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Harry Potter 2005 :: ~¤~ Autres Lieux Magiques ~¤~ :: A l'étranger
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[Habitation] A l'ombre des tilleuls
Luke Belt
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[Habitation] A l'ombre des tilleuls

Message par : Luke Belt, Lun 8 Mai - 18:52


_________________________________


Voici l'habitation (Très grand manoir) d'Asclépius Underlinden.

Il peut poster dès à présent.


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Asclépius Underlinden
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Re: [Habitation] A l'ombre des tilleuls

Message par : Asclépius Underlinden, Mar 9 Mai - 13:38




À l'ombre des tilleuls


Si jamais un voyageur, touriste ou arpenteurs de chemins, s’aventurait dans les beaux Länder allemands, il finirait, à force de remonter vers le Nord, par pénétrer dans celui du Schleswig-Holstein, qui fait la frontière avec le Danemark. Un paysage varié, mais rappelant de plus en plus le plat pays hollandais à fur et à mesure que l’on se rapproche de la mer, bien que l’on puisse discerner, parmi les substances aqueuses et salées, quelques végétaux concentrés, formant des forêts éparses, mais toujours touffues. En s’engageant dans une de ces forêts, l’on finit par parvenir à une sorte de lac pourvu de roches dans l’eau, avant que la forêt ne reprenne ses droits. Et dans cette frontière entre l’eau et le végétal, sur une roche plus solide, plus haute, en petit bout de terre qui servait de pont, de point de passage, se trouve un château, autrefois présent en Grande-Bretagne.
Ce château est le domaine de la famille Underlinden, érigé en des temps où les seigneurs s’établissaient dans des abris de pierres et de fortifications. Des fondations médiévales, en bases romanes : une bâtisse forgée pour durer, avant de planter des tilleuls aux alentours, histoire de rappeler le blason autant qu’on le pouvait : que les racines investissent la terre, et les feuilles, le ciel.

Au fil des siècles, l’aspect du château changea : oscillant entre les styles architecturaux de l’époque, qui venaient s’ajouter à ceux déjà en place : classique, gothique, moderne… Jusqu’à son déplacement au début du XIXe siècle, au Scheswig-Holstein. Quelle chance d’y avoir retrouvé un lac !
Fort de cette isolation, les seigneurs du tilleul vivent reclus, quasiment en auto-suffisance avec les deux-trois fermes se trouvant non loin sur les terres. Si la sociabilité ne les a pas étouffés, la pression de ces pierres antique s’en chargera.

Salle de réception, salle de bal, cuisine et salle à manger au rez-de-chaussée. Chambres pourvues de salles de bain à l’étage. Parfois des bureaux, des bibliothèques, une salle d’art… Dans une tour, la grand-mère, son télescope géant sur un rempart, et un orgue pas loin des douves. Une cour intérieure, une petite serre, une écurie et le reste de la forêt, avec un ruisseau courant non loin.
La décoration est sobre, presque austère, avec parfois des tapisseries, des tentures, des tableaux de famille, des cheminées, des lustres ou des pots de fleur. L’on semble retenir son souffle dans ces couloirs vides, ou l’on ne croise jamais personne.

Il y fait froid, dans le château, à force d’entretien. Dans ce vestige d’une gloire passée, les habitants font figure de mollusques, coincés dans une coquille devenue trop écaillée pour eux : trop austère, trop vétuste, trop exiguë… Chacun cherche à s’en aller, et y parvient en décorant ses quartiers selon son goût propre.

Il n’y a quasiment jamais de visiteurs dans le domaine, et le châtelain demeure enfermé dans son bureau à sept verrous. La châtelaine est constamment en voyages au Sud de l’Europe, le fils aîné avec sa femme, investit les lieux autant qu’il le peut, le fils cadet est marié à sa fonction de magenmage, la grand-mère est perdue entre sa tour et les remparts, le grand-père cherche sa gloire dans sa bibliothèque, la tante reste dans son cabinet, l'oncle travaille la terre et le cousin déambule dans son fauteuil.
Et dans cet enchevêtrement de mœurs et de styles architecturaux, Asclépius tentait de vivre par et pour lui-même.



Y a qui ? Des PnJ consanguins et de vieux vêtements pour habiller les épouvantails.
Y a quoi ? Des toiles d'araignées (beaucoup)
Et c'est protégé ? Tintouin protecteur habituel des grandes baraques :
- Maléfice Antitransplanage
- Charme du Cridurut
- Sortilège Repousse-Moldu
- Sortilège de Repousse-Maléfice
- Sort d’Impassibilité
On peut s'incruster ? Yep, seulement si l’on ramène à boire
On peut faire de l'aqua sombral dans les douves ? Peut-être
Y a à grailler ? Toujours ; mais seulement la Pana Cota de l'oncle

©Ebou


Dernière édition par Asclépius Underlinden le Lun 17 Juil - 22:59, édité 4 fois
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Asclépius Underlinden
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Re: [Habitation] A l'ombre des tilleuls

Message par : Asclépius Underlinden, Jeu 11 Mai - 15:29



[RP unique]

L’horloge murale, de son « Tic-Tac » impérieux, délimitait chaque seconde de cet espace-temps. Le temps lui était assujettit, plein et entier, et le seul être vivant de cet espace d’antichambre, suivait ses directives, sa course des minutes, avec une dévotion de vestale. Il était debout, de sa hauteur de squelette rapiécé, bougeant maladroitement d’un pied à l’autre, pour répartir le poids de son corps d’une façon plus ou moins égale. Ne pas trop s’appuyer sur la cheville droite, à cause de l’accident de ses seize ans. Ne pas trop s’appuyer sur le genou gauche, à cause de l’acide qui lui avait rongé cette partie-là du corps, en septième année, quand Poudlard fut attaqué. Ne pas triturer ses doigts, car il en manquait un, à cette main désormais recouverte d’un cuir sombre. Ne pas se curer le nez de la main restante, ce n’était pas très élégant, et les tableaux semblaient le surveiller. Même s’ils n’étaient pas animés, ceux-là, mais ils le mettaient mal à l’aise : ils étaient inquisiteur. Que venait-il faire dans l’antichambre de sa mère ?
Eh bien, attendre sa mère.

Une autre minute passa, tandis qu’il observait la porte de bois, tranquille, quasiment atemporelle, même si elle ressemblait à toutes les portes de bois de ce château. Sauf que ce n’était pas n’importe quelle porte en bois : c’était celle qui menait à la chambre de sa mère, pas celle de ses parents. Ils avaient cessés de partager le même lit après leur nuit de noce, semblait-il. Ou après que lui ait été conçu. Il ne savait pas. Ce n’était pas des choses qui se demandaient, en faisant preuve de décence et de dignité. Et la décence et la dignité, il n’en avait pas beaucoup, malgré son orgueil.
Il patienta encore.

Il ne savait ce qu’il faisait là, comme un idiot, à attendre debout, snobant le canapé réservé à l’attente. Ou alors, il pourrait s’asseoir sur le rebord de la fenêtre, qui donnait vue sur le lac. Mais, non. Il restait debout, par pure décence, dignité et orgueil, parce qu’il était capable d’attendre debout. Mais attendre quoi ? D’avoir suffisamment de courage pour toquer à cette porte ? Non. Ce serait stupide et inutile : personne ne lui répondrait. Sa mère n’était pas là. Elle n’était pas encore rentrée de son voyage. Peut-être même ne rentrerait-elle pas. Il était à chaque fois surpris, de la voir revenir. Qui voudrait revenir dans ce sinistre château, après l’avoir quitté ? Qui voudrait prendre ses repas, en compagnie de l’être le plus détestable sur cette terre ? Qui voudrait revenir, si c’était pour se conformer, à son retour, aux longs rituels de l’ennui, qui jamais ne s’arrêtaient ?
Lui-même se demandait bien pourquoi il continuait de revenir dans ce château. Alors qu’il n’était même pas à lui, alors qu’on lui faisait bien sentir qu’il n’y était pas le bienvenu : comme s’il n’était qu’un paria, un parasite, qui ne faisait qu’embêter ses hôtes à longueur de journée.

Il se dandina encore, puis lança un regard mauvais à un tableau qui semblait le dévisager avec un peu trop d’insistance.
Paranoïaque, lui ?
Non. Juste que ces fichus ancêtres dépeint en nature morte animée étaient tous à la solde du châtelain : Siegfried Underlinden. Son géniteur, on pourrait dire. On pouvait l’appeler ainsi, puisqu’il ne l’appelait « Père » qu’en public. Ou pas, d’ailleurs, puisqu’il ne s’adressait pas à lui : il se contentait de répondre docilement, quand on lui posait une question.

Il soupira, se trouvant ridicule. Il ferait mieux de repartir dans sa chambre. Ça ne servait à rien de jouer au chien battu, à attendre qu’on lui ouvre la porte, pour lui donner à manger et des caresses : il n’avait pas faim, et ne supportait pas le contact humain.
Alors que cherchait-il ?

