au loin, à moitié masqué par la lente neige, les champs immobiles. L'on est plus écrasée de culpabilité encore - l'on n'aurait pu imaginer cela possible - lorsqu'elle questionne la nature de ce que j'éprouve à son sujet. Après tout c'est bien légitime. Après tout elle a eu tout le loisir de douter, de remettre en question, de ne plus croire du tout, même, et pourtant pourtant elle assène le coup fatal, elle, de son côté, me considère comme son amie. Et l'on connaît la réponse réciproque, bien sûr qu'elle est la nôtre. L'on lui a accordé la plus grande des confiances ; voilà le titre de confidente. Egalement une immense importance ; une affectionnée, oui, et le nom d'amie ?
Amie parce que celle à laquelle l'on pense pour les futiles choses que l'on souhaite partager. Celle à qui l'on veut bien dévoiler famille. Celle pour qui l'on veut bien être disponible, toujours, quand cela est possible, et puis et puis, tant de choses qui n'ont besoin d'être nommées, évidemment qu'elle porte ce titre là, cette couronne.

Le reste arrive aux oreilles et l'on y reste encore immobile, offerte au lointain, amassant dans la tête les mots qui serviront de réponse - l'on donne la vérité, rien que la vérité, reste à réfléchir la façon de l'avancer, de la lui tendre, parce qu'il ne faudrait blesser plus que nécessaire, pas vrai. Les lèvres se crispent à sa dernière interrogation. Comment offrir satisfaction à une question qui n'appelle que malheur ? en n'y répondant point. Et voilà que l'on s'est lancée dans une course dans laquelle il n'est possible de faire marche arrière sans rafler le pire lot : la possible perte. Je ne voulais pas te fuir, c'était une erreur. Soupirer, lui essuyer encore la joue, avec douceur. Lentement, articuler je voulais pouvoir ne plus revenir sans rien devoir à personne. Elle ne pourrait ne pas m'en vouloir pour autant de lâcheté, mais au moins avait-elle l'honnête réponse. Je ne m'imaginais pas auror non plus, ni militaire, ni rien en fait, rien ne m'irait je crois, il fallait bien quelque chose. Et l'on est sincèrement perdue, incapable de trouver quoi que ce soit qui puisse ressembler, qui puisse sembler juste. C'est probablement mieux que de n'avoir rien trouvé, pas vrai, probablement mieux. Tu es mon amie. Je ne t'ai jamais considérée différemment, mais je n'en ai pas été digne, alors j'imagine que c'est à toi de l'accepter ou non
je ne voulais pas t'éviter en revenant mais c'est de toi que j'avais le plus peur

Gorge nouée, l'observer à nouveau, frousse dans le regard, oh Jade, j'espère tant que tu peux comprendre : c'est des gens les plus proches que l'on redoute le plus le jugement. Je n'étais pas en danger espérer s'en tirer de cette manière, par une porte dérobée. Mais je crois qu'elle a compris. Je crois qu'elle a vu plus loin et qu'elle a vu bien trop. Je ne vais pas bien. C'est effroyable de le dire à voix haute. Même dans les lignes, jamais ce ne fût signifié aussi clairement, aussi distinctement. Aussi terriblement froidement.
Jade Wilder
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Re: Sur les bancs de Pré-au-Lard
Jade Wilder, le  Mer 27 Mar 2019, 03:19