C’était de nouveau faire preuve d’orgueil que de répondre ainsi, mais il ne cherchait que la vérité. Il voulait qu’on réponde, à une question qui l’empêchait de dormir la nuit, qui lui donnait la chair de poule et le cœur lourd en y repensant. Une question qu’il n’avait jamais cessé de se poser, depuis qu’il avait été en âge de penser.
Une question pour pouvoir raconter son histoire au chat sauvage, et assumer de pouvoir suivre les pas écorchés du caméléon.

Oui, il était là pour grandir, avec le « tic-tac » en arrière-plan. Il était là pour mûrir, apprendre, enfin, l’indépendance vis-à-vis de tout cela. Si ça ne partait pas de lui… Il ne s’en sortirait jamais. Personne ne viendrait l’aider, alors à lui de faire le premier pas. A lui de s’assumer, en tant qu’être à part entière.
Il lui fallait cesser d’être une victime. De briser cette image d’être faible qui lui collait à la peau, parce qu’il n’était qu’un trouillard sensible.

Les sourcils froncés, pour se donner plus de contenance et de courage, il prit la poignée de la porte en bois, avant de la tourner, et de pénétrer dans la chambre de sa mère. Sans jeter un regard aux portraits offusqués, il referma la porte.
Face à lui, un paravent, masquant une armoire. Un peu plus loin, un secrétaire, un lit d’une taille respectable près de la fenêtre, aux rideaux tirés. Un miroir, un peu plus loin, avec un nécessaire à coiffure et à maquillage. Et lui, les pieds sur le tapis, dans cette chambre assombrie, où dominait en temps normal, les couleurs clairs de la décoration.

Il respira peut-être un peu plus fort que ce qu’il n’aurait souhaité, démontrant ainsi son anxiété. Voilà, il y était. Que faire maintenant ? En quoi attendre ici serait différent que d’attendre dans l’antichambre ? En plus, maman ne serait certainement pas contente d’apprendre qu’il était entré dans sa chambre sans permission… Elle avait absolument horreur, qu’il fasse des choses sans permission, et par-dessus tout, qu’il s’incruste dans sa vie privée.
Il n’avait aucun droit d’être là. Peut-être était-ce pour cela qu’il ne tira pas les rideaux, et n’alluma pas les chandelles ? Ou alors, aimait-il juste la compagnie rassurante de cette douce pénombre artificielle ? Difficile à dire au vu de la forme choisie pour cette narration.

Un nouveau soupire lui échappa, un qui ne venait pas se calquer sur le rythme languissant de l’horloge, comme si elle essayait de faire s’étirer le temps, dans cette pièce interdite, qui sentait le lilas, en toute saison… Ce sont les fleurs préférées de maman, et son elfe se charge d’apporter des bouquets frais à chaque fois que sa maîtresse revient de voyage… Un bouquet dans un vase de cristal se tenait joliment sur une commode, un petit napperon en dessous pour éviter d’abimer le bois du meuble. C’est que maman devrait rentrer bientôt : on n’allait pas apporter de nouvelles fleurs et changer la literie pour quelqu’un qui n’était pas là… Quoique les Underlinden sont tellement enferrés dans de drôles de rituels, que ce ne serait pas étrange si quelqu’un venait à s’occuper des chambres des morts, pour faire croire qu’ils vivaient encore.
Asclépius se fit la promesse silencieuse de ne jamais tomber dans ces travers, et son regard fut attiré par un tiroir entrouvert de la commode. Sûrement un oubli de l’elfe : elle se faisait vieille. Et lui, était curieux, et avait déjà franchi l’interdit en entrant dans cette pièce : alors autant boire le calice jusqu’à la lie, pousser le vice jusqu’au bout, et autant de métaphores chrétiennes qu’il pouvait trouver pour parler de son péché, alors qu’il n’était pas même croyant. Drôle d’étrangeté, même si c’était redondant.

D’une main hésitante, il commença à tirer le tiroir, dévoilant le contenu de ce dernier : des bas, des collants. Des habits de maman. De ceux que l’on porte sous la robe, mais en différent… En plus… Féminin. Un peu plus genré dans le choix des matériaux, de la forme, du toucher… De ses longs doigts squelettiques, il en tira un, le dépliant petit à petit dans ce geste ascensionnel, avant de porter la douceur du tissu contre la peau de sa joue, puis de ses lèvres.
Ça sentait la lessive familiale et le doux parfum de sa mère…

Lentement, il caressa la texture du collant, appréciant le contact sensible, découvrant avec une certaine joie cette douceur oubliée… Et peu à peu, l’image de sa mère s’évanouit pour laisser place à une nouvelle image : la sienne. Il ne voulait pas que ce collant soit à sa mère, mais à lui, qu’il puisse porter ce vêtement… Il avait envie d’essayer, de voir l’effet de cette texture venir envelopper doucement, tout doucement, sans précipitation, ses orteils, puis son pied, sa cheville, courber le talon, et remonter le long de la jambe… La peau de sa main caressant celle du genou, de la cuisse, tandis qu’il remonterait le vêtement, qui épouserait, petit à petit, la courbe de son anatomie… Passer le genou, remonter la cuisse, jusqu’à la taille…
S’arrêter, serrer le tissu, en pensant à ce qu’il y avait à l’aine. En songeant que ça serait disgracieux, que ça ne pouvait épouser le vêtement tel qu’il était, que ça ne lui rendrait pas justice… Que ça ne pouvait être beau.

Et son rêve éveillé cesse lorsque d’un geste de baguette, les rideaux furent tirés. Les mains crispées sur le vêtement tâchèrent de se détendre, afin de ne pas abimer le tissu, tandis que le garçon se tournait, le visage impassible, face à celui de sa mère, qui dépeignait lui un léger agacement. Voire, une sorte de répulsion, à trouver ainsi un intrus dans sa sphère intime.

« - Que fais-tu là ?

Voix sèche. Le collant glissa d’entre ses doigts, presque à regret.

- Je… Je vous attendais… Hésitation de l’enfant pris en faute.
- Eh bien je suis là maintenant, tu peux partir. Tu sais très bien que je n’aime pas que l’on rentre dans ma chambre. »

Il baissa la tête, repoussa le tiroir de la commode, lançant presque un regard de regret à ce moment désormais évanoui. Suivant le rythme imposé par l’horloge, il se dirigea vers la sortie des appartements de sa mère, mais s’arrêta au battant de la porte, dans un entre-deux incertain… Tandis que lui-même hésitait…
Puis, se rappelant ses résolutions, il souffla sa question, incertain, craintif… N’osant se retourner pour faire face à la personne qu’il estimait le plus au monde :

« - Dites… Vous… Vous m’aimez… ?

Un soupire agacé.

- Cesse de faire l’enfant, Asclépius, c’est épuisant. »

Pinçant les lèvres, il acquiesça et fit quelques pas, qui l’emmenèrent de nouveau dans l’antichambre. Au dernier instant, il se retourna, voulut parler, encore, mais resta muet face au regard de sa mère, qui lui ferma la porte au nez.
Fautif, il baissa la tête, et quitta les lieux, sous le bruit rieur de l’horloge.
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Asclépius Underlinden
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Re: [Habitation] A l'ombre des tilleuls

Message par : Asclépius Underlinden, Lun 28 Aoû - 20:00


PV - Kohane Van Dort
Ambiance


Une boucle, puis remonter, puis encore une. Serrer, jusqu’à s’étouffer. Bien enserrer le nœud de cravate autour du col de chemise, rabattre le col montant du blanc tissu pour ensuite enfiler sa robe couleur taupe. Pas besoin de cape, il ne sortait pas. Ne risquait pas de pouvoir sortir, avant quelque temps, étant donné que le simple fait de sortir, serait une fuite… Une libération…
Il soupira en ajustant les plis de son vêtement, boutonnant les manchettes du mieux que son amputation le permettait, puis se recoiffa, tentant de discipliner quelques bouclettes rebelles… Avant d’abandonner. A moins d’y appliquer une dose extrême de Lissenplis, sa masse bouclée, nid d’accueil ordinaire de plusieurs araignées, ne saura être disciplinée. Ça devait être à cause de l’humidité, ça. Fichus infiltration, fichue inondation. Inondation qu’il avait dû payer de sa poche, en plus. Ça et la plupart des préparatifs de ce mariage… Quoique c’était deux choses différentes. Réparer les dégâts causés par l’inondation, ça avait été pour le punir. De quoi ? Il avait oublié, ça lui était passé au-dessus des bouclettes. Les préparatifs, par contre… Il avait fermement refusé de se faire assister financièrement parlant. Orgueil ? Dignité nobiliaire ? Pourquoi s’embêtait-il à entretenir le mythe familial alors que cela faisait presque deux siècles qu’ils signaient des chèques en bois ?

Jurant, il lança sa brosse à cheveux qui partit briser le miroir sur sa commode. Saleté de mariage ! Saletés d’obligation ! Pour les corvées et les besoins financiers, on savait où le trouver, mais alors, pour le reste… Bon sang ! On le vendait à des bourgeois et pas un n’était même fichu de le remercier ?
Rageur, il répara le miroir d’un sort avant d’enfiler ses gants, n’ayant pas particulièrement envie qu’on lui fasse une remarque sur son membre manquant. De toute façon, il n’aurait pas répondu.

Avisant l’heure sur son horloge murale, il quitta sa chambre en un claquement sec, faisant sursauter les tableaux alentours. Il avait probablement dérangé quelques augustes Underlinden pendant leur sieste mais…
L’odeur du tilleul commençait à l’écœurer.

Sans plus de cérémonie, il dévala les marches du grand escalier principal, avant de bifurquer pour se rendre dans le Salon des Courtoisie au premier étage. Différent du Salon de Réception au rez-de-chaussée, ce dernier était réservé aux invités de marque, aux affaires importantes.
Et qu’elle affaire importante il y avait ce jour-là !

La signature d’un contrat de mariage. Le sien.
L’échange et la vente de deux enfants s’étant promis de se soutenir face à l’adversité que consistait leurs familles respectives.
Il s’y était résigné, depuis trois ans qu’il était fiancé.
Mais…
L’amertume ne l’avait jamais quitté.
Au moins, il savait qu’avec Kohane, il ne serait pas seul. Il aurait une alliée à son côté.

Et qu’à force, peut-être… Il pourrait renverser ces rituels écœurants et archaïques.
Plus tard…

Pour le moment, il attendait, en compagnie de sa mère, de la mère de sa mère, de son père et du père de son père, l’arrivée des Werner-Von Sacht par la cheminée du Salon des Courtoisie.

Tic Tac faisant le grand pendule.

Et, rongeant son frein, il se promit de ne jamais, jamais, jamais être à la merci de cet argent si problématique. De ce moyen d’échange que bon nombre d’hommes ne savaient appréhender.
Lui, ferait différemment.
Il trouverait un autre système.
Mais ça…
Plus jamais !
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Kohane Werner
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Re: [Habitation] A l'ombre des tilleuls

Message par : Kohane Werner, Ven 1 Sep - 11:49




Monsieur Everglot Ange

Le dos droit et raide, assise sur son imposant fauteuil, Magda Von Sacht attend. Elle a un air pincé aujourd'hui. Le masque des grands jours, des jours officiels, des jours où il ne faut pas se rater. Corsetée dans sa robe stricte, elle se sent plus prête que jamais. Chapeau élégant, gants recouvrant soigneusement les mains, bijoux à la fois clinquants sans trop d'excès, elle s'est longtemps préparée à cette entrevue. Elle a l'impression de retrouver sa jeunesse. De retrouver ce moment si important d'une rencontre qui va sceller tout un Destin. Elle se rappelle parfaitement la fois où, elle-même a rencontré sa belle-famille. Elle s'y était préparée toute la journée durant. S'assurant que chaque détail soit poli et bien à sa place. Elle ne savait pas bien si les Werner étaient au courant, pour son sang sorcier. Elle ne savait pas trop ce que Rudolf avait dit à sa famille. C'était la grosse angoisse du moment.
Aujourd'hui, c'est bien différent sans trop l'être. Même si elle n'occupe plus la même place qu'hier -elle a désormais le rôle de la matriarche et non plus celle de la fiancée intimidée- elle sent tout autant la tension et la pression de cette journée qu'elle prend très à cœur. Les enjeux sont importants !
Debout derrière son fauteuil, Rudolf Werner ne bouge pas. Il attend dans le silence le plus complet. Pour peu, on le croirait mort foudroyé dans ce vaste salon muet.
Walter Werner, fils unique du couple, fait les cents, les mains dans le dos. Il paraît tendu. Alors que son épouse Ariana est adossée à un mur, discrète, presque invisible.
Personne ne parle.
Tous attendent.
Au rythme du tic et du tac intarissables.
Les volets sont tirés, il fait sombre dans le salon. Tous sont prêts au départ.
Les doigts de Magda tapotent impatiemment l'accoudoir de son fauteuil.

-Walter ! Que fais donc ta fille ?
-Elle va arriver, mère, elle va arriver. Elle voulait passer voir sa cousine. Mais je lui fais confiance ; elle va arriver.

Malgré la supposé confiance, Walter n'en reste pas moins tendu.
Et la danse de l'ours en cage continue.
Au rythme des inlassables tic et tac.


- - - - - - - -



-Sarah ! Mais c'est tellement trop horrible, j'ai peur, moi, d'y aller ! J'ai vraiment, vraiment pas...aïeuuuuuh !

J'entends le soupir profond de ma cousine alors qu'elle suspend un instant la torture brosse à cheveux.
Je vois son reflet dans le miroir qui me regarde d'un air à la fois compatissant et impuissant.

-Si tu arrêtais de gigoter, je te ferais moins mal, me dit-elle pour toute réponse. Depuis combien de temps tu n'as pas brossé ces cheveux ?

Haussement d'épaules.
J'en sais fichtre rien.
Disons que je ne me préoccupe pas tellement de ce genre de chose. Y'a quand même des trucs plus importants, dans la vie. Comme... bah vivre, tout simplement. Et on peut le faire sans avoir besoin de se brosser les cheveux.
Malgré tout, la voilà qui reprend son ouvrage.

-Allez, un peu de courage, tu es une Gryffonne ou pas ? Tu en as vu des bien pires.
-Oui, mais ils font peeeeeeur.
-Tu les as jamais rencontrés...
-Mais ils font peur quand même !

J'ai l'impression que cette épreuve est pire qu'un condensé de tout ce que j'ai vu jusqu'ici. Réunissez le masque rouge aux 3B, la folle sans nom de Pré-au-lard,la vision macabre de la femme à la gorge tranchée au milieu de la neige, le monstre d'Halloween et l'inconnue de Londres, vous resterez en-deçà de la terrible épreuve qui m'attend.
Mais bon... comme le dit Sarah, je suis une Gryffonne. Je peux le faire !
Puis, c'est quand même rassurant de se dire que face aux regards flippants et inquisiteurs de ce que l'on nomme parents et grands-parents, je ne serai pas seule. Au moins, Asclépius sera là. Etonnant que je me dise ça, d'ailleurs. D'en arriver presque à remercier n'importe quel divinité ou Merlin en personne de sa présence. Suivant les jours ou les situations, il peut être une présence agaçante ou rassurante. Insupportable ou réconfortante.

-Et voilà !

Simple déclaration qui signale que le travail -et la torture- est terminé.
Des nattes élégamment relevées, tenues par une pince au motif floral. Je ne me reconnais plus dans le miroir. J'suis même pas sûre que ce soit moi, voyez.
Je ne me serais jamais coiffée ainsi. En fait, je ne me serais sans doute pas vraiment coiffée. Mais Sarah a insisté : c'est pas tous les jours un si grand jour! Et, par Merlin, fort heureusement !

-T'es sûre que tu veux pas que je fasse quelque chose pour tes cernes ?
-Nah !

Laissez donc mes cernes en paix, les gens.
J'ai fini par m'y habituer. Elles font parti de moi. Au moins, par elles, j'ai encore un truc à reconnaître de ma personne. Au moins, là, en me regardant dans le miroir, je me dis que, finalement, c'est toujours moi. Avec des cheveux relevés.
Un coup de baguette de la part de Sarah et la brosse à cheveux va se ranger toute seule dans le tiroir alors que son mari James passe la tête dans l'encadrement de la porte :

-Quelque chose me dit que tu vas être en retard. Enfin... tu es déjà en retard.



Don't panic ! Take it easy !
Je finis par saluer toute la petite famille, m'éloigne un peu de leur maison, quelques pas histoire de dire que je marche pour me dégourdir les jambes puis CRAC s'en aller en un éclair.
Réapparaître non loin de la vaste demeure des Werner-Von Sacht en leur saint territoire allemand. Finir le reste du chemin à pied, puisque le transplanage n'est pas autorisé à l'intérieur.
Et débarquer, telle une fleur, dans le salon où l'ambiance paraît pesante.
Ma grand-mère saute de sa chaise lorsque j'ouvre en grand la porte de la pièce plongée dans le noir. Et nous voilà partis dans des remontrances à n'en plus finir. Que c'est vraiment irresponsable, en plus un jour comme celui-ci, qu'il va vraiment falloir que je révise mes bonnes manières, et pourtant, j'étais bien éduquée, hein, alors, c'est où que ça a mal viré et puis...
Pfiou.
Moi, j'écoute plus à la fin.
Je me concentre uniquement sur ma peur grandissante là, au creux des tripes.
Finalement, mon père finit par calmer le jeu. Argument décisif : on perd encore plus de temps en se disputant pour rien du tout. L'important étant que je sois là (et bien coiffée, en plus, mais ça, évidemment, il ne le dit pas, je sais même pas s'il y a fait attention).
Bref, il est temps de mettre les voiles !
Un pot de poudre de cheminette et direction... eh bien la cheminée.
Il a été convenu -sans même me demander mon avis- que mes grands-parents passeraient en premier, puis moi, puis mes parents.
J'suis pas fan de la poudre de cheminette. Je suis sûre qu'il est déjà arrivé des accidents avec ça ! Le genre de truc qui te crame au lieu de le téléporter. Des accidents dont on ne parle jamais, bien sûr, ce serait mauvaise pub pour les fabricants de poudre de cheminette. Mais je suis persuadée que des gens ont déjà brûlé en voulant de déplacer comme ça !
Malgré tout, c'est pas comme si j'avais le choix.
Et du coup, me voilà partie. Priant Merlin pour que l'accident ne soit pas pour aujourd'hui.