Palette instable, peintures de sentiments mélangées, qui ne pourraient plus jamais être distinguées les unes des autres. Même en sachant à présent que le pardon était la seule solution, Jade savait qu'il resterait toujours quelque chose, là, bien caché ou pas. Une peur, une colère, un doute, une possibilité. Les gens étaient toujours partis autour d'elle, pourquoi cela changerait ? Il était étrange que Shela soit de retour. Ils ne reviennent jamais, d'habitude. Ils s'en vont simplement, sans expliquer pourquoi - solution la moins difficile en soi - ou avec des explications coups de poignard. Jamais elle n'avait été assez bien pour le tout un chacun. Elle avait essayé de croire, de persister, mais l'absence de Shela avait agrandit un peu plus la blessure. Conviction plus profonde encore, que ça ne pouvait que se reproduire. Qu'irrémédiablement, les gens allaient partir. Que la verte aussi, pouvait partir. Voilà l'un des plus gros risques que représentait l'attachement envers quelqu'un. Plus on s'attache et plus on a peur que cette personne parte, plus aussi, on souffre quand ça arrive. Pourquoi en serait-il autrement ? La blessure, jamais ne s'en irait. On ne pouvait alors que profiter de ce retour tant qu'il durait. Vouloir croire en l'autre, oui. Mais avoir trop souffert pour en être vraiment capable. Pensées noires, qui resteraient dans la tête, mais bien présentes. Elles faisaient mal.

S'y résoudre n'en restait pas moins douloureux. Pire encore, se sentir aussi faible face à la fatalité du passé et l'instabilité du futur lui paraissait insupportable. Choses qu'on ne peut changer ou prévoir, tout ce qu'elle avait pourtant souhaité depuis toute petite. Depuis cette soirée. Elle avait tout changé, probablement forgé qui elle était désormais, mais pas dans le bon sens pour le coup. L'expérience laisse une douleur et elle ne peut être comblée en un claquement de doigts. Alors si on le sait, pourquoi y être tout de même terriblement sensible ? Pourquoi laisser les preuves salées perler sur la joue, montrer ce qu'on ressent alors que c'est sensé rester secret.

Exaspération.

Pourtant, Jade ne pouvait pas faire autrement. Personne d'autre ne le saurait après tout, personne n'aurait conscience de cette faiblesse dont elle faisait preuve. A part Shela. A savoir si c'était un problème... donner des armes contre soi à quelqu'un n'est jamais une bonne idée, après tout. Mais il s'agissait de Shela. Un "mais" qui n'aurait pu exister quelques mois auparavant, peu importe la personne, on ne peut accorder des moyens supplémentaires quand ça peut nous atteindre. Pourtant, il était là le "mais. Il existait bel et bien et impossible de l'ignorer. Il faudrait de toute façon avoir confiance, puisqu'il était trop tard pour faire marche arrière. Pour effacer les preuves. Alors on tente, maladroitement, de les occulter de la manche. Juste pour se rassurer sans grand intérêt. Trembler presque, au contact de la peau inconnue contre ses joues, contre ses larmes. Shela les effaçaient, elle aussi. Il aurait été plus simple qu'elle ne les produise pas auparavant mais après tout, elle n'était pas responsable, à la base. La suite avait été un enchainement de mauvais choix comme la jeune fille en avait déjà fait. Il allait falloir passer outre. Parce-que peut-être d'une façon tout à fait idiote, il était pour l'heure plus facile de croire à un mieux que de se rappeler le pire.

- Je ne voulais pas te fuir, c'était une erreur. Je voulais pouvoir ne plus revenir sans rien devoir à personne.

Fermer les yeux, insupportable que d'entendre ça. La raison était toute autre que simplement la vérité, juste qu'elle-même y avait déjà pensé. Plusieurs fois. Pouvoir être libre de tout, de toute responsabilité. De tout attachement puisqu'ils sont toujours douloureux. Alors comment blâmer Shela, si elle-même y avait pensé ? La seule réponse qui venait naturellement, c'est que Jade n'avait jamais pu en arriver à ce point là. Que les responsabilités l'avaient toujours rattrapée, que la morale l'avait toujours sauvée. Parce-que abandonner n'était pas dans ses principes. Parce-que les choses, les personnes qui pouvaient rester à l'arrière étaient trop précieuses. Était-ce pour cette raison que l'ancienne Serpentard était revenue ? Ou simplement pour être auror ? Après tout, elle avait tenté de reprendre contact, Jade avait fait le choix de ne pas répondre. Pensées mélangées, encore, qui envahissent l'esprit. Mal de tête.

- Je ne m'imaginais pas auror non plus, ni militaire, ni rien en fait, rien ne m'irait je crois, il fallait bien quelque chose.