Fiou



Eclair



Puis
Apparemment, j'suis encore en un seul morceau et même pas brûlée. Pas d'accident. Ouuuuuf.
Pour peu, je soufflerais de soulagement.
Mais je me retiens.
Parce que y'a du monde et que je sens que ma grand-mère va encore me tomber dessus si je fais un bruit incongru, qui n'a rien à faire ici. Et je suppose que souffler en fait parti. Donc je ne souffle pas.
Je me contente de regarder le beau monde -flippant- en présence. Et surtout, ne bouge pas d'un pouce de peur de faire un pas de travers et m'attirer les foudres de tout le monde. Pour une fois, j'ai envie d'être discrète. C'est pas tous les jours le cas ! Mais aujourd'hui oui.
Je vois Asclépius, seul visage connu. Je lui adresse un sourire silencieux avant de reporter mon attention sur ceux qui doivent être ses parents et grands-parents.
Je sais pas trop si je dois dire bonjour, sourire, me taire, disserter sur les accidents de poudre de cheminette, faire l'éloge du salon (bien que je trouve futile de faire une telle chose), raconter comment Asclépius et moi ça a été le grand conflit au premier regard ou me taire, encore une fois. Finalement, je finis par opter pour cette option. Se taire. Se faire tout petit dans un coin. Se faire presque oublier. Pendant que les autres débattront sans moi de leur avenir qui inclura forcément mon avenir.



Dans toute sa majesté de matriarche sûre d'elle et autoritaire, ma grand-mère prend les devants ; c'est elle qui va à la rencontre de nos hôtes à croire que c'est elle qui marie sa fille. Je me demande presque ce que fichent mes parents ici. Eux qui semblent vouloir se faire aussi petits que moi. Mon père danse d'un pied sur l'autre depuis trois ans. A ne plus savoir où se caser, lui, l'homme qui a tout lâché pour se marier et par amour et oblige sa fille à suivre le chemin inverse. Et ma mère, bien trop étrangère à ce milieu, elle qui a grandi dans une famille modeste et sans histoire.
Magda Von Sacht, donc, la guerrière envoyée en première ligne, s'approcher des lignes ennemies et même entame le dialogue !

-Veuillez excuser notre retard. Nous avons eu un... euh... petit contretemps.

Et dans sa voix, je sens bien qu'elle aimerait rajouter que ce contretemps porte étrangement le nom de sa petite-fille.
Ma mâchoire se crispe un peu.
Mes yeux passent de l'un à l'autre, d'un visage à l'autre mais j'suis même pas sûre de les regarder correctement. Je sais pas s'il faut orienter son œil d'une façon particulière, regarder sous cet angle-là et pas un autre, si...
Ca me donne la migraine, de me poser tant de questions. Je vous jure.
Alors je finis par arrêter mes yeux papillonnants sur la seule personne que je sais regarder sans me poser de questions. C'est-à-dire Asclépius. C'est plus simple, comme ça. La présence familière et rassurante à portée de regard.

Tout à coup, je remarque que mon père semble se réveiller un peu et vouloir reprendre son rôle de père. Après tout, c'est lui qui marie sa fille et même si ma grand-mère tente de s'imposer, il décide de reprendre sa place dans tout ça.
A son tour, il s'avance.
Un sourire poli et distingué aux lèvres. Son éternel maintien droit et fier hérité de son éducation stricte.

-L'important est que nous soyons là. Heureux de vous rencontrer. Je suis Walter Werner. Et voici ma femme, Ariana.

Il se tourne un peu vers ma mère qui n'a d'autre choix que de se joindre à lui. Un hochement de tête poli en guise de salut, petit sourire gêné de se retrouver dans ce monde si étranger pour elle.
Un peu en retrait près de mon grand-père qui suit la scène sans rien manifester, je prie pour qu'on m'oublie là, au fond. Rudolf Werner doit se sentir aussi peu à l'aise que ma mère ou moi dans les hautes sphères sorcières. Les Moldues, il connaît. Et pas qu'un peu. Mais lorsqu'on touche au monde sorcier, malgré son épouse qui en fait parti, il a toujours du mal.
De toutes les façons, cela a peu d'importance.
Je sais pertinemment que c'est ma grand-mère qui va vouloir tout diriger. Confrontée aujourd'hui à son fils qui va vouloir reprendre lui aussi ses responsabilités de père.
La journée promet.
Je savais que j'allais détester ce moment.
Cet instant où on décide du destin de deux familles sans même vraiment demander l'avis des principaux concernés. Cet instant où tout se joue pour deux êtres qui n'ont rien demandé mais ça, tout le monde s'en fout. Avenir, sourire, bonheur, c'est quoi, ça ? Eux ne parlent qu'en fortune, rendement, investissement, titre, considération, reconnaissance sociale.
Par Merlin.
Pourquoi faut-il que nous soyons toujours esclaves de ces choses-là ?

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Asclépius Underlinden
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Re: [Habitation] A l'ombre des tilleuls

Message par : Asclépius Underlinden, Jeu 7 Sep - 19:16



Le grand pendule semblait tanguer un peu plus à chaque fois. Un peu plus à chaque mouvement ondulatoire. Comme pour rappeler tous les êtres vivants à l’ordre. Ces êtres qui foulaient une bâtisse quasi millénaire et qui étaient tellement ancrés dans leurs rituels, qu’envisager une autre façon d’interagir avec autrui était impensable. D’ailleurs, on n’y pensait pas. Et quand on pensait à quelque chose, il ne fallait, en aucune façon, que cette pensée soit partagée, au risque qu’elle aille à contre-courant de la majorité. On pouvait seulement badiner, et dire des choses « très bien ». Par exemple, sur une nouvelle rivière de perle. On trouvait ça « très joli », et tous devaient acquiescer à celui qui donnait la meilleure des opinions. C’était une lourde tâche, que Siegfried Underlinden remplissait à merveille. D’ailleurs, il remplissait nombre de tâches à merveilles, nombre de rituels, et son fils aîné, Maximus, était bien engagé dans la voie du père.
Le deuxième fils avait toujours été un discret : il exécutait les rituels avec diligence, sans jamais le montrer ou se faire remarquer. Il faut dire que Maximus, prenait déjà beaucoup de place, et que s’y faire une deuxième était bien complexe. Mais on appréciait son côté effacé et méticuleux, sans en avoir l’air, qui lui avait permis de grimper les échelons du droit sorcier à une vitesse on ne peut plus convenable. C’était donc un garçon très bien, que ce Scarvius Underlinden. Dommage que sa fiancée fut décédée le jour de leur mariage. Une bien triste tragédie financière, dont il semblait plutôt bien se porter. Faut dire, les robes de Magenmages étaient noires de deuil.
Enfin, le troisième, personne ne savait quoi en penser, alors on n’en pensait rien. Même si Siegfried donnait l’impression de l’affection, c’était toujours une tendresse d’automate. Des mots glacés qui ne pouvaient que faire raidir l’échine, crisper la mâchoire... Siegfried donnait le ton : on n’avait pas à lui accorder trop d’attention, à ce fils-là. D’ailleurs, lui-même préférait l’ignorer, sauf à des occasions ponctuelles. Pendant les repas, par exemple : des occasions qu’Asclépius prenait de plus en plus l’habitude d’éviter.

Des rituels contraires qui viennent se tirer entre les pattes.
Et tous, attendaient, avec leur expressivité de statues de sel. Toute cette petite famille figée dans le temps, les époques, les traditions et un sang si peu mélangé que seules des tares pouvaient en découler. Suffisait de trancher les veines de l’un d’eux, et on l’avait fait pour tous : ce n’était pas du sang dans leur veine, c’était bien plus pernicieux. Mais indistinct, et commun à tous. Imperceptible de voir le caractère vicieux des gens de bien.
Asclépius, lui, ne voyait rien. Il avait cette passivité des poupées en vitrine. De ces traits figés aux lèvres cousues, d’où nul cri intérieur ne pouvait émerger. De toute façon, qui l’aurait écouté ?

Même la distraction d’une arrivée par cheminée ne parvient à lui donner une lueur, dans cette figure glacée, si commune à cette famille.
Quand il se retrouve en compagnie des « siens », il n’est plus qu’une coquille vide et docile.

Ce fut Siegfried qui entama le premier le dialogue, répondant à la matriarche Von Sacht. Des deux familles, voici probablement les deux rouages les plus forts. En apparence, du moins. Apprendre à contrôler était génétique. Question de survie.
Ce dernier les rassura sur l’heure, avec son éternel sourire poli et son nez de rapace, surplombant sa barbe. Ce même nez qu’avait le fiancé, tout comme la couleur des cheveux. Pour la couleur des yeux et les bouclettes, il fallait se tourner du côté maternelle. Et l’on pouvait ainsi jouer au jeu des ressemblances. C’était plus facile avec les consanguins : ils se ressemblaient tous.