Et pourtant, du point de vue de Jade, Shela était tellement capable de bien plus. Certes, être auror était louable. Agir pour le bien - normalement - d'autrui, pour la communauté et pour l'avenir. Mais tant de choses auraient pu lui convenir et moins l'écarter. Ne voyait-elle pas son talent ? Était-elle aveugle au point de ne pas voir les chemins qui auraient pu, pourraient encore, mener à de plus belles choses ? Tristesse que de ne pas savoir comment les lui montrer. Comment l'aider et aller vers ces choses. Incapable de dire quoi que ce soit, la blairelle se contentait de secouer légèrement la tête, incapable de croire à ce qu'elle disait. Elle avait tort. Il ne pouvait en être autrement.

- Tu es mon amie. Je ne t'ai jamais considérée différemment, mais je n'en ai pas été digne, alors j'imagine que c'est à toi de l'accepter ou non.

Un peu du baume au coeur. Il ne s'agissait que de mots, l'Italienne attendait de voir si les actes suivraient ensuite, si l'honnêteté primerait sur les difficultés. Et surtout, si elle n'allait pas fuir encore. A moins que ça ne soit le contraire, que Jade décide de fuir à son tour. Parce-qu'elle ne pouvait mentir, la fuite avait toujours été plus facile. Si on ne peut fuir sa vie, on peut au moins fuir ce qui nous fait peur. Dans son cas, c'était les sentiments. Mais pour l'heure, hors de question de fuir. De briser encore. Sans mettre de mot dessus, par pitié.

- Je ne voulais pas t'éviter en revenant mais c'est de toi que j'avais le plus peur.

Relever le regard, un peu piquée au vif. L'adolescente avait bien du mal à savoir de quelle façon elle était sensée interpréter ces mots. Était-elle si dure ? Si incroyablement injuste qu'on ne peut que l'éviter ? Et pourquoi était-ce plus dur avec elle qu'avec Keira par exemple, elle qui avait eu le privilège d'apporter son aide à Shela quand celle-ci en avait besoin alors que la préfète se contentait d'un silence profond. Était inutile. Encore. Vraiment, elle aurait voulu comprendre ce qui faisait tant fuir les gens. Ce qui leur faisait si peur et pourquoi elle se sentait si éloignée d'eux. Était-elle un ovni à ce point là ? A force, il était légitime de se poser la question. Doigts entremêlés, observés sans que ça n'ait de sens. Les mots ne venaient pas, il y avait trop à réfléchir sur ceux prononcés par Shela. Et d'autres étaient attendus à vrai dire. La vérité. Pas sur le passé, mais sur le présent. Sur ce qu'il y avait à construire désormais, sur les ruines laissées à l'abandon. Savoir si le ciment serait assez fort était plus difficile déjà. Mais comme beaucoup de choses, il était impossible de le savoir à l'avance. Une chose était seule certaine. Il lui fallait la vérité sur certains points, le plus important étant celui-ci. Pourquoi Shela avait-elle sciemment porté atteinte à sa vie ? Jade n'était pas bête, il fallait être aveugle pour ne pas avoir compris. Ou bien, ne pas la connaitre comme elle la connaissait. Et pour l'heure, les mensonges ne seraient ni acceptés, ni crus. La finalité était entre les mains de Shela.

- Je n'étais pas en danger.

Ça commence mal. Très mal. Réaction immédiate de la part de Jade qui fronça les sourcils. Vraiment, son amie pensait-elle que ce genre de mensonge pouvait passer ? Peut-être que ça n'était pas un mensonge, juste une façon de se voiler la face. Mais pas elle. Pas maintenant. Ce qu'il s'était passé avait été clair, bien sûr qu'elle pouvait être sauvée par n'importe qui dans la pièce, d'un simple coup de baguette il aurait été aisé de l'aider. Mais et si il y avait eu un couac ? Et même dans les faits, pourquoi s'était-elle proposée ELLE pour cet exercice ? Vouloir l'apprentissage par l'exemple n'était pas une excuse. D'autant que Shela savait à quel point voir sa vie mise en jeu pouvait perturber l'Italienne. Elle le savait, hein ? C'était logique tout de même. A moins qu'elle ait pensé que pour la blondinette, ça n'avait plus d'intérêt. Ridicule.

- Je ne vais pas bien.

Voilà qui est mieux. Et difficile à avouer aussi, Jade elle-même était incapable d'avouer quand elle se sentait mal. Quand plus rien n'allait et que c'était trop pesant. En soi, remercier Shela de se montrer enfin honnête, comme attendu. Mais d'un autre côté, lui reprocher intérieurement qu'elle n'en ait pas parlé directement plutôt que d'agir d'une façon aussi idiote. Facile de lui en vouloir alors même qu'elle n'avait pas répondu à l'appel, ou plutôt à la lettre. Pourtant, le sentiment premier prime. Plus facile de voir les erreurs des autres plutôt que les siennes, même si on les a dans la tête. Plus facile, que de les avouer.

- Si, tu étais en danger. Tu t'es mise en danger.

Voix un peu dure. C'était volontaire. Ce mensonge là n'était pas tolérable, parce-que même avec le sorcier le plus doué du Monde dans la pièce, se mettre en danger, qui plus est volontairement, n'est pas une bonne chose. Inspirer, puis se lever à nouveau, observer l'ailleurs quelques instants et puis se retourner vers l'auror.

- Croyais-tu sincèrement que je ne verrais rien ? Que je ne comprendrais pas ?

C'est fou ça. Est-ce qu'on la croyait vraiment si aveugle ou insensible ? Pourtant, elle avait montré le contraire depuis qu'elles se connaissaient. Jade croyait pourtant avoir fait comprendre ce genre de chose, ce genre de fatalité. Elle voyait les choses, à défaut de beaucoup parler, elle analysait énormément. Et ce n'était pas quelque chose qui pouvait se cacher aussi facilement qu'un simple souvenir. C'était la réalité, pas un rêve éphémère. Une réalité qui fait mal, mais qu'il est nécessaire d'aborder. Fais moi confiance, Shela.

- Je le sais. Que tu ne vas pas bien. Les non-dits sont ma spécialité.

Une simple regard au début de l'animation avait été suffisant. Le sort lancé à son encontre, lorsqu'elle s'était portée volontaire, n'était qu'un ajout par rapport à ce qui se voyait déjà. Mais en sachant que c'était là, ça ne suffisait pas. Il manquait quelque chose, un élément important pour que cette conversation ne soit pas vaine.

- Alors, explique moi pourquoi. Pourquoi tu ne vas pas bien.

Pas de "s'il te plait", parce-que ça ne lui plaira pas. Il est évident qu'évoquer nos faiblesses, ce qui nous touche, est souvent trop difficile. Si difficile qu'on préfère mettre ça de côté quitte à souffrir, plutôt que d'en évoquer les plus simples nuances. Mais l'Italienne s'était énormément dévoilée de son côté, alors il y avait un espoir, même faible, que Shela lui rende la pareille. Pour son bien. Pour leur bien.
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Re: Sur les bancs de Pré-au-Lard
Shela Diggle, le  Jeu 04 Avr 2019, 11:36