Le pendule résonna de nouveau : temps de la parole. Petite troupe de théâtre bien huilée, tous se présentèrent un à un : « - Siegfried Underlinden, enchanté de vous connaître : mon épouse, Ambrosiana, sa mère, Hécube, et mon propre père, Ladonius. Sans oublier notre troisième fils : Asclépius. »
Chacun acquiesça aux paroles. C’était ce qu’il fallait faire. Efficace, rapide, convenable, tout ce qui correspondait à Siegfried.
Lorsqu’il posa sa main sur l’épaule de son fils, en un geste qui passait pour paternel pour toutes ces poupées aux cris muets, le corps du jeune homme se raidit brusquement. Il lui semblait que ses os étaient de glace, alors que là où la main s’était posé, ça brûlait. De dégoût, de peur, d’appréhension.
De peur, sous cette menace discrète.
Obligation de ne pas décevoir.

Croiser le regard de Kohane lui permit de ne pas déglutir son angoisse – ce qui aurait été fort impoli – et de l’aider à s’animer.
A redonner un peu de poussière d’étoile dans ces yeux de verre.

L’on prit place, dans le beau canapé de velours, couleur lie-de-vin. Fort vieux canapé, que la poussière traditionnelle du salon avait conservée en état. Il y avait tant de pièce dans ce château qui étaient inutilisées… Et assez peu de fond pour tout entretenir.
La propreté et les soins du détail dans la décoration des vases étaient particulièrement scrupuleux. C’était un grand jour, aujourd’hui. Et l’on ne pouvait se permettre que le moindre petit détail puisse compromettre cette journée.
Particulièrement si ce moindre petit détail est un grain de poussière laissé à l’abandon, pour faute de vacuité des pièces ancestrales.

Le pendule rythmait les actions de cette aristocratie tout en cire et poussière.
C’était l’heure du thé.

La transparence des tasses réfléchissaient les intentions, pour qui avait grandi en ayant pour biberon une racine.
Asclépius sentit ses doigts s’étreindre entre eux à la vision du service à thé proposé aujourd’hui. Un service plutôt joli, de goût, comme on dirait. N’importe qui présent dans cette pièce ne pouvait que se ranger derrière cet avis.
Il avisa le regard imperceptiblement sombre de son père sous ses sourcils épais. Ce regard qu’il lança à Rudolf, quand personne ne regardait. Le regard, ensuite, qu’il posa sur Walter.

Quand il était tout jeune, le jeune garçon avait rapidement appris à voir derrière les masques. Et à force de gratter la surface, il en fut dégoûté et instruit. Si bien qu’il savait distinguer les attitudes de crocodile de son paternel.
Il hésita.

La peur le congestionnait, l’enfonçait toujours un peu plus dans le canapé, et chacones de ses impulsions contraires lui mouillait le regard.
Mais quand une tasse fut presque attrapée, il se leva brusquement, s’attirant probablement tous les regards de la pièce.

« - Comme le temps est plaisant aujourd’hui ! Les jonquilles sont de sortie. Nous avons justement un service qui s’accommodera parfaitement de leur parfum ! »

Prétexte de l’agencement de goût et du scrupule du détail pour retirer le service, l’écarter, et le reposer bien, bien loin, avant d’en prendre un autre. Blanc crème, ciselé de légères touches d’or, avec un agneau au creux des coupelles.

Il sourit, réprimant sa peur au fond de la gorge.
Il sourit, en servant le thé, avalant les larmes muettes et avortées.

Les épreuves de la journée à venir lui semblèrent d’un seul coup, bien trop insurmontables, tandis que les battements de son cœur avaient remplacés ceux du pendule.
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Kohane Werner
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Re: [Habitation] A l'ombre des tilleuls

Message par : Kohane Werner, Mer 13 Sep - 21:01




J'aurais pu tout imaginer. Je m'étais déjà fait une idée de sa famille, de son univers après notre première rencontre, notre si longue dispute -pour pas grand-chose mais ça, ça nous arrive souvent, se chamailler pour pas grand-chose. Avant de poser les pieds ici, j'en avais déjà peur. Le genre de terreur de l'inconnu que tu es persuadé ne pas pouvoir surmonter, qu'importe ce que tu fasses. Mais en vérité, malgré tout ce que j'ai pu imaginer, la réalité est mille fois plus brutale que le songe. Parce qu'on ne peut y échapper. Contrairement à la pensée que l'on peut s'efforcer de chasser. Et qu'on ressent la situation par tous ses sens, de tout son être contrairement au rêve où seul l'esprit est mobilisé dans les limbes de l'inconscient.
Je me sens si mal à l'aise ici, dans un milieu qui ne ressemble en rien à celui dans lequel j'ai grandi. Qui respire encore les générations d'avant comme si rien jamais n'avait été effacé. Structure d'un habitat qui conserve tout de ses passagers. L'air si peu renouvelé, toujours en lien avec le passé. On pourrait presque sentir le regard pensant des ancêtres. D'ailleurs, sans nul doute que les murs doivent être tapissés de portraits animés pour rappeler le poids de la généalogie. Ce sont de ces vieilles familles qui recyclent leurs traditions et leur sang. Qui ont pris cette habitude de se renfermer sur une bulle bien sélecte où se faire sa place est si compliqué. Toujours jouer sur les apparences, le bien-pensant, les mots futiles qu'on doit trouver beaux. Effacer, écarter ce qui pourrait nuire à l'image et donner une place de choix au que diront les autres si...
Je me demande un instant si mon père a connu ce genre d'atmosphère. Ces cercles où il ne faut rien faire de travers, être toujours plus que correct en public et se l'écraser si ce qu'on veut dire va contre l'avis général et imposé par la tête de famille. Il n'a jamais parlé de son enfance. Il n'a jamais vraiment parlé du rapport qu'il a entretenu avec ses parents. Il s'est toujours contenté de vivre le présent et ne pas regarder en arrière. Il n'y a jamais eu ce poids chez nous. Le poids de l'avant et des traditions. Ma mère m'a toujours éduquée comme elle-même avait été éduquée ; et mon père a suivi. Une famille londonienne tout ce qu'il y a de plus banal, des fenêtres grandes ouvertes sur le monde pour aérer chaque jour la maison et renouveler l'air, un sourire au matin, de l'amour en journée et un baiser sur le front le soir. J'ai appris à parler. Et à ne pas me taire. J'ai appris à aimer. Et à prier -je vous en prie- la vie d'un petit rire chaque jour. J'ai appris à jouer avec la terre, regarder les brins d'herbe, courir derrière les pigeons et sauter sur le chat pour un câlin. Regarder les nuages et les traces laissées par la pluie sur le macadam.
Ici, rien de tout cela.
Je me sens comme un pied en dehors -peut-être même deux. Etrangère. Et pourtant obligée de faire comme si.



Le temps claque au grand pendule. Et le tableau paraît se mettre en mouvement. C'est la pièce de théâtre qui se déroule. Celle où chacun a son rôle, doit le tenir, dire pile poil son texte, rien de plus, rien de moins. Le seul souci, c'est que je suis là sans partition pour tenter de jouer avec les autres. Un peu figée, léger balancement, avant, arrière, avant, balancement imperceptible dans le flou de l'hésitation. On a peut-être oublié de me donner mon texte. Je peux faire dans l'impro. Mais je doute que ce soit bienvenu. Pourtant, l'impro, c'est ce que je fais de mieux. Je n'arrive pas à me conformer à une seule et même ligne. J'ai toujours besoin d'en changer un peu la trajectoire, rajouter un mot ici ou là ou encore taire une phrase qui me déplaît. Malgré tout, j'ai comme l'impression que tout est exactement calculé. Chaque geste. Chaque regard. Chaque parole. Pas de place à une liberté créative ou autre truc dans le genre.
Alors je me contente de rester muette. Laisser les autres qui savent agir, parler à ma place. Et voilà. C'est le défilé des noms. D'un côté, de l'autre. Tous en vis-à-vis avec leur génération.
Magda et Rudolf ; Hécube et Ladonius. Pour la première génération.
Ariana et Walter ; Ambrosiana et Siegfried. Pour la deuxième génération.
Et la dernière. Celle qui reste derrière. A regarder ce monde se mettre en marche sans trop savoir -ou sans trop vouloir- y rentrer.
Kohane et Asclépius.
Le père Underlinden pose une main sur l'épaule de son fils une fois les présentations terminées. Après l'avoir introduit auprès de la famille Werner-Von Sacht. Plus par convenance que par nécessité. Parce que tout le monde ici sait très bien qui il est. Après tout, c'est pour lui. Et pour moi. Qu'on est là.
Muette, je les regarde. Tous les deux. Croise le regard d'Asclépius. Rassurant sentiment de ne pas être seule. Face aux autres.
Et la pièce continue de se dérouler. Dans l'ordre précis dans lequel on l'a écrite.



Le canapé ouvre ses bras. Et nous nous asseyons. Ma grand-mère, le dos droit et l'air pincé. Je reconnais chez elle son empressement silencieux, sa jubilation intérieure, sans doute aussi -elle n'aurait pas pu rêver mieux pour elle et sa famille- et une part de sa frustration de savoir que son fils n'est pas entièrement rangé de son côté et que c'est quand même lui le père dans toute cette histoire.
Toujours sans un mot, je suis le mouvement.
Le temps rythmé par un tic et un tac me paraît terriblement long. Le bout de la journée aussi. Presque comme si le tunnel n'avait pas fin. Et que nous devions rester ainsi, assis dans cette austérité oppressante. Par Merlin ! Qu'on en finisse. Et vite.
Mais. Chaque chose en son temps, je vous prie.
Il y a un moment pour tout. On ne bouscule pas l'ordre. Ce serait très mal vu.
Et pour l'heure, c'est le thé qui se doit d'être accueilli.
Un soupir contenu -ça ne se fait pas de soupirer quand on est invité. Je ne suis pas venue pour boire le thé. Mais il faut se plier aux us et coutumes et surtout, surtout, faire bonne impression. Donc j'attends. L'oeil un peu perdu et l'oreille aux aguets. A savoir qui reprendra la parole dans cette pièce bien huilée. A qui le tour ? Qui donne la réplique à qui ?
Je serais bien tentée de regarder l'heure. Lever la tête et observer les aiguilles bouger. Comme le spectateur qui s'ennuie et jette un rapide coup d'oeil pour voir dans combien de temps la pièce se finira. Mais ce serait bien impoli, je le sais, de montrer que je m'ennuie ou, plus précisément, que je n'ai aucune envie d'être là et que je n'espère que le moment où je pourrai me lever et partir.
Un service à thé défile sans que je le regarde vraiment. Qu'en ai-je à faire ?
Des gestes mesurés et précis dans le silence, les tasses s'apprêtent à être saisies en ce rituel des grands jours.



Quand tout à coup, la pièce si savamment préparée -peut-être même répétée- se retrouve bousculée par une réaction qui, je m'en doute bien, n'est pas prévue. L'improvisation qui se fait une petite place dans l'automatisme.
Asclépius se lève brusquement, presque sur ressorts. Evidemment, tout le monde le regarde. Mon œil tout à l'heure perdu reprend un peu de vivacité lorsqu'il se pose sur lui. Un brin d'imprévu dans le prévisible. Cela m'intéresse.
Asclépius commence à commenter le temps, les beaux jours et les jonquilles. Avant de changer le service à thé sous prétexte qu'un autre s'accorderait bien mieux avec la journée. Un air un peu interdit sur mon visage. Je suis presque certaine que ce n'est pas vraiment à cause de ce souci de détail qu'il a agi ainsi. Il doit avoir une autre raison. Une meilleure raison. Qu'il ne dit pas. Ne dira pas.
Un sourire. Qui n'est que de façade. Parce que je l'ai déjà vu sourire pour de vrai. Et ce n'était pas exactement la même chose.
Un sourire. Alors qu'il s'applique à servir le thé.
Un sourire. Pour cacher le reste, enfouir l'angoisse.
Lui qui était si effacé depuis le début. Il accepte de se donner en spectacle pour uniquement changer un service à thé.
Et le voilà proie des regards, des attentions, pesante ambiance sur les épaules. A se composer un masque pour ne pas craquer.
Alors je décide d'esquisser un sourire de bonne apparence, pour ne pas le laisser seul. Seul face aux autres. Et même. Me ranger de son côté. Parce qu'on est censé être alliés face aux familles dévorantes. Parce qu'il y a longtemps, parce qu'il y a trois ans, il m'a dit que je n'étais pas seule, qu'il serait là, lui, là pour moi, quand j'en aurai besoin. Et moi aussi, je suis là. Accourir en cas de besoin, comme un accord muet derrière nos disputes.

-Le temps est effectivement au beau, aujourd'hui.

Ma voix me paraît si lointaine. Presque étrangère à moi-même. Vibrant un peu sur des notes que je n'avais jamais entendues. Des notes mal assurées au début, un peu d'angoisse en fond.
Mais rapidement, je me reprends.
C'est qu'un hippopotame de la rhétorique n'a pas à laisser les mots s'écraser lamentablement ! Bien au contraire.

-Les tons clairs et lumineux de ce service rendent tout à fait justice à l'or que nous offre le soleil et ses rayons de miel. Un bon sens de l'esthétique, n'est-ce pas ? j'ajoute en anglais, en tournant le regard vers ma mère, cherchant de son soutien.

Je ne sais pas pourquoi j'ai sorti ça. Je n'y connais fichtre rien en matière d'esthétique et, à dire vrai, je n'y fais pas attention. Cela m'importe si peu. Mais je suppose que dans cette société où le paraître est davantage important que l'être, c'est un argument et un compliment qui se valent.
Ma mère se contente de hocher la tête sans rien répondre. Elle comprend assez bien l'allemand. Mais ne le parle pas beaucoup. Quant à l'espoir qu'elle sorte un mot en anglais, je saisis rapidement qu'il ne faut pas trop y compter. Elle ne prendra pas parti, regardera juste se dérouler la scène.
Personne ne veut prendre parti ici. Au risque de créer des conflits.
Il s'agit donc de rester calmes. Professionnels. Les comptes se régleront sans doute plus tard. C'est toujours comme ça. Les disputes n'éclatent qu'en coulisses.
Et bien, qu'à cela ne tienne !
Je n'en ai pas encore fini.
Et ce même si ni ma mère ni mon père ne semble vouloir réagir et me donner leur appui.

-Et puis, c'est amusant, l'agneau est le représentant de la maison des Von Sacht. Pour des familles qui veulent s'allier, c'est un beau symbole que ces coupelles.



Bon, je ne vais pas trop en rajouter non plus.
Me connaissant, je pourrais partir pendant des heures à parler de tout et de rien à partir de ce service à thé. Rien que pour combler le blanc oppressant, ne pas laisser Asclépius tout seul. Et em*erder les gens aussi, probablement. C'est une de mes spécialités. Parler et agacer mon entourage. Juste pour voir jusqu'où ils iront. Jusqu'où ils peuvent tenir. Demandez à Alhena, elle y a déjà eu droit. Asclépius aussi, d'ailleurs. Mais c'était y'a très longtemps. Comme quoi, j'ai pas tant changé que ça. Il y a des choses. Comme ça. Qui perdurent et qui demeurent.
J'adresse à l'assemblée un faux sourire de bonne apparence. La fille qui veut se donner l'air un petit peu sympathique, sourire pour dissimuler les réels sentiments.
Et un autre, plus doux, moins grinçant, à l'adresse d'Asclépius.
L'air un peu excédé, ma grand-mère finit par se saisir délicatement d'une tasse. Geste emprunt d'une élégance fruit d'une éducation dans le monde de l'apparence. Le genre de truc que je n'ai jamais appris. Que ma mère n'a jamais appris. Que mon père n'a jamais transmis.

-C'est très gentil à vous de nous avoir conviés pour le thé, dit-elle sur un ton des plus polis. Je n'ai aucun doute sur le fait que nous nous entendrons bien.

Un sourire affable.
Tandis que je me renfrogne de nouveau dans le canapé. Et nous voilà partis sur un autre terrain glissant : celui des affaires. Et là, j'ai pas envie de dire un mot. Sauf s'il était autorisé de demander la permission de partir en attendant qu'ils en aient fini. Mais bon. Malheureusement pour moi, ça fait parti des trucs proscrits à dire en cette sainte journée.
Nouveau soupir contenu. Inspiration, expiration muettes.
Mes yeux coulent doucement sur la vague des visages. Et cherchent à rencontrer ceux d'Asclépius. L'air de lui demander b*rdel, mais qu'est-ce qu'on fait ici?!
Comme si tout ça était de notre ressort.
Ils n'avaient pas besoin de notre présence pour régler leurs accords.
Mais bon. Ca fait quand même toujours mieux lorsque la monnaie d'échange d'une négociation est là et bien en vue. Brrr... on n'est même plus les enfants de nos familles. Juste un moyen pour parvenir à des fins.
Heureusement que je connais Asclépius. Qu'on est amis. Et alliés. Imaginez le même scénario avec un type que je ne connaîtrais pas ou si peu. L'horreur !

Promis. Quand ils en auront fini avec tout ça, on partira. Loin. Très loin de ce monde pourri où on vend ses gosses pour un titre ou de l'argent.

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Re: [Habitation] A l'ombre des tilleuls

Message par : Asclépius Underlinden, Ven 15 Sep - 22:16



Les rideaux d’ouvertures de la Mascarades sont tirés. Chacun est empopiné, policé, lissé. Les imperfections génétiques deviennent des étendards. Aucun vivant, dans la pièce. Seulement des statues mouvantes. Parlantes, parfois, quand les rouages de leur mécanique interne se mettaient en mouvement, pour un temps précis. Ni plus, ni moins. Une justesse d’orfèvre, soigneusement ancré, qui avait de quoi rassuré. Impossible de faire un faux pas si l’on respecte à la lettre les règles de la Mascarade. Des règles qui, bien souvent, ne sont pas enseignées. Des règles que l’on doit imprimer dans son code génétique, à l’instant où l’on prend conscience de ce que l’on est.
Un rouage.
Un outil.