L'on se rétracte immédiatement lorsqu'elle appuie sur la plaie, comme une bête qui sortirait les griffes, montrerait les crocs. En écho à cette image, l'on s'est tendue, l'échine arrondie, le regard sévère. Cherchant à la dissuader d'aller plus loin, d'infliger plus de peine, puisque cela n'aurait aucun sens. Aucune autre sorte de futile parole ne changerait quoi que ce soit : aussi, elle exagérait. Pas vrai ? Artemis et Arty avaient été là, personne n'aurait laissé quiconque se blesser grièvement. Et puis ce n'avait pas été un but en soi. Une prise, peu importante, de risque, assurément mais l'on ne sert ce genre de paroles à d'autres. Le danger, concernant les joueurs de Quidditch, les chimistes, les aurors, les militaires, n'est pas abordé avec le regard le ton les gestes qu'a Jade, parce que l'on sait fort bien ce qu'elle imagine, et aussitôt que l'on a parlé l'on se referme. Le risque, pour ces gens, est vu comme un acte de bravoure, ou quelque chose d'un peu téméraire, cela impressionne, ou parfois déplaît mais jamais avec cette idée très présente de risque très anticipé très souhaité et plus qu'uniquement le risque. Et savoir cette pensée dans les yeux de Jade est répugnant.
L'on se pose la même question. Avait-on sincèrement cru qu'elle ne prendrait pas cela pour autre chose ? Ce n'était pas à visée d'un public, quel qu'il soit. Sentir, contre ses joues, que certains cheveux avaient durci et givré. Ce n'avait pas été de façon à se causer du tord, je crois. Mais d'avoir au cœur au corps des sensations qui font violence à ce désintérêt croissant, à ce vide cette peur - avec une certaine stupeur, se rappeler le crabe. De ça l'on ne pouvait lui parler, pas encore, c'est bien trop tôt, bien trop grand, déjà le reste est immense, lui jeter tant de choses au visage n'est certainement pas bon du tout. Il allait falloir, un jour, parce que de tout cœur, l'on souhaite tout lui confier et briser cette distance que l'on avait instauré.
Et puis et puis
lui prouver, aussi, que l'on avait confiance en elle, puisque c'était le cas.

Bien sûr qu'elle sait, qu'elle connaît. Elle fût celle qui eut la plus grande possibilité de m'observer, dans chaque état sur une échelle particulièrement longue, et qui le fit si bien. Avait-on, alors, espéré qu'elle ne voit rien, oublié qu'elle savait voir ? ou, plus simplement, pas estimé qu'il serait nécessaire d'avoir à s'expliquer. L'on était bien présente, sans aucune trace de l'événement sur le corps, il n'y avait eu de risque, l'on se répète, aucun risque. Un désir un peu téméraire qui n'aurait dû être salué que de quelques sourires amusés, rien de plus. Et l'on ne souhaitait affronter une réflexion plus poussée à ce propos, ni de ma part, ni de la sienne.

Parce que le crabe, parce que l'absence de sens, l'absence de soi, les difficultés financières, le retour à un monde sans sembler y avoir été réinvitée, pour être franche, bien que l'on ne personnalise en rien les matérielles affaires, et que l'on ne croit à aucune forme de destin. Le crabe, surtout, qui vient miner un terrain déjà peu amène, le crabe qui fait sauter toutes les personnes auxquelles l'on tient, auxquelles l'on tient plus que tout. Mais l'on se heurte au même mur : impossible de le lui présenter, pas maintenant, pas dans ce contexte là, d'abord l'on doit lui accorder le temps d'avaler tout cela, d'accepter ou non de rester. Ce serait injuste, si injuste, de lui déclarer maintenant qu'il y a un risque, un vrai, que l'on parte sans plus revenir, et que l'on ne puisse absolument rien y faire, alors même que l'on tente de gagner son pardon, regagner sa confiance, lui faire comprendre que le souhait de rester est réel, sincère. Je ne sais pas, Jade. Et c'était en partie vrai. Je voudrais essayer de me l'expliquer, de te l'expliquer, dans quelques temps, corriger, quelques jours, si tu le veux bien parce que souhaiter lui prouver que l'on veut être honnête, que l'on veut tout concéder, tout avouer. Par pitié, Jade, comprends qu'il y a besoin de temps. On va en crever.
Jade Wilder
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Jade Wilder, le  Jeu 11 Avr 2019, 23:24

Une sensation étrange avait envahit le corps de Jade. Quelque chose d'indescriptible, un mélange peu habituel de sentiments, de craintes et de douleurs. Ses paroles suivaient ses pensées sans en avoir l'exact chemin, parce-que ça devenait toujours plus dur ou plus amer une fois lâché. Sans doute parce-qu'elle était amère. Furieuse. Perdue.

Bien sûr, l'adolescente était heureuse de revoir son amie. On ne pouvait le nier et ça se voyait. A vrai dire, elle avait l'impression de jongler entre les mots durs et les mots doux. Comme une balance qui ne peut choisir de quel côté se fixer. Ça lui avait coûté cher dans d'autres situations, à croire qu'elle n'apprenait pas. A croire que l'excuse "C'est Shela" était véritablement suffisante. Doute. Infime mais présent mine de rien. Après tout, c'était une femme comme une autre. Une autre qui à tout moment, pouvait partir. Elle l'avait fait. Pourquoi s'accrocher à l'idée qu'une personne pouvait être différente ? Non, elle n'apprenait décidément rien. Croire, encore et toujours, que des bonnes choses suivraient forcément. Suivre, ce fameux dicton comme quoi "La roue tourne" alors qu'on peine à avancer à cause de cette roue qui tourne toujours dans le même sens. Et on avance. On essaye d'avancer. A contre-courant. Contre la vie elle-même.

Et alors, qu'est-ce qui faisait si peur ? Qu'est-ce qui l'avait tant paniquée, tant mise en rage ? N'importe qui pouvait dire ce qu'il voulait, l'adolescente ne pourrait croire qu'il n'y avait pas eu danger. Faire confiance à un auror qu'elle connaissait à peine et à un autre, connu cette fois pour son incapacité à agir quand il ne s'agit pas de conneries diverses et variées ? Non franchement, hors de question de remettre la vie de Shela entre ces mains là. Il y avait les autres préfets, à la limite. Ulysse avait parfaitement agit - d'ailleurs elle devrait penser à le remercier une fois l'esprit un peu dégagé. Mais elle. Elle, elle n'avait rien pu faire. Rien su faire. Et en plus de l'inquiétude était née la rage, colère grandissante que de se sentir encore une fois incapable dans une telle situation. Incapable de sauver quelqu'un qui est si cher à son cœur. Comment ne pas se sentir impuissante dans cette situation ? Comment ne pas s'en vouloir et par ricochets, en vouloir à la Terre entière ? Ce n'était pas dans ses habitudes de montrer ce genre de chose. Juste cette fois. Une fois de trop, mais au moins une fois qui avait amené à la discussion. Oh ne vous y trompez pas. La blondinette félicitait son excès de colère, pas l'évènement en lui-même. En observant Shela, en ne la lâchant pas du regard, constater les faits: elle ne pourrait avoir toutes les réponses. Pas pour le moment. Peut-être jamais. Et si son esprit se rendait à l'évidence, son âme et son coeur refusaient catégoriquement de s'y résoudre. L'attente est une dureté que les autres ne pouvaient comprendre, pas quand ils se trouvaient du bon côté de la bataille. Alors qu'elle, perdait toujours.

- Je ne sais pas, Jade.

Réponse prévisible. Forcément frustrante mais pas tant que ça tellement elle l'avait sentie venir. On sait rarement réellement pourquoi on va mal. Il y a des évènements forts, certes. Mais parfois il y a tant de choses qui s'accumulent qu'on ne peut donner un nom à cet amas informe. On essaye juste de guérir. Comme on peut. Comprendre et accepter, c'est différent. Et si la première étape était franchie, Jade allait devoir travailler sur la seconde. Car quelque chose lui échappait, elle le voyait, le sentait. Pourtant, elle était parfaitement incapable de toucher du doigt le problème. Des dizaines de possibilités tournoyaient dans sa tête, à commencer par cette chose, un jour révélée dans une salle de classe où aucun cours n'avait lieu. Est-ce que ça avait un lien ? Comment le savoir si la principale intéressée ne sait pas elle-même...

- Je voudrais essayer de me l'expliquer, de te l'expliquer, dans quelques temps, corriger, quelques jours, si tu le veux bien.