Sa mère, avait toujours habité le silence du témoin aveugle avec une justesse d’opéra. Un gracieux artistique. Flouter soi-même les connaissances.
Elle lui avait enseigné l’oubli.
Et il en avait beaucoup appris. A force de pratiquer.
Mais elle semblait avoir plus de difficultés que lui, à oublier. Alors, elle se taisait. Fermait les yeux, la bouche, les oreilles. Dans un silence de réconfort. Une étreinte de désespoir, face à son statut de rouage trop bien huilé… Ou pas assez rouillé. Un rouage d’une couleur sensiblement différente de son mari. Un rouage qu’Asclépius appréciait. Adorait.

Mais, ça, elle semblait être parfaitement apte à l’oublier.

Il sentait quelques regards inquisiteurs sur sa personne. Mais il oubliait, lui aussi. Si vite, si bien… Comme la poussière qu’on met sous le tapis, il laissait glisser les jugements sur l’imperméabilité de ses écailles. Pour cacher son cœur trop vulnérable. Même si ça ne pouvait être que bref. Instantané. Ça ne pouvait surtout pas s’éterniser.
Heureusement, Kohane vint l’en délivrer.

Il y avait beaucoup de gratitude contenue dans son regard. Comme sa mère, il était beaucoup dans la retenue, assez peu dans la démonstration. Contrairement à son père.
Surtout, une obligation, de ne pas faire trop d’effusion. On apprécie quelque chose ? C’est vulgaire de l’exprimer haut et fort. Un regard, un sourire, et tout est dit.

Il y avait, entre ces êtres, au-delà de la Mascarade de leur nature sociale, un culte du silence. Qui entraînait, nécessairement, le secret ou la dissimulation.

Par exemple, il n’avait dit à personne, qu’il était Fourchelang. Quelle raison aurait-il eu à le faire ? Personne ne l’était dans la généalogie. Ce n’était pas l’emblème de la famille, le tilleul représentant les Voyants, dont Hécube faisait partie.
Mais, à force de vouloir conserver ce don, il semblerait qu’il se soit perdu.
Et qu’un autre ait fait surface.

Etait-ce parce qu’il tenait plus des écailles que des feuilles, qu’on le trouvait si différent, chez lui ?

Alors qu’il tremblait imperceptiblement d’un froid intérieur il y a peu, le voici qui se détend. Tant que faire se peut. Le moule autour de lui l’empêche de se mouvoir correctement. Mais, tout doucement, il sourit. Pour les autres, ça ne se remarque pas. Pour Kohane, c’est un « Merci » non-verbal. Avec de la gratitude refoulée et un soulagement sous-jacent. Il se sent moins seul. Il n’est pas seul. Et de ça, il finit par en prendre conscience, peu à peu.
Ils sont amis. Alliés dans tout ça. Unis l’un pour l’autre contre ces oppresseurs.

Ce qu’il se joue, actuellement, entre la cheminée, le service à thé et le badinage apathique, c’est une bataille. Les deux camps similaires cherchent chacun à tirer la plus grosse part du gâteau. Tandis qu’un troisième camp en coulisse, le leur, profite de la dispute pour s’enfuir avec la nappe.
Ou le couteau.
Un regard au paternel, fugace, avant de revenir sur la matriarche von Sacht, un sourire lisse et poli aux lèvres.

« - La certitude est partagée en tous points. »

La voix de Siegfried est soyeuse, imperturbable, poliment aristocratique face à ce double féminin. Cette matriarche. Le thé en prétexte, les banalités en couverture, il est temps de faire affaire, sans dévoiler les failles.
Après tout, qui pouvait bien se douter qu’ils étaient ruinés depuis près de deux siècles, et qu’ils conservaient les apparences avec des chèques en bois ? Egalement, le fait que tout le monde participe au financement en coulisse.

L’œil pétille, comme à chaque fois qu’il est question de faire affaire. De commercer. De disputer une partie d’échec. De vaincre, surtout. Et, d’enfin, assimiler.
Siegfried Underlinden, était un homme de calcul.
Et il était plutôt bon, dans le domaine de ses intérêts particuliers.

« - Les fiançailles ont déjà été annoncées publiquement, la société sait que nous nous allions. Que dis-je, que nous nous unissons. »

Traduction : j’ai remplis ma part du marché en vous permettant de vous faire une place au sein de la noblesse sorcière allemande. Première étape du marché. Et de votre côté ?

« - L’union aura donc lieu sur nos terres, dans les traditions ancestrales de notre famille. »

Le Tilleul a soif de sang frais.

« - Nous nous chargerons, de ce fait, des frais de la cérémonie. »

Ton tout aussi professionnel et détaché que pouvait l’être le tempo de la conversation. A ceci près que l’interlocuteur est, de nouveau, inattendu. Une note dissonante, dans la mélodie incisive de Siegfried. Une note détachée du clan du tilleul, ou de celui de l’agneau, sans le montrer. Une note qui crie en silence son désir d’indépendance. Du fait de ne plus jamais, jamais, être tenu à la gorge par un tas d’or.
Une note contrariante.
Si les Werner-Von Sacht accepte, Siegfried ne pourra pas refuser après coup et surtout, obligé de montrer que tout ceci était prévu, discuté.
S’ils refusent, cependant, dans un souci de politesse social, il leur faudra insister une fois, par politesse également, avant d’accepter le refus.

La préoccupation financière était grande. Et cette proposition était plus un coup porté contre le tilleul que contre l’agneau.
Et dire que ce coup venait d’une des racines du tilleul.

En un regard père/fils, il y eut le combat de deux racines, luttant pour la domination. Tels deux serpents prêt à se bouffer entre eux.
L’un d’entre eux, le plus jeune, détourna le regard bien vite. Incapable de soutenir cet échange visuel.

Le grand pendule lui semblait étrangement lointain, tant il semblait détaché. Hors de son corps. Etait-ce encore lui-même qui parlait ? Etait-ce sa voix, ses mots, ses intonations ?
Absolument aucune familiarité dans ce lissage aristocratique.
Il habitait son moule avec de la lave en fusion.
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Kohane Werner
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Re: [Habitation] A l'ombre des tilleuls

Message par : Kohane Werner, Jeu 28 Sep - 17:34




Figurante dans une pièce qui, pourtant, tourne autour de mon avenir. Ca m'agace. De voir le monde s'agiter et prendre les décisions pour moi. Et en même temps, je les exècre tellement tous que je n'ai pas envie de venir me mêler à leur monde pourri jusqu'aux os. Je veux, autant que cela se peut, me tenir loin, ne pas risquer la contamination.
Je ne veux pas être comme eux
Je refuse de devenir comme eux
Je refuse de suivre le même chemin qu'eux
C'est en opposition avec leur monde et leurs vieilles valeurs et préoccupations que je veux me construire
Je ne veux pas
Etre comme eux
.
L'appel silencieux, la promesse personnelle.
Ne jamais leur ressembler.
Ces pièces que certains admirent parce que parfaitement intégrées dans leur puzzle. Parfaitement corsetés, oui. Corsetés à en étouffer, prisonniers de leurs bonnes manières, de leurs apparences trompeuses. Ils trompent leur monde et on les envie parce qu'on ne voit qu'un côté du décor. Ce qui est caché le reste, entend le rester à jamais. Ne pas divulguer les secrets des coulisses. Au risque de briser la magie qui opère dans toutes ces hautes sphères de la société.
C'est d'ailleurs peut-être par là qu'il faudrait commencer. Pour déstructurer les mailles qui nous enserrent. Mettre en exergue les points obscurs, pousser les gens à se poser des questions et même remettre en cause certaines choses qui paraissaient si naturelles. Remettre en cause le monde dans son ensemble, celui qui ne pense qu'au prestige et à l'argent et qui oublie l'humain, oublie les sentiments, oublie les émotions. Ce monde qui arrive à faire passer pour normal de s'octroyer le droit de choisir de l'avenir de son enfant sous prétexte que sans nous, il ne serait rien, que sans nous, il ne serait même pas venu au monde et qu'il fait partie de cette famille qui l'a élevé, qu'il a ainsi des devoirs envers le clan.
Mais non.
Rien de normal dans tout cela.
C'est juste la société, son habitus qui parvient à nous le faire croire.
Nous sommes tellement imprégnés de ces idées que nous ne savons même plus comment lutter, comment élever la voix en cas de désaccord.
C'est tout ça qu'il faudrait démanteler.
Pour réussir à sortir de cette machine infernale et millénaire.
Heureusement, on est deux. Seule face à tout ça, je me sentirais tellement petite, impuissante, inutile.
Mais là. On est deux. Alliés face à l'adversité.