Soupir à peine prononcé, juste présent par une légère volute de fumée. Le temps. Tout le monde demande du temps, mais du temps elle n'en a pas. Les gens pensent toujours qu'on a tout le temps pour avouer, aimer, vivre simplement alors que c'est faux. N'importe quoi peut arriver. Pourtant, ce que demandait Shela ne semblait pas négociable. Elle-même n'avait pas envie de négocier. Là dehors, elle avait tant insisté. Bien plus qu'elle ne l'avait jamais fait. C'est seulement à cet instant que la blairelle ressentit ce fardeau, ce poids si lourd qu'on perçoit quand on a l'impression d'avoir couru un marathon. Il ne s'agissait que de questions, mais elles signifiaient tellement que ça avait toute son importance. Elle prenait trop les choses à cœur, preuve en ce jour, encore. Est-ce mieux que de ne rien ressentir ? A plusieurs reprises, la jeune fille s'était dit que oui. Qu'elle aurait aimé ne plus avoir ces sentiments qui font plus mal qu'autre chose. Tellement plus facile, mais aussi totalement inaccessible. Dommage. Tout ce qu'elle avait alors, c'était une Shela en mode mea culpa, qui n'avait pas toutes les réponses pour apporter une véritable paix. Même avec les plus grands récits, la paix aurait été difficile de toute façon, voilà la vérité. Mais cette même amie était aussi visiblement frigorifiée et qu'elle le veuille ou non, Jade faisait passer ça avant le reste. Avant sa propre tranquillité mentale. Avant sa colère et sa tristesse. Avant tout.

- D'accord.

Renoncement. Pour l'instant. C'était presque difficile de prononcer ce simple mot, mais il fallait bien passer par là. Peut-être que les réponses finiraient par arriver, un jour. Une dose d'espoir dont elle ne voulait pas, mais qui s'implémentait malgré tout. Comme quoi, elle n'apprenait jamais. Définitivement.

Silence. Peu apprécié alors. Il fallait faire quoi maintenant, dire au revoir ? Non, pas maintenant. Inviter à retourner dans un bâtiment quelconque ? Non. Ça invitait à la discussion et elle ne savait pas quoi dire désormais. Pas sans revenir à ce sujet qui restait tabou jusqu'à nouvel ordre. Et puis, elle ne saurait pas où l'emmener à part l'Occamy Doré. Souvenir soudain, d'une chose qui l'avait frappée. De plusieurs choses en fait. Shela était là, ce soir là. Le soir où elle avait chanté pour la réouverture. Pourquoi était-elle en ces lieux alors ? Pour elle, ou pour la soirée ? Ou pour autre chose... Les lèvres brûlent et si l'on ne pouvait ni fuir, ni insister sur un sujet, un autre était tout trouvé.

- J'ai une autre question.

Après tout, elles étaient dans les révélations, autant poser les questions qui trottent dans la tête. Libérer les images qui défilent et questionnent sur leur origine. Une inquiétude aussi, latente, qu'on ne saurait prononcer. Il fallait trouver les mots, c'était l'étape la plus compliquée.

- Tu étais là, l'autre soir. A l'Occamy Doré.

Un début, il en fallait bien un. Il était plutôt facile, alors que la suite s'avérait plus compliquée. Allez, on se lance.

- Est-ce que... ce "mal" a quelque chose à voir avec Kathleen Gold ?

Pas qu'elle en soit responsable. Non, Kathleen ne pouvait pas être quelqu'un de mauvais. Enfin, ça c'était généralement ce que l'adolescente pensait de ceux avec qui elle sympathisait avant de réaliser la vérité. La plupart du temps, il ne s'agissait rien de plus que de mensonges. Ou d'un attachement qu'elle était seule à ressentir aussi fort. Peut-être était-ce le cas pour Kathleen aussi. Mais leur comportement ce soir là avait été suspect et les avaient naturellement liées, même alors que Jade n'avait jamais entendu le nom de l'autre dans la bouche de l'une. Et en soi, tout cela ne la regardait pas. A voir si c'était une bonne ou une mauvaise chose que de ne plus avoir de filtre pour une journée.
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Re: Sur les bancs de Pré-au-Lard
Shela Diggle, le  Sam 13 Avr 2019, 14:38

Elle laissât comme un gouffre avant de reprendre la parole, aussi l'on eût tout le loisir de craindre une absence de volonté de comprendre, de craindre un départ, parce qu'elle n'aurait pas saisi le souhait de vouloir le lui dire, sans vraiment le pouvoir. Et l'on secouait déjà la tête, incapable cette fois de faire en sorte d'enjoliver les choses ; il n'était possible de le lui dire, pas maintenant, pas déjà, pas à peine  que l'on venait d'entamer la longue route pour reconstruire ce que l'on avait à moitié déchiré. Aussi c'est sincèrement soulagée que l'on apprend son acquiescement ; peut être était-elle sceptique, peut être avait-elle peur de ne jamais entrevoir la suite, mais elle avait accepté de faire confiance, et de laisser le temps - oh, qu'il allait devoir être nécessaire. Ce n'est pas la même bravoure qui est demandée lorsque l'on annonce ce genre de nouvelle à un collègue, aussi affectionné soit-il, et à une relation longue durée. Parce qu'elle aurait connu l'avant, la Shela dépourvue de crabe et pas tout ce que cette nouvelle présence implique désormais. Parce que les neuves personnes peuvent encore avoir le loisir de choisir, rester ou non, il y a il y a, clairement toutes les conditions, mais une vieille amie peut-elle réellement refuser ? tirer un trait, disparaître, certes, mais jamais sans larmes et culpabilité. Et l'on aurait voulu qu'elle puisse ne pas avoir cette culpabilité, si elle choisissait de partir ; mais, égoïstement, l'on voudrait qu'elle ne s'en aille jamais.

Un autre silence suit cette annonce, mais celui-ci n'est pas aussi lourd de conséquences pour soi. Peut être faudrait-il parler. Après tout, lui laisser toute la place ne veut pas dire que l'on ne peut lui offrir de quoi s'exprimer. Alors que l'on allait, un peu allégée, lui demander de ses nouvelles à elle, voilà qu'elle signale s'interroger sur autre chose. Un peu tendue, hocher le menton afin qu'elle poursuive. Rien ne me semblait pire que ce qui fût déjà passé, mais une certaine angoisse demeurait, celle de l'acte oublié, qu'y avait-il eu d'autre ? quel autre trouble avait été semé, et auquel pensait-elle exactement ? Lorsque l'Occamy tombe, l'on fait danser les doigts, mal à l'aise. Elle allait probablement demander si l'on y avait été pour elle - après tout, Jade y étant par professionnalisme, son nom avait dû figurer sur des affiches pour attirer du monde. Elle devait espérer que l'on y avait mis les pieds pour la rencontrer et allait poser la fatidique question ; pourtant tous les signes avaient été contraires. La surprise ayant fait se briser le verre avait été sincère, aussi, l'on avait tenu à respecter l'absence de réponse par lettre. Il n'avait pas été question de l'approcher.

Mais la question qui tombât prit de court : à aucun instant ne fût suggérée cette possibilité là. Que venait donc Kathleen faire là ? Et surtout, surtout, rien n'augurait qu'une chose positive entrât dans la conversation. Car l'interrogation de Jade parût extrêmement décalée, illogique ; parmi tout les maux qui furent évoqués, et ceux encore tus, voilà bien la seule chose que l'on pouvait appeler de belle. Quoi ? Non ! fût l'expression de la vive sincérité, celle qui fait se mouvoir les lèvres avant que l'on puisse bien réfléchir. Tu connais Kathleen ? Parce qu'en voilà une information étonnante. On les avait effectivement aperçues ensemble, mais ce souvenir ne vint qu'ensuite. Et cela ne permettait pas de savoir à quel point elle la côtoyait. Le visage s'est un peu apaisé, et l'on regarde, sans tout à fait s'en rendre compte, plus souvent le visage de la jeune femme que le paysage alentour. Un peu plus doucement non, aucunement. C'est absolument l'inverse. Je pense que l'on peut dire que nous sommes... plutôt proches ? Ne trop savoir comment décrire encore cet échange là.
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