Je vois la gratitude dans le regard d'Asclépius suite à mon intervention pour tenter de lui sauver la mise. Ou, au moins, ne pas le laisser seul.
Le sourire.
Le merci non prononcé.
L'échange de regard.
J'ai l'impression d'être déjà crevée comme si j'avais couru un marathon. C'est pas possible. La tension de l'atmosphère m'aspire toute mon énergie.
C'est pour ça que je retombe dans un mutisme régénérateur. Mine renfrognée. Qu'on ne vienne pas me poser de questions ; je ne réfléchis plus. Je laisse seulement passer. On ne peut rien contre la vague d'aujourd'hui. Les plans seront à élaborer pour plus tard.
Pour l'heure, y'a pas trop le choix.
Il suffit de laisser faire les autres, les laisser porter le mouvement. Et faire attention à ne pas se laisser emporter nous aussi, garder notre recul mais n'en rien dire.



Lointaine et comme assourdie par le bocal invisible que je me suis formé en guise de protection, la voix du père Underlinden s'élève. Répondant à ma grand-mère. Merlin. Ils vont s'entendre, ces deux là, campés sur leurs apparences et le bien dire, bien faire, tout en servant ses intérêts propres.
Un jeu de pouvoir sous des sourires affables et un ton poli.
C'est sans doute les combats les plus déroutants, les plus effrayants.
Lorsque la guerre est menée sous couvert de déférence.
Voilà qu'arrive le sujet tant attendu. Le terrain où chacun essaiera de se faire sa place. Poussant un peu les autres pour s'assurer meilleure emprise. Alors que nous, Asclépius et moi, nous contenterons de regarder. Je refuse de prendre part à cette lutte des places. Parce que ce n'est pas de cette place-là que je veux. Je ne veux pas qu'on me ménage un petite coin dans ce monde.
Ce n'est pas pour m'imposer dans ceux milieu qui me fait horreur que je me battrais.
Alors je me contente de regarder.
Imperturbable.
Les âmes se lançant des défis silencieux. Bras de fer invisible. Entre deux entités familiales.

Mais, contre toute attente, Asclépius, lui, ne se contente pas uniquement de regarder.
Sa voix s'impose à nouveau. Avec une phrase qui ne pose pas de question. Franchement, ce type de préoccupation me passe un peu au-dessus de la tête. Mais s'il l'évoque, s'il élève la voix pour en parler, c'est que ça doit représenter quelque chose. Pour lui. Ou sa famille. Ou, justement, sa confrontation avec sa famille.
Le regard échangé entre le père et le fils. Le silence. Le fils qui abdique. Mais ne revient pas sur ce qu'il a dit.
Je sens que ma grand-mère va prendre la parole. Elle va peut-être dire que cela est inutile, que ce serait un réel plaisir pour eux -surtout pour elle- d'assurer la partie financière et blabla...
Sauf que je n'ai pas tellement envie qu'elle en retire un réel plaisir. Même si ce plaisir est bien plus d'apparence que réel.
Puis si Asclépius en a parlé, ce n'est pas sans raison. Le regard, le combat muet et rapide de tout à l'heure semblent sous-tendre une guerre intestinale non prévue. Un déchirement d'un même blason. Perturbation non anticipée -il va falloir composer.
Or, n'est-ce pas la déstabilisation que nous cherchons ? La guerre pour mener l'infernale machine à vaciller, chuter, nous libérer ?
Avant même que ma grand-mère ne puisse reprendre la parole, je réponds :

-Eh bien soit. Si vous y tenez. Nous ferons comme cela.

Ma grand-mère ne me regarde pas. Mais je vois le coin de sa lèvre se plisser un peu. Geste imperceptible d'agacement.
Evidemment, dans ce monde, personne ne se lève pour s'écrier haut et fort que ce qu'a dit untel ne fait absolument pas l'unanimité.
On fait comme si.
La place au premier qui parle. Les autres, étriqués dans leurs bonnes manières, n'ont d'autre choix que de suivre. Et se taire. Ou parler pour donner son assentiment.
Ma grand-mère choisit la première option.
Elle laisse filer un silence. Peut-être au cas où j'aurais autre chose d'encore énervant à ajouter. Mais non. Je n'ai rien à dire.
Je ne veux rien leur dire.
Pour meubler le léger temps d'attente, je la vois boire une gorgée de thé. Enfoncée dans le canapé, je ne suis pas son exemple. Doigts serrés, entrelacés sur les cuisses, j'attends simplement.
Et, enfin, ma matriarche Werner-Von Sacht reprend les commandes. Comprenant que je n'interviendrai plus. Voilà qu'elle peut enfin reprendre les affaires avec les personnes habilités en la matière. Ce qui m'exclut d'office comme potentielle assistante.



-Tout cela me semble parfait. De notre côté, c'est une alliance financière que nous proposons. Par l'alliance... l'union que nous sommes en train de conclure...

Pff... nous sommes... ce sont les autres qui la font et elle qui en profite, oui.

-... nous vous proposons de participer, avec tous les avantages qui en découlent, y compris financiers (la voilà qui souligne subtilement le mot, léger appui, très courte pause), à l'entreprise familiale au travers d'un certain nombre d'actions qu'il est prévu que vous possédiez.

Elle s'accorde à nouveau une courte pause.
Dévisage le camp adverse.
Je retiens un soupir.

-Nous nous engageons également dans une solidarité financière et proposons l'octroie de terres à nos futurs époux pour qu'ils puissent y bâtir leur avenir.

Hein ?
En voilà une bonne ! On ne m'a pas consultée avant, eh, oh. Elle lance ça comme ça. Après ça, allez dire non !
Et si on n'a pas envie de bâtir notre avenir sur leurs terres ?
Malgré la surprise de mauvais goût qui tourbillonne au fond de moi, je ne dis rien. Me contente juste de mordiller ma joue et me renfrogner davantage.
Du coin de l'oeil, je vois ma mère et mon père qui restent impassibles. Je suis sûre qu'ils étaient au courant, eux. Qu'ils en ont longuement discuté avec mes grands-parents. Et qu'ils ont cru bon de ne pas m'en parler pour divers raisons. Bon, faut avouer, aussi, je ne cherchais plus vraiment la discussion avec eux non plus, faisant ma vie partout sauf à la maison.
Magda Von Sacht adresse un sourire poli à l'assemblée. Toute la pièce était soigneusement répétée. Le texte soigneusement appris.
Malgré tout, elle se tourne quand même vers nous -mes parents, son mari, moi, sa famille, quoi.

-Avez-vous des choses à rajouter ?

Son mari décline d'un signe de tête en même temps que son fils. Sa belle-fille se contente de sourire sans rien dire, s'alignant derrière l'avis général.
Apparemment, plus personne ne veut dire quelque chose.
Les deux partis ont exposé leurs atouts, les avantages proposés. Ont entendu les avantages retirés. Et jusque là, tout a bien roulé. Pas de pas de travers. Ou presque. Parfois une petite voix qu'on n'attendait pas dans le clan Underlinden. Mais vite enterrée. Nul ne s'y est vraiment arrêté. On est rapidement passés à autre chose.

-Moi j'ai quelque chose à rajouter.

Mon père me regarde.
Je lis dans son regard que ce que j'ai à dire n'a pas intérêt à être trop à côté de la plaque. Ce n'est pas un œil menaçant. Mais plutôt suppliant. Pas de faux pas, pas maintenant.
En revanche ma grand-mère, elle, me jette davantage un regard lourd. Qui dit qu'elle aurait préféré que je la ferme. Mais comme c'est elle qui nous a permis de nous exprimer, elle ne peut plus faire machine arrière. Elle sera obligée de me laisser parler. Et de m'écouter. Bien que, concernant ce dernier point, je m'en fiche un peu.

-Alors, ça n'a pas grand-chose à voir avec toutes ces histoires parce que je m'en tamponne un peu, à dire vrai, mais je tenais juste à dire que lorsque tout ça sera fini, signé, entériné, et lorsque viendra le jour de la cérémonie, qu'on soit ici ou n'importe où ailleurs, il est juste hors de question que l'ambiance soit la même.

Tic
Tac

Je sens dans le regard de ma grand-mère qu'elle a envie de m'étriper sur place.
Boum
Le regard de mon père a changé. Il oscille. Entre la gêne, la situation qui aurait tendance à le ranger derrière sa mère. Et sa personnalité qui aimerait esquisser un léger sourire.

-Ce ne sera pas le plus beau jour de notre vie mais mieux vaut rire que pleurer. Et rire dans cette atmosphère c'est juste... impossible.

Murmure du dernier mot.
Tic
Tac


-C'est tout.

Ca n'avait rien à voir.
Mais j'avais envie. Besoin. De le dire. De prévenir.
Ils s'arrangent entre eux pour leurs transactions de titres et de fric. Ce domaine leur appartient.
Le reste. Hors de question que je laisse ces requins commander.
Le reste. C'est à nous. A nous de reprendre comme on peut la bride de notre vie.
Alors, haute société ou pas, je refuse qu'ils imposent les mornes fausses apparences le jour de mon -notre- mariage.
Nous en sommes les sujets. Alors laissez-nous faire vivre notre monde. Ce monde qui entre en opposition avec le vôtre. Qui cherche à se détacher du votre.
Pour
Vivre
Enfin, pleinement, totalement.

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